Coronavirus : Y aura-t-il un automne des festivals pour compenser les annulations de l’été ?

MUSIQUE Les festivals de juillet annoncent les uns après les autres leur report à l’année prochaine, l’incertitude règne pour ceux prévus en août

Benjamin Chapon

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Les fans de Lomepal lors de la 35e édition du festival des Francofolies de la Rochelle
Les fans de Lomepal lors de la 35e édition du festival des Francofolies de la Rochelle — SADAKA EDMOND/SIPA
  • La plupart des festivals musicaux prévus d’ici la mi-juillet ont déjà annoncé leur annulation et report à 2021.
  • Il semble très difficile de reporter ces événements sur l’automne, même si certains font ce choix.
  • Pour répondre à la catastrophe financière annoncée ces festivals donnent rendez-vous à l’an prochain et réclame un élan de solidarité.

Les Francofolies de La Rochelle, en attendant probablement Les vieilles Charrues, ont suivi le mouvement. Pour répondre à la crise sanitaire liée au coronavirus et aux annonces d’Emmanuel Macron sur l’interdiction de grands rassemblements au moins jusqu’à la mi-juillet, les festivals d’été annoncent les uns après les autres leur report… en 2021.

Pour Luc Barruet, président de Solidays et Solidarité Sida (dont 70 % des revenus dépendent des recettes du festival de juillet), l’urgence est maintenant de « donner rendez-vous aux festivaliers à l’année prochaine. On va avoir besoin de leur soutien. Si tu peux garder ton billet pour l’année prochaine et ne pas demander de remboursement, ça nous sauve. » C’est en substance le message envoyé par de nombreux festivals, surtout les plus fragiles économiquement.

La promesse d’un été indien ?

Mais pourquoi attendre l’été prochain ? Alors que le Tour de France a été décalé à fin août, début septembre, ne pourrait-on pas imaginer un Automne de Bourges ? Un Lollapalooza de novembre, en espérant un été indien ? Pour Luc Barruet, « c’est trop risqué. Qui peut dire quelle sera la situation sanitaire en octobre ? Les rassemblements seront-ils autorisés ? »

Gérard Pont, patron des Francofolies et du Printemps de Bourges, a fait la même analyse. « Ce serait irresponsable de planifier un festival à des dates que, finalement, nous ne pourrions pas tenir. Et les festivaliers nous en voudraient, à juste titre, de les mettre en danger sur le plan sanitaire. » Le producteur avance un autre argument : « Les Francofolies, comme beaucoup de festivals d’été, c’est un rendez-vous, un état d’esprit, une ambiance. Si on n’a pas ça, ça ne marche pas. Les Francos, c’est un rendez-vous de fin d’année pour les professionnels. Si je n’ai pas les pros dans le public, le contrat n’est pas rempli vis-à-vis des jeunes artistes que je programme. »

Les artistes donnent rendez-vous

Il y a pourtant des festivals reportés à octobre. Comme par exemple Jazz à Saint-Germain des Près ou La voix est libre, deux festivals parisiens. We Love Green, prévu initialement pour début Juin, espère se sauver financièrement avec une édition en septembre. « Nous voulons proposer un rassemblement solidaire en septembre, a expliqué sa directrice Marie Sabot. Un festival plus long, un format différent, en collaboration avec un autre événement. Nous espérons annoncer une bonne nouvelle… »

A l’étranger, le mastodonte californien Coachella est reporté en octobre, et Primavera Sound, à Barcelone, a visé fin août, en même temps que Rock en Seine. Cette confrontation de festivals pourrait d’ailleurs faire des dégâts du côté des têtes d’affiche. « Les artistes programmés aux Francofolies ont d’autres rendez-vous cet automne, explique Gérard Pont pour justifier le report d’un an. La plupart d’entre eux nous donnent leur accord pour revenir en 2021. On préfère travailler là-dessus. » Le festival Lollapalooza a par exemple déjà annoncé que sa tête d’affiche, Pearl Jam, serait bien là en 2021.

Ceux qui assurent, et les autres

Reste la question économique. Comme l’explique Luc Barruet, une année sans festival aura des conséquences dramatiques. Le fonds d’aide aux artistes et acteurs du secteur annoncé par le Ministère de la Culture ne suffira peut-être pas. Et le communiqué rageur du Hellfest démontre que les festivals ne pourront pas compter non plus sur les assurances. « Les assurances vont contester les demandes d’indemnisations et, à moins de partir en guerre contre elles, je crois qu’il ne faudra pas trop compter dessus », explique, fataliste, Gérard Pont.

Un organisateur de tournée nous explique travailler avec les salles, festivals et artistes au scénario catastrophe, mais fort possible, d’un été sans concert. Voire d’une reprise en novembre… « La solidarité va s’organiser pour sauver les plus fragiles, il faudra que certains artistes acceptent de ne pas réclamer leurs cachets pour des dates annulées, que des festivals promettent des reprogrammations pour leur donner de la visibilité, que les salles travaillent beaucoup… » Et que les spectateurs soient au rendez-vous, même s’il n’y a pas de date pour l’instant.