Electricité : Quels sont les moyens disponibles pour éviter le « black-out » en France ?

CA VA COUPER CHERIE Le gestionnaire du réseau électrique, RTE, dispose d’une panoplie de moyens « hors marchés » pour éviter de plonger le pays dans l’obscurité

Nicolas Raffin

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Le réseau électrique français est mis à rude épreuve pendant l'hiver.
Le réseau électrique français est mis à rude épreuve pendant l'hiver. — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a évoqué jeudi un risque de « coupures très courtes » cet hiver.
  • Il s’agit d’une solution envisagée en dernier recours par RTE, le gestionnaire du réseau.
  • L’Europe a déjà connu plusieurs épisodes de coupures géantes.

Des trains brutalement à l’arrêt, des usines bloquées, des villes brusquement plongées dans le noir… Ce scénario catastrophe, c’est celui du « black-out », une coupure d’électricité géante et incontrôlée. Ce n’est pas qu’une fiction : en septembre 2003, l’Italie avait été privée d’électricité pendant plusieurs heures à cause d’un défaut d’approvisionnement. Et en novembre 2006, dix millions d’Européens avaient subi des coupures pendant une heure, après une panne sur le réseau allemand.

Un tel événement pourrait-il se reproduire en France ? Ce jeudi, la ministre chargée de la Transition écologique, Barbara Pompili, a prévenu que des « coupures très courtes » pourraient avoir lieu cet hiver, « en cas de grosse vague de froid ». La faute notamment au Covid-19 et au premier confinement, qui a retardé le planning de maintenance des réacteurs nucléaires au printemps dernier. Cette solution extrême des coupures fait partie de toute une gamme de moyens utilisés graduellement par RTE (Réseau de transport d’électricité), le gestionnaire du réseau électrique, pour éviter une coupure généralisée et chaotique.

Le « post marché »

Il existe d’abord des dispositifs « classiques » pour tenter de répondre à une demande élevée de consommation électrique lorsque les températures baissent. Soit en augmentant la production (mise en route de centrales thermiques, sollicitation plus importante des barrages, importations via d’autres pays européens grâce aux interconnexions), soit en diminuant la demande via des « effacements », c’est-à-dire en coupant tout ou partie du courant à des entreprises ou des particuliers qui ont souscrit un contrat spécifique, et qui sont donc préparés. Pour les foyers, cet « effacement diffus » peut correspondre par exemple à une coupure momentanée (de 10 à 20 minutes) des radiateurs ou du chauffe-eau. Toutes ces solutions permettent de gérer au mieux l’approvisionnement du réseau lorsqu’il est fortement sollicité.

Mais parfois, cela ne suffit pas, notamment lorsque les températures baissent fortement. La consommation électrique grimpe alors en flèche et les dispositifs évoqués précédemment n’arrivent plus à équilibrer l’offre et la demande. Dans ce cas, RTE est obligé de passer aux moyens dits « post marché », afin d’éviter le black-out.

L’échelle des solutions

Quatre outils sont à la disposition du gestionnaire dans une telle situation. Le premier consiste à faire appel aux « éco-gestes citoyens » pour réduire la consommation. Pour cela, un site internet baptisé Ecowatt permet à chacun de s’inscrire et de recevoir des alertes en temps réel lorsque la consommation d’électricité approche de la limite. Les utilisateurs sont alors invités à décaler l’utilisation de leurs appareils (leur lave-linge, par exemple), à n’utiliser que les lumières nécessaires dans leur maison, ou encore à baisser leur chauffage. « Si tout le monde se mobilise, on aura des actions significatives qui pourront éventuellement éviter des coupures d’électricité dans des périodes particulièrement tendues », souligne Maïté Jauréguy-Naudin, responsable du dispositif chez RTE, interrogée par LCI.

La deuxième solution consiste à arrêter d’approvisionner 22 sites industriels particulièrement gourmands en électricité. « Faire de la régulation, ça veut dire travailler avec les industries pour qu’elles puissent arrêter leur production à certains moments (…) Ça, c’est des contrats qu’on a avec des entreprises, avec des gros producteurs », a ainsi expliqué Barbara Pompili sur BFMTV. Parmi eux, le site d’électrolyse Arkema et son électrolyse en Isère, Rio Tinto et l’alluminium à Dunkerque, ou encore Ferropem et la production de silicium dans l’Ain et la Savoie, selon Les Echos. « Cinq secondes après avoir reçu son ordre d’activation, le site industriel doit interrompre sa production, et ainsi redonner des marges au réseau électrique » rappellent encore Les Echos. En contrepartie, ces entreprises sont rémunérées – jusqu’à 35.000 euros par mégawatt (MW) interruptible –, qu’elles soient sollicitées ou non. Au total, RTE dispose ainsi d’une « soupape » de 1.500 MW. Elle l’a notamment activé le 10 janvier 2019, en raison d’un incident sur le réseau européen.

Un risque faible

Si la situation reste critique, RTE peut activer son troisième levier : la baisse de la tension de 5 % sur le réseau. « Cela entraîne une baisse de l’efficacité et du rendement de certains appareils électriques, mais sans couper aucun usage. Appliqué à l’ensemble du territoire, il est possible d’économiser jusqu’à 4.000 MW, presque la consommation de Paris et Marseille réunis » indique l’Usine Nouvelle.

Enfin, si tout ça ne suffit pas, RTE prévoit « en dernier recours » « des coupures momentanées, localisées et tournantes afin d’éviter un black out ». Autrement dit, certaines zones seraient volontairement privées d’électricité – deux heures maximum – afin d’éviter de faire disjoncter tout le réseau et de préserver les consommateurs « sensibles » (par exemple les hôpitaux). Selon le gestionnaire de réseau, « le recours aux moyens post marché pourrait intervenir, selon les semaines, en cas de températures inférieures aux normales de saison de l’ordre de 2 à 7°C ». Un risque faible donc, mais bien réel.