Coronavirus : La filière du tourisme tente de résister à la crise et angoisse pour l’après

SAUVETAGE Près de 400 millions d’euros de prêts ont déjà été accordés aux entreprises du secteur

Nicolas Raffin

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Les rues du Mont Saint-Michel, haut lieu touristique, étaient désertes fin mars 2020.
Les rues du Mont Saint-Michel, haut lieu touristique, étaient désertes fin mars 2020. — Jean-Marc David/SIPA
  • Le secteur du tourisme est à l’arrêt en raison de la pandémie.
  • La crainte des professionnels porte sur la reprise de l’activité.
  • Plusieurs mesures, comme la multiplication des avoirs, ont été créées.

Parmi tous les secteurs en crise en raison du coronavirus, le tourisme est l’un des plus emblématiques. Parce que la consommation touristique représente environ 7 % du PIB de la France, mais aussi parce que l’Hexagone est normalement la première destination touristique mondiale en nombre de voyageurs (87 millions de touristes accueillis en 2017).

La mise en place du confinement et la fermeture des frontières de l’UE ont balayé ces bons chiffres. Les lieux culturels ou de loisirs, considérés comme « non indispensables à la vie du pays », ont dû fermer leurs portes depuis deux semaines. Les hôtels tournent au ralenti.

Prêt garanti, aide forfaitaire et avoirs

« La crise est brutale, le secteur dans son ensemble n’a quasiment plus d’activité » a constaté ce mardi Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État en charge du dossier, au cours d’un point presse. Pour faire face à cet arrêt brutal, les entreprises du tourisme peuvent bénéficier de plusieurs dispositifs. Il y a d’abord le prêt garanti par l’État : il s’agit d’un emprunt à contracter auprès d’une banque et qui doit représenter au maximum 25 % du chiffre d’affaires annuel. « Sur quatre milliards d’euros de prêts enregistrés par la Banque publique d’investissement, 10 % (soit 400 millions d’euros) concernent le secteur du tourisme » a indiqué Jean-Baptiste Lemoyne.

Les autoentrepreneurs (guides conférenciers, par exemple) ont droit quant à eux à une aide forfaitaire de 1.500 euros par mois d’inactivité, sous réserve de remplir plusieurs conditions (détaillées ici). Dernier dispositif d’urgence : une ordonnance prise en Conseil des ministres permet aux professionnels du tourisme (camping, hôteliers, agences de voyage) mais aussi aux particuliers (location de gîte) ou associations (organisations de séjours éducatifs) de proposer un avoir aux clients ayant annulé leur réservation à partir du 1er mars. Il sera valable 18 mois. Comme l’a expliqué Edouard Philippe le 23 mars sur TF1, cela permet de « faire en sorte que ces entreprises ne disparaissent pas, incapables qu’elles auraient été de rembourser à un instant donné l’ensemble de ce qu’elles avaient vendu à leurs clients ».

La question de la reprise

Si les professionnels du tourisme saluent globalement ces mesures, ils restent très inquiets pour la suite. « La reprise nous fait peur pour deux raisons, explique à 20 Minutes Jean-Sébastien Barrault, président de la Fédération nationale du transport de voyageurs (FNTV). D’abord, les entreprises vont sortir de cette période avec un boulet au pied, puisque les mesures gouvernementales consistent soient en des décalages de créance, soit en des crédits supplémentaires qu’il faudra payer un jour. Ensuite, je ne suis pas certain que les touristes reviennent aussi rapidement en Europe et en France parce que l’épidémie évolue différemment sur la planète. On parle aussi d’une phase 2 de l’épidémie, ce qui pourrait encore ralentir le redémarrage ».

« Cette crise sera certainement longue parce qu’il y aura d’éventuelles répliques. Il va y avoir une peur du voyage, il faudra vraiment rassurer les voyageurs » confirme Jean-Baptiste Lemoyne. Le secrétaire d’État rappelle l’évaluation faite par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) : cette dernière s’attend à ce que les recettes issues du tourisme mondial chutent entre 20 % et 30 % pour 2020. En comparaison, la baisse de 2009, liée à la crise économique, avait été de seulement 4 %.

Au vu de cette sombre perspective, Jean-Sébastien Barrault demande donc des mesures supplémentaires à l’État. « Cela pourrait prendre la forme d’annulations de charge [cotisations sociales, impôts] ou d’un fonds d’indemnisation sur le modèle de ce qui a été fait pour les TPE et les autoentrepreneurs ». Cette idée d’une annulation pure et simple des créances des entreprises n’est pas envisagée pour le moment par le gouvernement. « Si ce report doit se transformer en annulation pour certaines entreprises, au cas par cas, nous pouvons l’envisager », avait expliqué Bruno Le Maire le 17 mars dernier.