Coronavirus : L’épidémie pourrait entraîner la mort de médias mais redonner confiance dans la presse

MEDIAS Depuis le début de l’épidémie, les médias traditionnels sont plébiscités dans le monde par les citoyens pour s’informer sur le coronavirus. L’occasion pour la presse de retrouver la confiance de ses lecteurs, téléspectateurs ou auditeurs, notamment en France

F.H. avec AFP

— 

Un kiosque à journaux à Paris avant les mesures de confinement. (Illustration)
Un kiosque à journaux à Paris avant les mesures de confinement. (Illustration) — Clément Follain / 20 Minutes
  • Dès le début du mois de mars, plus de 90 % des Italiens, Japonais et Coréens s’informaient une fois par jour sur les actualités liées au virus, et plus de la moitié plusieurs fois par jour, selon un sondage Edelman réalisé du 6 au 10 mars.
  • Pour Patrick Eveno, président du Conseil français de déontologie journalistique, cette crise sanitaire est l’occasion pour les médias de « montrer qu’ils sont au service du public, avec des infos fiables, en faisant le tri ».
  • L’épidémie de coronavirus pourrait entraîner la mort des quotidiens papier. Avec le confinement, les ventes de quotidiens en kiosque ont baissé de 24 % le lundi 16 mars et de 31 % le mardi 17.

Après la crise de confiance, la crise due au coronavirus. En janvier, le baromètre annuel des médias réalisé par Kantar pour le quotidien La Croix indiquait que seuls 50 % des Français jugent les infos diffusées à la radio crédibles, un niveau historiquement bas. La confiance dans la télévision était de 40 %, et celle de la presse écrite à 46 %. L’épidémie de Covid-19 est une nouvelle épreuve pour le secteur de la presse mais aussi l’occasion de renouer avec les citoyens.

Confinés, ceux-ci sont partout scotchés à l’information. Dès le début du mois de mars, plus de 90 % des Italiens, Japonais et Coréens s’informaient une fois par jour sur les actualités liées au virus, et plus de la moitié plusieurs fois par jour, selon un sondage Edelman réalisé du 6 au 10 mars.

« Un moment important pour les médias »

Si les réseaux sociaux ont brisé le quasi-monopole des médias sur l’information, la presse reste centrale : pour s’informer sur le virus, la moitié des Américains continuent de faire confiance aux médias traditionnels, et beaucoup moins aux réseaux sociaux, selon un autre sondage réalisé par l’institut Ipsos à la mi-mars, pour le média Axios.

« Il n’est pas trop tard pour refonder la confiance des gens dans la science, les autorités publiques et les médias », a plaidé l’historien israélien Yuval Noah Harari dans le Financial Times. « C’est un moment important pour les médias », confirme l’historien Patrick Eveno, président du Conseil français de déontologie journalistique. « D’abord pour montrer qu’ils sont au service du public, avec des infos fiables, en faisant le tri. »

De nombreux médias dont 20 Minutes pratiquent un fact-checking quotidien sur les informations liées au coronavirus. « Dans le cadre d’une urgence sanitaire publique, une information fiable et exacte est vitale, et la BBC a un rôle clef a jouer », a souligné sur son antenne Fran Unsworth, la directrice de l’information du média public britannique, qui connaît aussi des records de fréquentation.

« Les lecteurs cherchent des analyses supplémentaires, des infos-services et des témoignages », explique de son côté Ricardo Kirschbaum, de Clarín, le quotidien argentin le plus vendu. Le journal a vu exploser la fréquentation de son site, des lecteurs s’y rendant directement, sans passer par les réseaux sociaux. « Ils veulent savoir ce qui se passe dans d’autres pays, comme l’Italie, l’Espagne et la France, que nous couvrons avec nos propres correspondants ». Le journal a aussi lancé une newsletter quotidienne – 20 Minutes également avec « Restez positifs chez vous »- avec les infos essentielles sur la pandémie.

De nombreux médias ont péché par lenteur au début de la crise

« Ce n’est pas une période propice aux scoops, au "business as usual" », souligne Marina Walker, du Pulitzer Center, une ONG américaine de soutien au journalisme. « Nous sommes tous face au même ennemi : c’est le moment d’être solidaires, de travailler en profondeur, de montrer qu’on écrit pour nos lecteurs et pas pour des agendas politiques ou des intérêts économiques. » Le Centre Pulitzer soutient financièrement des projets journalistiques qui misent sur la collaboration entre plusieurs rédactions, pour couvrir des aspects oubliés de la crise.

De nombreux médias ont pourtant déjà péché par lenteur au début de la crise, tempère le sociologue italien Edoardo Novelli, de l’université Roma 3. Selon son étude « Infomood » sur les publications de 257 médias européens sur Facebook, réalisée du 1er janvier au 14 mars, « les journaux se sont fait largement influencer par leur gouvernement national qui, en Allemagne, France ou au Royaume-Uni, ont sous-estimé la crise à venir ». « Ils n’ont pas rempli leur rôle », regrette cet ex-journaliste devenu professeur de communication et de sociologie.

Mort du papier, accélération des abonnements numériques ?

D’autres ont relayé des infox, comme le Daily Mail au Royaume-Uni, avec l’idée que le virus avait été initialement contracté par une personne ayant mangé une soupe de chauve-souris en Chine. Un conte repris par d’autres tabloïds.

La crise pourrait, enfin, accélérer une transition en cours : la mort des quotidiens papier. Alors que la France entrait en quarantaine, les ventes de quotidiens en kiosque ont baissé de 24 % le lundi 16 et de 31 % le mardi 17 mars, selon le distributeur Presstalis. « Des journaux vont périr ou se regrouper, tout dépendra de la longueur du phénomène », souligne l’historien Patrick Eveno. « Mais les médias qui sont considérés comme fiables vont en profiter en multipliant leurs abonnements numériques. »