Coronavirus à Bordeaux : Pourquoi la préfecture et l’ARS déconseillent de désinfecter les rues

SANTE L’Agence régionale de santé et la préfecture de Nouvelle-Aquitaine estiment qu'il est plus toxique que bénéfique de procéder à de désinfections de rue avec des produits javellisés

Mickaël Bosredon

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Désinfection devant l'hôpital Pasteur à Nice
Désinfection devant l'hôpital Pasteur à Nice — SYSPEO/SIPA
  • A Bordeaux, le maire Nicolas Florian (LR) a indiqué il y a quelques jours que le sujet de la désinfection des rues était à l’étude.
  • La préfecture et l’Agence régionale de santé déconseillent toutefois de pulvériser dans les villes des produits toxiques.
  • Selon ces spécialistes, il n’y a à ce jour aucune preuve de l’efficacité de ces mesures dans la lutte contre l'épidémie de coronavirus.

C’est une initiative qui a été prise dans plusieurs villes asiatiques, comme en Chine et en Corée du Sud, et qui commence à faire son apparition en France. La désinfection des rues et trottoirs avec des produits javellisés, est-elle une solution adaptée pour lutter contre l’épidémie de coronavirus ?

Alors que le maire de Bordeaux Nicolas Florian (LR) a indiqué il y a quelques jours qu’il y réfléchissait, la préfecture et l’ARS (Agence régional de santé) de Nouvelle Aquitaine, ont été interrogées ce lundi matin à ce sujet. Leur réponse est sans ambiguïté : non seulement ce n’est pas nécessaire, mais pire cela pourrait même être dangereux.

Pas d’argument en faveur de la désinfection

« La désinfection des rues n’est pas une nécessité de santé publique, martèle ainsi le docteur Daniel Habold, directeur de la santé publique à l'ARS. Passer à la javel les rues de Bordeaux ne me semble pas être d’actualité, il n’y a pas d’argument en faveur de cette initiative, sans oublier qu’il s’agit de produits toxiques. Dans tous les cas nous n’avons pas été sollicités dans ce sens. »

Pour la préfète de la Nouvelle-Aquitaine Fabienne Buccio, qui a indiqué ne pas être au courant de la réflexion du maire de Bordeaux, et qu’elle allait l’appeler, « il n’y a pas de réel besoin de désinfecter, en revanche il faut continuer le nettoyage des rues comme on le fait tous les jours, évidemment. » Pour la représentante de l’Etat, « l’utilisation de produits comme la javel, ou autres, me paraît même plus toxique pour l’environnement et les personnes qui pourraient les inhaler, que bénéfique, et je déconseille très fortement aux maires d’utiliser ce genre de moyens. »

« Simplement une piste de réflexion », du côté de la mairie de Bordeaux

S’il est admis que le virus se transmet essentiellement par projection de gouttelettes après un éternuement ou de la toux, qu’en est-il de sa survie en milieu urbain ? Une étude de l'Institut américain national de recherche sur les allergies et maladies infectieuses, a montré que le Covid-19 pourrait survivre quelques heures sur du cuivre, du carton, du plastique et de l’acier. Des éléments qu’il faudrait donc toucher sans se laver les mains ensuite. Quant au bitume…

Contacté par 20Minutes ce lundi matin, la mairie de Bordeaux indique pour sa part que « c’est simplement une piste qui a été évoquée par le maire de Bordeaux, et les services y réfléchissent pour le moment. Il est vrai que nous avons eu vent d’une étude qui semble montrer que désinfecter les rues ne sert à rien. »

Mais plusieurs villes françaises sont déjà passées à l’acte, comme Cannes, Menton et Nice. A Paris, la maire du VIIè Rachida Dati (LR) a reproché il y a quelques jours à la maire Anne Hidalgo de refuser de mettre en place cette désinfection. La municipalité parisienne a expliqué, de son côté, que cette nécessité « n’était pas prouvée » à l’heure actuelle.