Coronavirus : « Le temps qu’ils avaient en plus, les Français ont choisi de le passer devant des programmes de télévision », explique Julien Rosanvallon, de Médiamétrie

INTERVIEW Le directeur exécutif Télévision et Internet de Médiamétrie, Julien Rosanvallon, analyse pour 20 Minutes le bond historique des audiences de la télévision pendant les deux mois de confinement

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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Des enfants regardent la télévision (illustration).
Des enfants regardent la télévision (illustration). — DELAHAYE CATHERINE/SIPA

Ce n’est pas un scoop mais les chiffres restent  très impressionnants : les Français confinés ont (vraiment) beaucoup regardé la télévision ces dernières semaines. Sans même parler des plateformes comme Netflix, Amazon prime Video ou même Disney+, lancée au beau milieu de la période de confinement.

Médiamétrie a publié une étude quantitative très complète pour mesurer ces audiences historiques. « Pendant les six premières semaines de confinement (du 17 mars au 26 avril 2020), la durée d’écoute individuelle de la télévision s’est élevée en moyenne à 4h41 quotidiennes, contre 3h29 un an auparavant, soit une augmentation de plus d’un tiers », explique notamment l’étude. Julien Rosanvallon, directeur exécutif de Médiamétrie analyse ces chiffres pour 20 Minutes.

La télévision a-t-elle, à la suite du confinement, retrouver ses audiences d’antan ?

On est dans des niveaux de consommation de la télévision totalement inédits. Le temps passé devant la télévision a progressé jusqu’à il y a quelques années. Depuis, il se consolide. L’expérience audiovisuelle a totalement changé ces 30 dernières années. Regarder la télévision sur les écrans d’aujourd’hui n’a rein à voir avec les années 1990 par exemple. Il y a aussi eu une accélération des contenus disponibles, le câble, le satellite, l’ADSL, la TNT… Mais là, il s’agit d’un bond historique de l’audience générale.

Quel enseignement tirez-vous de ces audiences historiques ?

Le principal enseignement est que le lien est toujours extrêmement fort entre le public et la télévision. Par exemple, la progression de l’audience est particulièrement visible sur les cibles jeunes et CSP +, deux cibles qu’on disait plus attirées par les nouvelles formes de consommation audiovisuelle. Les Français, avec le confinement, ont disposé de plus de temps pour eux. Ce temps, ils ont choisi de le passer devant des programmes de télévision.

La télévision de rattrapage a-t-elle, elle aussi, profité de l’embellie ?

Le pourcentage de croissance du replay, qui était déjà fort, a suivi une courbe à peu près similaire à celle de la télévision linéaire. Avant la crise, sur l’année 2019, nous avions une vingtaine de programmes qui avaient dépassé le cap du million de téléspectateurs en replay. Là, sur 2020, il y en a déjà plus de 30.

Qu’en est-il de plateformes comme Netflix, ou Disney+ ?

L’audience des nouvelles plateformes à la demande a progressé aussi, bien sûr. Mais c’est sans commune mesure avec la télévision. La consommation d’Internet a aussi beaucoup progressé, tous les écrans. Les gens avaient le choix de regarder ce qu’il voulait, ils ont choisi les programmes de télévision en priorité.

Certains programmes et chaînes ont-elles mieux su tirer leur épingle du jeu pendant la crise ?

La hausse des audiences est un constat général. La télévision a gagné dans son ensemble. Bien sûr, pour les JT et les chaînes d’information notamment, la croissance est plus marquée. Mais toutes les catégories de chaînes et d’émissions ont progressé.

La plupart des chaînes ont misé sur des programmes familiaux, des comédies populaires par exemple. Ces choix ont-ils boosté l’audience générale ?

Oui, les programmes fédérateurs et familiaux, qui font appel à une certaine mémoire, ou nostalgie, ont particulièrement bien marché. Sans doute les téléspectateurs recherchaient-ils une forme de réconfort. Mais l’autre point saillant est la forte progression des audiences, historiques, de l’information, et très particulièrement les prises de paroles du président de la République et du Premier ministre. Deux interventions d’Emmanuel Macron ont rassemblé plus 35 millions de téléspectateurs et 95 % du public. C’est un chiffre inédit, un record historique absolu.

Savez-vous si les programmes les plus populaires ont eu tendance à réunir les membres d’un même foyer devant la télévision ?

Il faudra attendre les résultats des études qualitatives mais je pressens que la télévision a rassemblé les familles, oui. Je crois que cette période a démontré qu’il y avait toujours un attachement très fort au média télévision. Quand il s’agit de rester connecté et informé, face à une expérience difficile, la télévision est primordiale.