Coronavirus à Bordeaux : « Les consommateurs sont en train de se rendre compte que ce sont les agriculteurs qui les nourrissent »

CONSOMMATION Un dispositif inédit de drive fermier, sera installé sur la grande place des Quinconces à Bordeaux ce vendredi, afin de permettre aux agriculteurs locaux d’écouler leur production

Mickaël Bosredon

— 

Illustration de " drive " fermier.
Illustration de " drive " fermier. — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes
  • Le drive fermier de la chambre d’agriculture de la Gironde, a vu ses commandes multiplier par cinq en une semaine.
  • Pour faire face, il ouvre avec la mairie de Bordeaux, un point de retrait sur la place des Quinconces, uniquement pendant la période de confinement.
  • Avec la crise du coronavirus et la fermeture des restaurants, l’ensemble des producteurs girondins doit faire face à la problématique de l’écoulement des marchandises.

A situation exceptionnelle, dispositif exceptionnel. Le drive fermier de la chambre d’agriculture de la Gironde va ouvrir, pendant la période du confinement, un nouveau point de retrait, directement sur la place des Quinconces à Bordeaux. La chambre d’agriculture a obtenu l’accord de la ville, qui va l’accompagner dans cette démarche, en installant une circulation spécifique et du barriérage pour le retrait des produits, qui seront déposés directement dans le coffre des voitures des clients, pour limiter les contacts.

Il faut dire que depuis deux semaines, le drive fermier enregistre des records de commandes, puisque celles-ci ont été multipliées par cinq. « On a enregistré 600 commandes la semaine dernière, explique Mathilde Fisse, coordinatrice du Drive fermier, et on les bloque sinon on pourrait arriver à 1.000… Mais nous avons atteint nos limites, en termes de personnels comme de logistique. »

Pas de concurrence entre les producteurs

Le drive fermier est une boutique en ligne créée en 2012 par la chambre d’agriculture de la Gironde, pour rapprocher agriculteurs et consommateurs, sans intermédiaire. On passe commande avant le mercredi minuit, pour récupérer viande, légumes ou fromages, le vendredi suivant entre 13h30 et 18h30. Les points de retrait se situent à Lormont, Bordeaux, Eysines (et habituellement Gradignan, exceptionnellement fermé car logé au sein d’un établissement scolaire). Pour ce nouveau point de retrait aux Quinconces, la date limite de commande reste fixée au mercredi minuit.

Le drive fermier de la Gironde compte actuellement une cinquantaine de producteurs. Et il n’a pas vocation à en accueillir davantage, le principe étant de ne pas concurrencer les professionnels entre eux.

« Nos producteurs se retrouvent avec des tonnes de produits sur les bras »

Pourtant, les 600 à 700 producteurs girondins, sont en ce moment à la recherche de nouveaux canaux de distribution. « C’est le désarroi dans la profession, lâche Louis Fleury, directeur du service Promotion et Agritourisme à la chambre d’agriculture. Avec la fermeture des restaurants, de la restauration collective, d’une grande partie des marchés, nos producteurs se retrouvent avec des tonnes de produits sur les bras. » Parallèlement, la demande des consommateurs de pouvoir accéder à des produits de proximité, n’a jamais été aussi forte.

La grande distribution se retrouve ainsi en position de quasi-monopole. « Nous sommes en contact avec les grands groupes et les directeurs d’hypermarché, pour qu’ils s’appuient sur les produits locaux », assure Louis Fleury. Autre levier pour écouler les marchandises : les Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) et autres structures de vente directe aux consommateurs. Enfin, la chambre d’agriculture écoule désormais 6 tonnes de produits frais par semaine auprès de la Banque alimentaire.

Parallèlement, elle travaille à la mise en place d’une nouvelle plateforme en ligne, qui devrait être prête d’ici à la fin de cette semaine. Elle devrait permettre de regrouper toutes les demandes de consommateurs, avec les producteurs, et offrir un mix entre de la livraison à domicile, et un point de retrait, et pour du « multiproduits. »

La région Nouvelle-Aquitaine a, elle aussi, lancé une plateforme de mise en relation (produits locaux Nouvelle Aquitaine), pour l'ensemble de la région donc, qui a déjà enregistré 28.700 inscriptions de consommateurs, pour un millier de producteurs.

Après les asperges et les fraises, inquiétudes sur l’agneau et les huîtres

Parmi les produits les plus en « tension » actuellement, figurent les asperges, et les fraises. « On n’arrive plus à écouler ces produits, le marché est cassé, même si on fait tout pour relancer la machine », assure Louis Fleury. La chambre d’agriculture s’inquiète aussi pour l’agneau : le pic des ventes se situe au moment des fêtes de Pâques, « or nous avons bien conscience que les traditionnels regroupements familiaux du mois d’avril, n’auront pas lieu. » Autre produit local qui suscite de l’inquiétude : les huîtres. « Les gens ne se rendent évidemment plus sur le bassin d’Arcachon, et c’est un produit qui est d’ordinaire très présent sur les marchés du département… » Selon la préfecture, il ne reste plus que 51 marchés ouverts en Gironde.

Reste à savoir si ce changement dans les habitudes de consommation permettra aux producteurs de rebondir après la crise. « Là, on est dans l’urgence, avoue Louis Fleury, mais on essaie aussi d’anticiper la sortie du confinement. Certainement que l’on retombera à 80 % dans nos habitudes de consommation, mais peut-être que le mouvement autour de la consommation de proximité, qui était déjà amorcé avant la crise, sera amplifié. Les gens sont en train de se rendre compte que ce sont les agriculteurs qui les nourrissent, et qu’ils peuvent leur proposer des produits de qualité avec une traçabilité exemplaire. »