Films, mesures sanitaires… Dans quelles conditions les salles de cinéma vont-elles pouvoir rouvrir ?

REPRISE Edouard Philippe a annoncé la réouverture des salles de cinéma le 22 juin. Avec quels longs-métrages et dans quelles conditions allez-vous retrouver les salles obscures ?

Anne Demoulin

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Une salle de cinéma
Une salle de cinéma — Ymagis
  • Les salles de cinéma vont rouvrir partout en France le 22 juin.
  • Masque, plexiglas, gel hydroalcoolique… Les exploitants sont prêts à accueillir le public.
  • Le report de la sortie des blockbusters américains pourrait être une opportunité pour le cinéma français et européen.

Bonne nouvelle pour les quelque 2.000 cinémas français ! Les salles obscures vont pouvoir accueillir les spectateurs sur tout le territoire dès le 22 juin, a annoncé Edouard Philippe  ce jeudi. « Les exploitants de cinéma eux-mêmes voulaient que la réouverture soit nationale de façon à pouvoir organiser la programmation des salles », a précisé le Premier ministre, alors que certaines mesures de déconfinement sont différenciées entre les zones vertes et les zones orange du territoire.

Cette annonce fait la joie des exploitants français. « Après plus de trois mois de fermeture de leurs salles, les Français vont pouvoir retrouver le bonheur de l’expérience cinéma sur grand écran, et les salles de cinéma avoir le plaisir de les accueillir à nouveau », s’est réjouit le président de Fédération nationale des cinémas français (FNCF), Richard Patry.

« La profession avait demandé au gouvernement d’être prévenus quatre semaines en avance pour que les distributeurs et les programmateurs puissent mettre les films en salles. Les quatre semaines sont respectées », félicite de son côté, Claude-Éric Poiroux, directeur général d’Europa Cinemas (organisme de soutien à la distribution et à l’exploitation du cinéma européen) et exploitant du cinéma d’art et essai  Les 400 Coups à Angers.

La sécurité sera la règle d’or dans les salles

Les conditions sanitaires précises de cette réouverture n’ont pas encore été annoncées par le gouvernement. « Les conditions sanitaires qui vont nous être imposées sont en cours de discussion. Nous allons les connaître dans les prochains jours », explique Claude-Éric Poiroux à 20 Minutes et qui se sent « un peu moins pessimiste » à la suite de celles imposées aux bars et aux restaurants.

Gel hydroalcoolique à l’entrée des salles, masques à disposition des spectateurs, désinfection des salles entre les séances, marquage au sol ou encore plexiglas au niveau des caisses… Les exploitants ont déjà anticipé le retour en salles du public. Aux 400 coups, tout est déjà installé. « On va tout faire pour rendre les salles désirables et rassurantes. Les exploitants vont faire en sorte de donner aux spectateurs le maximum de sécurité pour qu’ils se sentent à l’aise. Cela va être la règle d’or de l’ensemble de la profession le 22 juin », explique Claude-Éric Poiroux.

Reste des questions en suspens. Le port du masque obligatoire en salles interdirait la vente de pop-corn et autres confiseries, source de revenus non négligeable des exploitants. Autre point crucial, la distance entre deux spectateurs : « Un fauteuil mesure de 50 à 70 cm, donc si vous voulez espacer les gens d’un mètre, il faut laisser deux places libres à droite et deux à gauche », s’inquiète l’exploitant.

Une reprise des films déjà en salles le 14 mars

« On va essayer, dans la mesure du possible, de reprendre les films qui n’ont pas fait leur carrière en salle parce qu’elle a été brutalement interrompue le 14 mars », annonce l’expert, qui cite par exemple La Bonne épouse, porté par Juliette Binoche ou encore De Gaulle, avec Lambert Wilson et Isabelle Carré.

L’été 2020 ne sera pas celui des blockbusters américains, la sortie d’une grande majorité d’entre eux a été reportée sine die. « Il y en a deux qui se profilent le 22 juillet, Mulan (l’adaptation du classique Disney en prises de vues réelles) et Tenet, le nouveau Christopher Nolan », énumère le patron des 400 coups.

Une opportunité pour le cinéma français et européen

Une fenêtre qui pourrait profiter aux productions françaises et européennes. « Il y a une opportunité à saisir pour le cinéma français et le cinéma européen. On aurait tort de ne pas profiter de cette fenêtre, mais il faut les sortir assez vite », estime l’exploitant.

Les films disponibles pour sortir en salles sont légion. « En seize semaines, il y a eu plus de 200 films programmés qui ne sont pas sortis », rappelle Claude-Éric Poiroux. La question est de savoir comment ces films vont se répartir entre l’été et la rentrée : « Certains distributeurs ne vont peut-être pas vouloir essuyer les plâtres en juillet, mais attendre, c’est prendre le risque d’une concurrence plus dure… La sortie du nouveau James Bond a été reportée », prévient l’expert. Parmi ces pépites qui attendent leur date de sortie, la sélection de la Berlinale « comme Ondine de Christian Petzold ».

Le 22 juin accueillera la sortie des Filles de joie, porté par Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne, L’Ombre de Staline avec James Norton, Kongo d’Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav, Canción sin nombre de Melina Leon, Nous, les chiens de Sung-yoon Oh et Lee Choonbaek ou encore Be Natural, le documentaire sur Alice Guy. Des longs-métrages qui auraient dû sortir pendant le confinement.

Le 24 juin sont d’ores et déjà attendus en salles le film français Jeunesse sauvage de Frédéric Carpentier, Benni de Nora Fingscheidt, Voyage en Kabylie de Hace Mess & Mathieu Tuffreau et pas moins de six longs métrages du Suédois Bo Widerberg. Des films patrimoniaux seront aussi à l’affiche comme Les Lèvres rouges avec Delphine Seyrig ou encore la version restaurée d’un chef-d’œuvre de David Lynch, Elephant Man.

Le Festival de Cannes manque à l’appel

Reste que ces films d’auteur ne bénéficieront pas cette année des « vitrines formidables » que sont les festivals, et notamment celui de Cannes. « C’est là vraiment que les films prennent une dimension. Il y aura un manque de visibilité qu’il va falloir compenser », considère Claude-Éric Poiroux.

« Notre fermeture, l’arrêt du travail des distributeurs, et la disparition des festivals importants. Ce sont des conditions graves pour la notoriété et la visibilité des films », déplore l’exploitant. Et d’ajouter alors que We Are One, le festival global de cinéma en ligne, faute de mieux, a débuté ce vendredi : « C’est bien que Thierry Frémaux annonce sa sélection. C’est important. Mais on n’aura jamais le résultat qu’on aurait eu dans le présentiel »

« Des salles avec de vraies difficultés pour rouvrir »

« Nous avons perdu beaucoup d’argent. Heureusement, il y a eu en France le chômage partiel », souligne l’expert. Et de poursuivre : « La situation pour les indépendants va être délicate ». Alors que le gouvernement allemand a octroyé aux salles d’art et essai 10.000 euros d’aide par écran, en France, il n’y a pas eu de « soutien direct ».

« On est en attente de réponses du CNC, des ministères des Finances et de la culture. Il y a eu une réponse qui a été de dire qu’une partie du fonds de soutien pouvait être consacrée à la trésorerie, mais la plupart du temps, le fonds de soutien était déjà engagé parce qu’il nous permet de réinvestir », explique l’exploitant.

L’avenir des exploitants, et notamment des exploitants indépendants, reste encore incertain… « Dans le réseau Europa Cinémas, il y aura des salles avec de vraies difficultés pour rouvrir, comme pour les petits commerces », conclut-il. Alors le 22 juin, #OnIraTousAuCinema !