Coronavirus : Conséquences, explications et notes d’espoir… Tout comprendre à la chute historique du PIB

CRISE ECONOMIQUE Jamais l’Insee n’avait enregistré pareil recul du Produit intérieur brut (PIB) en France

Hélène Sergent

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L'Insee a enregistré pour le 2e fois un recul historique du PIB au 2e trimestre 2020 avec une chute de 13,8%.
L'Insee a enregistré pour le 2e fois un recul historique du PIB au 2e trimestre 2020 avec une chute de 13,8%. — ISA HARSIN/SIPA
  • Le PIB a chuté de 13,8 % en France au deuxième trimestre 2020 à cause de l’épidémie de coronavirus et de l’arrêt total de nombreuses activités pendant le confinement.
  • Ce recul reste toutefois moins important que les prévisions calculées en juin, qui l’estimait à 17 %.
  • « Ce chiffre inédit nous donne un ordre de grandeur […] mais il s’agit d’une première estimation », note Mathieu Plane, de l’OFCE. Et il « ne veut pas dire que nous sommes retournés X années en arrière », rassure Julien Pouget, de l’Insee.
  • Mais l’économie n’aime pas l’incertitude, et les doutes concernant la suite de la pandémie pourraient mettre à mal la relance dessinée depuis le déconfinement.

« Nous ne sommes pas impuissants face à la crise ». Ce vendredi, quelques heures à peine après la publication par l’Insee des chiffres trimestriels du PIB (produit intérieur brut), le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est voulu rassurant. Mais les données dévoilées par l’institut national de statistiques ont de quoi effrayer. Jamais la France n’avait connu un tel recul de son activité.

En trois mois seulement, cet indicateur de la vie économique du pays a chuté de 13,8 %. Une récession qui intervient après une première dégringolade historique de 5,8 % enregistrée au premier trimestre 2020. Comment expliquer et analyser cette baisse vertigineuse ? Et existent-ils, dans les données calculées par l’Insee, des facteurs d’optimisme pour les mois à venir ? 20 Minutes fait le point.

Comment cette chute de 13,8 % s’explique-t-elle ?

Dans sa note de synthèse, l’Insee est catégorique. Les mesures de confinement prises dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus sont responsables de ces résultats. Contacté par 20 Minutes, Julien Pouget, chef du département de la conjoncture au sein de l’Institut, développe : « Le 2e trimestre comprend la majeure partie des semaines de confinement. Pendant cette période, la consommation des ménages a été particulièrement basse. De nombreux commerces considérés comme non-essentiels étaient alors fermés. Donc mécaniquement, il y a eu très peu d’activité, notamment dans certains secteurs comme l’hôtellerie ou la restauration ».

Principale composante de la croissance, la consommation des ménages français a effectivement reculé de 11 % entre mars et mai. Mais d’autres indicateurs témoignent de cette baisse générale de l’activité, avec une chute de 17,8 % des investissements des entreprises, une réduction de 25,5 % des exportations et de 17,3 % pour les importations. Pour autant, l’économiste à l’OFCE Mathieu Plane tient à préciser : « Ce chiffre inédit nous donne un ordre de grandeur et c’est très bien. Mais il s’agit d’une première estimation et elle pourra être révisée dans les mois et les années à venir. Généralement, les chiffres définitifs du PIB ne sont connus que trois ans après l’année étudiée ».

Comment la France s’en sort-elle par rapport à ses voisins européens ?

Dans le même temps, l’Office européen des statistiques Eurostat a publié ses résultats pour l’ensemble de la zone Euro. Au total, la baisse du PIB pour ces 19 pays européens s’élève à 12,1 %. La France compte parmi les pays les plus touchés (avec -13,8 % donc) derrière l’Espagne (-18,5 %) et le Portugal (-14,1 %). L'Italie, elle, enregistre une chute de 12,4 %, suivie par la Belgique (-12,2 %), l'Autriche (-10,7 %) et l’Allemagne (-10,1 %). Pour Mathieu Plane, ces chiffres trouvent deux explications. « La première, c’est la corrélation entre l’intensité des mesures mises en place pendant le confinement par les différents pays et la chute d’activité. La seconde est liée à la spécificité de cette crise. On est là face à un choc inédit dans sa diffusion sectorielle ».

Comprendre : lors d’une récession « classique », les pays les plus touchés sont souvent les plus industrialisés, développe l’économiste : « Or là, la crise sanitaire a créé un phénomène de crise économique qui touche des secteurs d’activité bien précis : les services en général, les commerces de proximité, l’aéronautique, le tourisme ou les loisirs. Autant de secteurs qui ont une importance particulière en Italie, en Espagne ou en France ».

Quelles perspectives se dessinent ?

Sans nier le caractère exceptionnel et la gravité de la situation, Julien Pouget, à l’Insee, insiste : « Même s’il y a un côté vertigineux, ce chiffre ne veut pas dire que nous sommes retournés X années en arrière. Cette chute résulte mécaniquement de l’arrêt volontaire d’une partie de l’activité. Le déclencheur n’est pas économique mais sanitaire. Et le rebond est déjà en cours. Comme sous l’effet d’un interrupteur, la consommation est repartie très vigoureusement dès le début du déconfinement et la consommation de biens a même dépassé en juin le niveau de février dernier ».

Sur la consommation des ménages, Mathieu Plane abonde : « Il n’y a jamais eu autant d’épargne et les ménages n’ont jamais été aussi riches. Le véritable plan de relance, ce sont les ménages qui l’ont entre leurs mains ». Mais l’un comme l’autre préviennent : l’incertitude liée à l’évolution de l’épidémie doit être prise en compte. « On pourrait avoir une croissance très positive, voire à deux chiffres au 3e trimestre. Sous réserve qu’il n’y ait pas de nouvelles mesures d’arrêt de l’activité et que la vie économique et sociale puisse continuer à cohabiter avec la circulation du virus », explique Julien Pouget.

Mais l’économie n’aime pas l’incertitude, rappelle Mathieu Plane : « La situation sanitaire et la persistance de la circulation du virus risquent de contribuer à une forme d’attentisme du côté des consommateurs. Est-ce qu’ils auront encore envie de sortir, de consommer ? La peur du lendemain et la menace de plans de licenciement peuvent peser. Comme avec les entreprises, l’Etat pourrait définir un plan de soutien à la consommation. »

Une solution déjà mise en place par nos voisins allemands, puisque Berlin a adopté dès juin un « paquet » de 130 milliards d’euros destiné à encourager la consommation avec une baisse temporaire de la TVA. Envisagée un temps en France, la mesure n’a finalement pas été retenue par Bercy.