Comment Capucine Delattre fait sortir « Les Déviantes » des sentiers battus

PREMIER ROMAN « Les Déviantes » de Capucine Delattre est paru en août 2020 chez Belfond

Marceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.

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Les déviantes
Les déviantes — Belfond
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  • Aujourd'hui, « Les déviantes » de Capucine Delattre, paru le 20 août 2020 aux éditions Belfond.

Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture 20 Minutes Livres, vous recommande Les Déviantes de Capucine Delattre, paru le 20 août 2020 aux éditions Belfond.

Sa citation préférée :

Vieillir prend beaucoup moins de temps qu’on n’en consacre à y penser.
 

Pourquoi ce livre ?

  • Parce que c’est un livre sur la manière dont un drame comme un cancer peut faire dévier la vie, et non pas un roman sur le cancer. Il est très peu question de la réalité concrète de la maladie, mais essentiellement de la manière dont le rapport au monde, au temps, et aux autres, change quand une menace vitale pèse : l’envie de changer, de faire un pas de côté, de dévier de sa route, était déjà là, mais le cancer place dans une urgence qui oblige à faire ce pas de côté maintenant, ou peut-être jamais. « J’ai pas le temps de te laisser hésiter cent sept ans, j’ai une maladie mortelle, OK ? »
  • Parce qu’après avoir prononcé ces mots, Anastasia ajoute « avec fourberie », « c’est pratique, la carte cancer. » Le cancer apparaît dès lors comme un prétexte pour affronter la question qu’aucune génération ne peut éviter : quand passe-t-on à l’âge adulte, comment, en faisant quelles compromissions ? Si le premier passage a juste été conforme à celui que les autres ont voulu pour nous, aura-t-on une deuxième chance ? A 29 ans, Anastasia et Iris ont cette deuxième chance, ce qui permet à Lolita de se poser la question dès ses 17 ans. Mais c’est terrible qu’il ait fallu pour cela un cancer…
  • Parce qu’on ne saurait pas de quoi dévient les héroïnes si elles ne trouvaient pas sur leur chemin une galerie de personnages qui sont avant tout attachés aux apparences (parce qu’ils « savent s’entourer » en cas de cancer, parce qu’ils cochent toutes les cases mariage-travail-enfants, parce qu’ils ne peuvent pas supporter l’idée qu’une histoire d’amour stable peut être étouffante…). Pour dépasser les apparences, une seule issue : retrouver « le goût du saccage ». A 19 ans, 29, 93, ou à l’âge du lecteur, quel qu’il soit. « Elle a dépassé les bornes, elle le sait. Il était temps. »
  • Parce que l’auteure elle-même n’a que 19 ans, et que ça compte de le savoir : j’ai lu le roman en retrouvant mes 29 ans tels qu’ils auraient pu être décryptés par celle que j’étais à 19 ans, en sachant bien quelles compromissions j’ai faites pour passer à ce fichu âge adulte. Or, à tout âge, faire l’exercice de se projeter dans le futur, c’est se donner la possibilité d’éclairer ses choix : si je ne veux être ni Anastasia, ni Iris quand j’aurai 29 ans, que dois-je faire, si j’ai l’âge de Lolita ? Et si je veux aimer ce que je verrai dans mon rétroviseur à 60 ans, comment dois-je faire dévier ma cinquantaine ?
     

L’essentiel en 2 minutes

L’intrigue. « Trois jeunesses qui ne se laisseront pas briser, trois vocations en marche, trois déviances assumées ». Et un livre en trois parties plus une, « Les femmes », pour conclure en répondant à cette question : quel intérêt avons-nous à comprendre le sens que revêt le mot « jeunesse » même à 93 ans ?

Les personnages. Les trois parties du livre sont centrées autour d’Anastasia, Iris, et Lolita. Elles sont jeunes, et elles dévient de leur vie toutes tracées au moment où le cancer de l’une leur donne « la conscience, pour la première fois, qu’on a perdu le privilège d’avoir la vie devant soi ». Une chance ?

Les lieux. On pourrait croire que le roman se passe à Paris, entre un appartement et un hôpital. Mais il dévie sérieusement de son chemin jusqu’à nous mener à l’île d’Oléron, qui est pour Anastasia « sa zone franche, son no man’s land ». Le lieu du roman, c’est celui qui permet de se retrouver.

L’époque. En littérature, qui connaissait cette époque invraisemblable : notre siècle, vu par une adulte intemporelle qui n’a pas connu le siècle précédent ? C’est à cette découverte que nous convie Les déviantes.

L’auteur. Je n’en reviens pas en l’écrivant : Capucine Delattre n’a que 19 ans et plus ses personnages sont âgés, plus elle sait les rendre crédibles. Elle a bien fait de dévier des rails de l’enfant sage sur les bancs de Sciences po pour nous offrir un premier roman qui m’a profondément remuée, moi, une femme de 50 ans…

Ce livre a été lu avec la stupéfaction de constater qu’il est possible de s’identifier à des personnages qui ont des âges que j’ai déjà vécus, décrits par une jeune femme qui ne peut encore que les imaginer. Dire que Capucine Delattre est une auteure à suivre est vraiment la moindre des choses…

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