Coronavirus : « On a voulu donner l'image virtuelle d'un orchestre qui existe toujours », explique un musicien de l'Orchestre National de France

MUSIQUE L’Orchestre National de France connaît un succès fou avec une vidéo sur YouTube où les musiciens, confinés, jouent le « Boléro » de Ravel

Benjamin Chapon

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L'Orchestre National de France a joué le Boléro de Ravel en confinement
L'Orchestre National de France a joué le Boléro de Ravel en confinement — Orchestre National de France
  • Une version courte , cumule les centaines de milliers de vues sur YouTube. Un succès inédit pour l’orchestre rattaché à Radio France.
  • Si chaque musicien est resté chez lui pour enregistrer sa partie du morceau, l’aventure les a occupés plusieurs jours, explique à 20 Minutes le le violoniste David Rivière.
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C’est un morceau que les musiciens de l’Orchestre National de Franceconnaissent par cœur. Ils pourraient le jouer les yeux fermés, OK. Mais pourraient-ils le jouer confinés chacun de leur côté ? Et oui. La vidéo de leur performance, une version courte du célébrissime Boléro de Ravel, cumule les centaines de milliers de vues sur YouTube. Un succès inédit pour l’orchestre rattaché à Radio France.

« On a eu l’idée il y a une semaine, et tout est allé très vite. On voulait juste donner un peu de joie aux gens dans un format qui conviennent au Web, donner l’image virtuelle d’un orchestre qui existe toujours », explique le violoniste David Rivière.

Un clic et des tops

Comme la plupart des membres de l’orchestre, David Rivière est confiné à Paris. Seul un des musiciens est en Corse, et assez facile à identifier sur la vidéo. « Ça nous a fait un bien fou de nous revoir comme ça, il y avait beaucoup d’émotion, raconte le violoniste. Un orchestre, c’est une petite société humaine, il y a beaucoup d’amitiés. »

Si chacun est, bien sûr, resté chez lui pour enregistrer sa partie du morceau, l’aventure les a occupés plusieurs jours. « On avait tous la même bande sonore avec un "clic" et des "tops" au synthétiseur, pour lancer les différentes parties et être calés. On a tous joué avec une oreillette. On a filmé, chacun de notre côté, avec nos téléphones et on a tout envoyé. Puis il y a eu un super boulot de Dimitri Scapolan, du service vidéo de Radio France, qui a fait le montage. »

La routine de la solitude

Cette vidéo est aussi, pour les musiciens, une manière de se consoler des nombreux concerts annulés à cause de l’épidémie. « On est comme tout le monde, on a hâte que ça se termine, et de pouvoir recommencer à jouer ensemble, pour un public. Cette vidéo fait passer l’idée que malgré nos solitudes, relatives, une communion s’est faite. Après tout, c’est ça un orchestre. »

David Rivière explique ainsi que, les concerts et répétitions annulées mises à part, le quotidien des musiciens n’est pas bouleversé par le confinement. « Le métier de musicien est d’abord solitaire. Il y a une part de solitude qui fait partie de notre formation. Quand on arrive aux répétitions, l’apprentissage musical a été fait, seul. »

Une répétion en visioconférence ?

Dans ce contexte, le choix du Boléro de Ravel a semblé tout naturel. « C’est une montée en puissance avec une succession de solos. Pour la vidéo, on a raccourci ces parties, pour que le format convienne au Web. Mais à la fin, quand tous les instruments se rassemblent, c’est magnifique. Dans la vidéo, grâce au montage et à la musique, bien sûr, il y a une vraie impression symphonique visuelle et sonore. C’est très réussi, on est assez fiers de notre coup. »

Pour autant, l’expérience ne donne pas aux musiciens d’idées de répétitions, et encore moins de concerts, en confinement. « Dans cette période difficile, tragique même, la technologie nous apporte quand même quelque chose de formidable, et permet de maintenir le contact, d’avoir accès à la culture. Mais une véritable répétition symphonique en visioconférence à plus de dix personnes, c’est impossible. L’accumulation sonore sur le net, c’est compliqué… »

Il faudra donc pour l’instant se contenter de cette vidéo. En attendant celles que de nombreux autres orchestres préparent. Mais l’Orchestre National de France a mis la barre très haut.