Déconfinement à Bordeaux : Les quais de Garonne, le nouveau lieu de la drague « sans pression »

LIBERTE CHERIE Depuis le 11 mai, les quais de Bordeaux déconfinés ont été le décor des rencontres d’un soir, des coups de cœur, des premiers échanges « au calme »

Marion Pignot

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Les quais de Garonne, à Bordeaux, au premier jour du déconfinement.
Les quais de Garonne, à Bordeaux, au premier jour du déconfinement. — UGO AMEZ/SIPA
  • A Bordeaux, les bars étaient fermés, les célibataires ont choisi les quais de Garonne pour draguer « sans pression ».
  • Parmi eux, des jeunes hommes libérés du stress de la cour du lycée ou des quadras qui préfèrent se balader et « sans avoir à penser à qui va payer la note ».
  • Rive droite, on mate les sportifs et les filles qui passent, rive gauche, plus arborée, on embrasse à l’abri des regards.

Ils sont là, tous les quatre, à regarder les filles passer. Ils squattent le muret du skate-park et charrient Maxime qui vient de rougir après qu’une jeune femme lui a lancé un regard « déstabilisant ». Témoin de la scène, on s’avance, on questionne et on constate : à Bordeaux, les quais de Garonne sont devenus le nouveau haut lieu de la drague durant le déconfinement progressif.

Maxime, 17 ans, en est ravi. « Franchement, les bars fermés, c’est le bonheur pour moi. Je n’ai jamais autant parlé à des filles. On vient se poser tranquille avec les potes et il suffit d’un regard. C’est stylé et carrément moins stressant qu’au lycée », explique le jeune homme qui depuis le 11 mai « enchaîne les meufs ». Plus loin, Amir a trouvé « l’amour, le vrai ». Une première pour le Bordelais de 19 ans. « J’ai osé, au calme. Elle est passée devant moi, je lui ai fait une blague même pas drôle et elle s’est arrêtée. J’suis limite malaise parce que quand je reviens ici avec les potes je me rends compte que ça pourrait encore marcher avec une autre. Le Covid, il a rendu les meufs plus détente ou quoi ? »

« Coincée sur une terrasse entre deux personnes qui toussent »

On laisse Amir, Soufiane et les autres à leurs affaires. Au loin, on les regarde interpeller un groupe de jeunes femmes « dynamiques ». Libérés depuis le 11 mai, les quais de Garonne sont devenus « dynamiques » une semaine plus tard, sur le même modèle que celui des plages. Les Bordelais s’y pressaient dès midi pour pique-niquer, courir ou se promener. Jusqu’au 10 juillet, il leur faudra éviter de s’y attarder car le Covid-19 traîne toujours. « Moi, c’est plutôt le virus de l’amour que j’ai chopé », lâche Clément. Ce lundi soir, le jeune homme est venu de Floirac rencontrer Elodie. Ils se sont vus pour la première fois sur les quais il y a trois semaines. « Direct à la sortie du confinement. On n’en pouvait plus, explique la jeune femme de 24 ans. Même si les bars rouvrent demain, on va continuer sur ce modèle car ça ne me tente pas de me retrouver coincée sur une terrasse entre deux personnes qui toussent. »

Elise, elle, a trouvé en les quais un « terrain neutre enveloppant ». La jeune femme qui a « échangé avec plusieurs hommes sur des sites de rencontres durant le confinement » s’est fait un planning de « dates » dès le 11 mai arrivé. « J’ai donné rendez-vous sur les quais, rive droite à chaque fois, au même endroit et à la même heure. C’est devenu un rituel. Je suis en confiance et ce n’est pas loin de chez moi. Si ça ne se passe pas comme prévu, je file, et si ça va, il y a de quoi s’embrasser à l’abri des regards », détaille la trentenaire fraîchement célibataire. « Je ne me vois plus retourner dans les bars pour ces premiers rendez-vous. Marcher, c’est plus doux et on voit moins qu’on rejoint quelqu’un que l’on ne connaît », ajoute celle qui ce dimanche soir à rendez-vous avec Damien.

« On peut voir la personne se mouvoir, être en vie »

Retour rive droite, lundi soir. Fanny et ses copines lorgnent avec insistance du côté d’un groupe de gars qui font des tractions (enfin, on croit). Fanny, 16 ans, explique être venue vers le miroir d’eau chaque soir à la même heure depuis mardi en espérant revoir les sportifs des quais. A chaque fois, les bonnes copines étaient là en renfort. « On sait jamais, on peut aussi se faire draguer », balance Manon, hilare. « On ne venait jamais ici avant le Covid, on pensait qu’il n’y avait que des gros lourds, avance une copine qui préfère rester discrète sur son prénom. En fait, y’a plein de gars cool. Demain, on doit revoir un groupe avec qui on a fait un foot la semaine dernière. »

Un conseil aux gars d’à côté ? Laisser tomber les tractions et venir parler aux jeunes femmes décidées. On aurait presque envie d’aller les coacher mais c’est compter sans Jérémy, qui interrompt l’élan de Cupidon​. L’ami quadra vient de finir son « date », le troisième sur les quais depuis le 11 mai. « C’est le décor parfait. On se promène, on peut voir la personne se mouvoir, être en vie, analyse le romantique. On est dans l’échange sans avoir à penser à qui va payer la note, à quelle boisson commander, etc. Moi qui suis un grand stressé, ces quais sans pression, ils m’enlèvent du doute. » Ce soir, Jérémy a l’air d’avoir rencontré une femme qui aime les gens qui doutent.