Coronavirus : A l’approche de Pâques, les chocolatiers marchent sur des œufs

CONSOMMATION Avec le confinement, les chocolatiers craignent une importante perte de chiffre d'affaires

Julie Urbach

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Illustration de sujets de Pâques en chocolat
Illustration de sujets de Pâques en chocolat — BONY/SIPA
  • Avec les chasses aux oeufs et les réunions de famille, les chocolatiers réalisent d'habitude 25% de leur chiffre annuel pendant la période de Pâques.
  • Mais cette année, l'épidémie de coronavirus va fortement contrarier leurs plans.
  • Exemple à Nantes où ces artisans, qui tentent de se réorganiser, font parfois déjà les comptes.

D’habitude, c’est l’effervescence. Mais cette année, l’épaisse odeur de cacao s’est déjà estompée et il n’y a plus personne dans les ateliers. A quelques jours de Pâques, les chocolatiers retiennent leur souffle alors que l’épidémie de coronavirus continue de progresser en France. Si tous disent d’abord se préoccuper de la situation sanitaire du pays, certains ne cachent pas leur inquiétude à l’approche de cette période qui représente jusqu’à 25 % de leur chiffre d’affaires de l’année.

« D’un point de vue économique, c’est une catastrophe, lâche Gérald Debotté, à la tête de la pâtisserie-chocolaterie nantaise du même nom. D’habitude, on écoule entre deux et trois tonnes de chocolat. Si j’en vends 100 ou 200 kg, je serai content. » Comme la loi le permet, le commerçant a tenu à garder ouvertes trois de ses six boutiques à Nantes, le matin seulement. « Mais c’est très, très calme, se désole-t-il. Pâques c’est une fête de famille, un moment de partage. A partir du moment où les gens ne peuvent pas se rassembler, en raison du confinement, ils ont moins envie d’acheter du chocolat. Ce n’est plus vraiment la priorité. »

Les lapins et les poules dans l’attente

L’autre problème, c’est que des milliers et des milliers de bonbons au lait, au praliné, ou en forme de poisson sont prêts à être dévorés. Car Pâques se prépare bien à l’avance chez ces artisans, dont certains ont tout de même pu interrompre la production un peu plus tôt, voyant la situation se compliquer. « Nous avons déjà confectionné plusieurs tonnes de marchandise, ça se compte en dizaine de milliers d’euros, confirme Vincent Charpin, propriétaire de l’enseigne Carli. On ne pourra pas écouler nos lapins et nos poules au mois de juin ! Ensuite, jusqu’à octobre, c’est une période terrible pour les chocolatiers. Tout sera perdu si on ne peut les vendre prochainement. »

Du coup, ces commerçants ont dû mettre au point une nouvelle organisation. Beaucoup se sont par exemple mis à la livraison. Chez Castelanne, on envoie depuis quelques jours « cinq ou six colis » par Chronopost. « Mais pour les moulages, ce n’est pas possible, observe Philippe Castelanne, le patron. On essaye de promouvoir le service en drive : une fois la commande passée en ligne, je n’ai qu’à sortir pour déposer le colis au pied de la voiture. » Une formule qui vise à limiter les contacts, mais malheureusement pas la baisse du chiffre d’affaires de l’entreprise, évaluée à « -90 % »...

«Faire plaisir aux enfants »

Dans ce tableau noir, les chocolatiers espèrent qu’ils ne resteront pas trop longtemps sur le carreau. Alors que le pic épidémique de Covid 19 n’est pas encore atteint en France, certains espèrent que la courbe s’inversera vite et que l’envie de chocolat reviendra, quitte à organiser la chasse aux œufs dans son salon. « Quand on apprendra la régression de la maladie, les gens seront soulagés. Ils auront envie de faire plaisir aux enfants, veut croire Vincent Charpin, dont les 12 employés de la chocolaterie sont pour le moment au chômage technique. Nous sommes prêts à livrer gratuitement dans toute l’agglo. »

Chez Vincent Guerlais, on sent que les consommateurs ont besoin « d’une bulle d’insouciance et de bonheur ». L’entreprise, qui avait déjà l’habitude d’expédier de la marchandise partout en France, expérimente depuis plusieurs jours un nouveau système de livraison à domicile mixant fruits et légumes (d’un producteur partenaire), pâtisseries, et… chocolats. Mercredi, elle affirmait d’ailleurs que « même si on navigue à vue », « les commandes affluent depuis le début de la semaine ». A tel point qu’elle a rouvert deux de ses boutiques depuis ce vendredi matin, mais pour une semaine seulement.