Résultats des municipales à Bordeaux : Qui est Pierre Hurmic, le nouveau maire de la capitale girondine ?

PORTRAIT A la surprise générale, le candidat écolo a fait basculer Bordeaux à gauche, dimanche soir, au second tour des élections municipales

Marion Pignot

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Pierre Hurmic, bien entouré, lors de sa victoire à Bordeaux, le 28 juin 2020.
Pierre Hurmic, bien entouré, lors de sa victoire à Bordeaux, le 28 juin 2020. — UGO AMEZ/SIPA
  • Ce 28 juin, après six mois d’une campagne électorale inédite, Pierre Hurmic a remporté la mairie de Bordeaux, avec 46,48 % des voix.
  • L’écolo convaincu met ainsi fin à 73 ans de règne de la droite à Bordeaux.
  • « Drôle », « authentique », « constant » mais aussi « maître des punchlines »… On a demandé à son entourage qui était vraiment Pierre Hurmic, le discret.

« On n’est pas mal là, on y croit, non ? ». Nous sommes le 10 juin et Pierre Hurmic (Bordeaux Respire) se fait tirer le portrait par notre confrère photojournaliste devant l’hôtel de ville de  Bordeaux. Difficilement détendu devant l’objectif, l’homme de 65 ans retrouve le sourire et la petite phrase drôle une fois l’appareil photo rangé. Car celui qui, ce dimanche soir, a revendiqué la victoire aux élections municipales est « surtout très drôle », selon Nicolas Mannant, son directeur de campagne et ami depuis plus de trente ans.

Des élus ou des confrères juristes qualifieront, eux, Pierre Hurmic de « discret », « d'homme constant », de bourreau de travail « qui n’aurait pu être rien d’autre qu’avocat, sinon maire de Bordeaux ». Quand les opposants politiques auront évoqué durant cette campagne électorale un rival « enfermé dans la problématique écologiste » et « incapable » de débattre d’autres sujets. « Un homme du centre, incapable d'être une véritable opposition et d'être dans la prise de décisions », lâchera à 20 Minutes Philippe Poutou. Alors qui est Pierre Hurmic, qui a mis fin à 73 ans de règne de la droite à Bordeaux ?

« C’est un homme plein d’humour, un maître des punchlines, insiste Nicolas Mannant. N’oublions pas son "les demi-maires" lorsqu’il parlait du duo Florian-Cazenave. C’est un avocat qui a toujours su manier la langue et a le sens de la formule. »

« La constance, c’est sa force »

Monté à Bordeaux en 1973, le « catho basque », selon Philippe Poutou, est devenu avocat et a prêté serment en 1981. Ses plaidoiries et ses interviews restent empreintes de cet accent basque qui le rend sympathique. Ses effets de manches et ses prises de parole n’en restent pas moins déterminés. Preuve en sont, ses querelles avec son rival de toujours Alain Juppé, qui durant vingt-cinq ans d’opposition l’aura appelé « mon vert de service ». « Ces attaques n’avaient pas d’impact sur lui. Il a toujours préféré tenir le cap et défendre ses idées. La constance, c’est sa force. C’est un écolo convaincu et il faut être solide pour défendre une idée qui à l’époque faisait 0,002 % », commente Nicolas Mannant, qui a rencontré Hurmic en 1979 sur les bancs de Sciences-Po.

Déjà, Pierre Hurmic était un émule de Jacques Ellul. Déjà, celui qui cite souvent Victor Hugo savait que « rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ». Et déjà, le jeune avocat plaidait la cause verte, dans l’intimité de son foyer du quartier Saint-Genès jusqu’aux salles d’audience du tribunal de Bordeaux. Une conviction qui le mènera à défendre les Faucheurs volontaires ou à s’enchaîner, il y a deux ans, aux marronniers centenaires de la place Gambetta.

« C’est cette force de conviction, cette constance dans le combat qui m’a poussé à le rejoindre, explique Camille Choplin, béotienne de la politique propulsée numéro deux de la liste Bordeaux Respire. Il m’a dit "si tu ne viens pas, tu laisseras des gens moins vertueux décider à ta place". Je me suis dit qu’avec lui, je ne perdrais pas en sincérité. Son abnégation pour l’écologie et sa sympathie, on finit de me convaincre. »

« Les Bordelais ont certainement voté vert mais pas Hurmic »

Pierre Hurmic est sympathique. Dans son camp, le constat est unanime. Et c’est sûrement grâce à cela, qu’il est parvenu, contre toute attente, à faire liste commune avec le PC et le PS. « Entre les gens du PS proches de Hamon, les écolos, les communistes, les altermondialistes, c’est très hétéroclite. Ils sont pétris de contradictions », lançait cependant Nicolas Florian au Monde en janvier dernier. Et d’ajouter, cinglant : « Je ne les vois pas en capacité d’administrer la ville. » « N’oublions pas que l’abstention a été particulièrement élevée. Il ne sera pas le maire de tous les Bordelais. Les autres ont certainement voté vert et pas Hurmic », lâche-t-on discrètement dans l’entourage du maire sortant LR.

« Il est fédérateur. C’est un homme qui aime échanger mais qui sait aussi écouter, répond Marie-Laure Bost, consœur avocate. En trente ans, nous nous sommes affrontés plus d’une fois devant les juges et je peux vous dire qu’il n’abandonne pas. C’est un avocat courageux qui a défendu des dossiers compliqués, loin d’être mainstream [Il a été l'avocat de Bertrand Cantat ou de José Bové], et qui a toujours gardé une liberté de parole malgré tous les codes qui encadrent notre métier. »

« Il ne fera jamais la couverture de Paris Match »

Si Pierre Hurmic, dit-il, est loin de chercher « la petite phrase pour faire le buzz », il aura égratigné Nicolas Florian plus d’une fois durant cette campagne. D’aucun (dont les journalistes de 20 Minutes) lui auront reproché d’être en retrait ou d’avoir loupé sa deuxième partie de campagne. Pierre Hurmic se qualifie, lui, de « girondin », d’homme sobre qui ne court « pas après les médias mais plutôt après les électeurs ». « C’est un taiseux. Un discret. Il ne paradera jamais avec sa femme et ses deux enfants et je ne pense pas me tromper en vous disant qu’il ne fera jamais la couverture de Paris Match », abonde Camille Choplin. Et l’écologiste de confier « admirer » cet homme « très cultivé » qui a écrit un roman et a un « côté homme du terroir authentique ».

« C’est un homme libre, qui garde ses distances avec l’appareil politique. C’est un autodidacte qui livre sa pensée sans détours », ajoute Nicolas Mannant qui compare volontiers l’esprit de Pierre Hurmic à celui de Montaigne ou de Mauriac. « C’est une personne mesurée mais déterminée. Certains prennent les mesurés pour des mous du genou, mais Pierre Hurmic a toujours le poing levé. »

« C’est quelqu’un qui est toujours dans la contestation, dans la surenchère, c’est sa ligne, depuis 1995 il est là-dessus », répond Nicolas Florian, à propos de l’élu local depuis presque trois décennies.

Dimanche soir, l’avocat de l’écologie a fait mentir les sondages qui, il y a dix jours, le donnaient perdant, neuf points derrière Nicolas Florian. « Je suis un coureur de fond. Le sondage était peut-être vrai, mais nous sommes allés chercher les électeurs un par un », a réagi le nouveau maire, devant son QG bondé. Et de promettre… authenticité et sobriété : « Nous serons des élus humbles. Vous n’entendrez jamais aucune arrogance dans la bouche de l’un d’entre nous. »