« Je crois que la pandémie a rendu les gens plus bienveillants », estime Elsa Zylberstein

« 20 MINUTES » AVEC... Pendant le confinement, Elsa Zylberstein a séduit la Toile avec ses vidéos « La Mytho confinée » avant de retrouver le grand écran pour « Adorables », en salle depuis le 22 juillet

Propos recueillis par Caroline Vié

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Elsa Zylberstein dans « Adorables » de Solange Cicurel
Elsa Zylberstein dans « Adorables » de Solange Cicurel — UGC distribution/Orange
  • Tous les vendredis, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Elsa Zylberstein revient sur son confinement aussi actif que positif.
  • L'actrice évoque aussi sa profession avec une passion qui défie les polémiques.

 

Le confinement a bien réussi à Elsa Zylberstein qui a révélé son humour délicat dans La Mytho confinée , des pastilles légères et drôles où elle s’invente une réalité alternative dans son appartement. Ces vidéos réalisées par Michaël Pierrard sont rapidement devenues virales en donnant une image à la fois glamour et fantaisiste de la comédienne de 51 printemps.

Alors qu'on la découvre actuellement en maman victime du mal d’ado dans Adorables de Solange Cicurel, c’est en pleine préparation de Big Bug, le prochain film de Jean-Pierre Jeunet qu’elle décrit comme « une histoire d’anticipation avec Isabelle Nanty et Manu Payet » qu’Elsa Zylbertstein a accepté de se confier par téléphone à 20 Minutes. La future Simone Veil du film d’Olivier Dahan, prévu en mars 2021, livre les réflexions que lui inspirent le confinement, son métier et le féminisme sans langue de bois ni agressivité.

Comment avec vous vécu cette période si particulière du confinement ?

J’ai essayé de positiver une situation difficile où tout était conçu pour nous faire angoisser ! C’est après une conversation avec Gad Elmaleh que j’ai eu l’idée de La Mytho confinée. On plaisantait sur le fait que les femmes ne pouvaient plus se faire belles pour aller en soirée et je me suis dit que j’allais faire semblant. Je me suis donc pomponnée puis j’ai demandé à mon amoureux de me filmer. A ma grande surprise, plus de 40.000 personnes ont regardé la vidéo. Un déclic s’est alors produit en moi car les idées me tombaient du ciel ! Vogue m’a contactée pour que je tourne une pastille pour eux. Ce n’était pas prévu du tout ! Tout était fait chez moi, avec les moyens du bord. Rien n’était calculé. On ne se prenait pas au sérieux. Il fallait métamorphoser une attente anxiogène en moment merveilleux. A la fin du confinement, 100.000 personnes me suivaient.

Pourquoi pensez-vous que ça a cartonné ?

Nous avions tous besoin de légèreté pendant cette période où le journal de 20 heures nous faisait quotidiennement flipper. Les Internautes ont compris le côté ludique de la démarche où j’étais capable de prendre un vase, de l'approcher de mon visage pour figurer un scaphandre et faire croire que je partais sur la Lune, tout simplement parce que j’avais vu Gravity d’Alfonso Cuarón la veille. J’ai tissé un lien nouveau avec le public grâce à ces vidéos. Avant, je n’utilisais les réseaux sociaux que pour partager quelques photos ou faire la promotion de mes films. Je crois que les gens me perçoivent différemment depuis. On m’assimilait davantage aux rôles que j’incarne. Bien sûr, ils correspondent à des choix personnels et sont donc reliés par un fil invisible à ma personnalité. Mais ces vidéos humoristiques comportent vraiment mon ADN. Elles sont plus proches de ce que je suis vraiment en tant que femme. La vraie Elsa est dedans !

Est-elle aussi dans la maman d'« Adorables » ?

Je suis moins agressive qu’elle car elle vit un conflit de folie avec sa fille, un peu comme dans La Guerre des Rose de Danny DeVito (1990). Même ado, je n’étais pas comme ça. J’étais une petite Elsa bien sage, très amoureuse de sa maman. J’estime que les deux personnages correspondent à une réalité peut-être un peu exagérée mais pas tant que cela d’après les témoignages de plusieurs amis qui m’ont parlé de leurs enfants. Les adolescents ont toujours essayé d’affirmer leur identité par rapport à leurs parents. Même adultes, on se positionne vis-à-vis d’eux que ce soit en les imitant ou en faisant l’inverse. Les rapports entre les mères et les filles peuvent être difficiles. Les réseaux sociaux ont encore compliqué la vie des jeunes et leurs relations entre eux comme avec leurs aînés.

En quoi les réseaux sociaux peuvent-ils être bénéfiques ?

Tout dépend de l’usage qu’on en fait ! Ils l’ont été dans mon cas pour La Mytho déconfinée. Il est aussi vrai que quand on est un personnage public, il faut rester prudent sur ce qu’on publie pour ne pas se faire lyncher. Il faut faire super-gaffe tout le temps car une chose qui vous semble anodine peut vite tourner au drame. On doit donc trouver un équilibre entre la prudence et la franchise. Parvenir à rester soi-même sans trop s’exposer.

C’est pour cela que vous ne voulez pas vous exprimer sur ce qui s’est passé aux César ?

Je suis pour que la justice fasse son travail. Je n’en dirai pas plus sur ce sujet.

Vous considérez-vous comme féministe ?

Je suis féministe mais pas militante. Mais, au fond, je ne sais pas bien ce que c’est que d’être féministe. Je suis pour l’égalité des salaires mais je ne me sens pas à l’aise avec la notion de quotas imposés. Je comprends qu’il peut être positif d’obliger les gens à engager des femmes mais encore faut-il qu’elles aient du talent.

Vous ne croyez pas à la notion de « film de femmes » ?

Absolument pas. Il y a des hommes comme François Ozon, Claude Sautet ou Claude Lelouch qui filment les femmes avec une grande justesse. J’ai aussi été dirigée par des réalisatrices de grand talent comme Laetitia Masson dont j’apprécie le regard. Ce n’est pas une question de genre mais de sensibilité personnelle. Des histoires de femmes peuvent être merveilleusement racontées par des hommes qui les comprennent parce qu’ils laissent libre cours à leur part de féminité. Il n’y a qu’à regarder les films d' Ingmar Bergman pour en être convaincue !

Vous n’approuvez donc pas Halle Berry quand elle dit qu’un personnage transgenre doit être joué par un trans ?

Je trouve que cela équivaut à nier le métier d’actrice ! Halle Berry pense donc qu’il aurait fallu faire jouer par un aveugle celui qu’incarne Al Pacino dans Le temps d'un week-end de Martin Brest ou qu’un vrai boxeur prenne la place de celui que joue Robert De Niro dans Raging Bull de Martin Scorsese ? Je trouve cette polémique aussi agaçante que ridicule, une tempête dans un verre d’eau. Pour moi qui aime me métamorphoser en personnages qui n’ont rien à voir avec moi, ce raisonnement est une aberration. Devenir quelqu'un d'autre est ce qui m’intéresse dans ma profession, l’essence même de notre travail. Je me demande comment quelqu’un comme Meryl Streep réagit devant ce type de déclarations.

Pensez-vous que la période que nous vivons est compliquée ?

Tout est trop passionné. On va vers une pensée unique qui m’inquiète. Je suis quelqu’un d’empathique qui essaye de comprendre tous les points de vue. Je tente de me mettre à la place de tout le monde bien que je sache qu’il est difficile de comprendre la violence de certaines situations si on ne les a pas vécues soi-même. J’aimerais que l’on soit souvent plus dans la réflexion que dans la réaction.

Y a-t-il des causes qui vous poussent à réagir ?

Le troisième âge me touche particulièrement. Pendant le confinement, j’étais bouleversée à l’idée que certains et certaines étaient seules et ne pouvaient pas voir leurs proches. Avec mon amie Yamina Benguigui, on a contacté Anne Hidalgo pour lui parler de ça puis on a battu le rappel de nos amis célèbres : Franck Dubosc, Gad Elmaleh, François-Xavier Demaison, Sylvie Testud, Claude Lelouch entre autres. On s’est raccordé sur le collectif citoyen Paris en compagnie. Tous les deux jours, je parlais à deux personnes âgées. Je leur lisais du Paul Eluard. Elles me citaient Charles Baudelaire. Je crois qu’on peut améliorer la vie de tout le monde de façon individuelle avec des initiatives de ce genre. Je crois que la pandémie a rendu les gens plus bienveillants.

Vous pensez donc que la situation va s’améliorer ?

Je suis optimiste. Pour se sortir de la pandémie, il faut être prudent sans devenir paranoïaque. Porter un masque dans les lieux publics me semble judicieux. J’ai l’impression que beaucoup de gens le font. C’est également une bonne période pour se poser des questions et évoluer sans pour autant se laisser balayer par le « politiquement correct ». Les gens que je croise, que ce soit sur Internet ou dans la vraie vie, me semblent prêts à faire des efforts pour qu’on s’en sorte. Il est temps que les gens comprennent qu’on est tous dans le même bateau.

Etes-vous aussi optimiste pour la réouverture des cinémas ?

Je suis certaine que des comédies comme Tout simplement noir, Adorables ou Divorce Club marqueront un retour massif au cinéma. Il y a une vraie envie du côté des spectateurs. Les salles de cinéma m’ont terriblement manqué. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai accepté de les défendre dans un clip. Le cinéma français est en pleine forme ce qui devrait attirer le public. C’est une bonne occasion pour se rendre compte que notre cinéma est plus libre que le cinéma américain. On peut y parler de choses graves et profondes par le biais de l’humour. Il est profondément audacieux. Pour ma part, je suis aussi impatiente d’en apprécier la diversité en étant vice-présidente du jury du prochain  Festival du Film Francophone d'Angoulême.