Rennes : Les règlements de comptes se multiplient entre trafiquants de drogue

DROGUE La capitale bretonne fait face à une flambée de violence depuis quelques semaines sur fond de trafic de stupéfiants

Jérôme Gicquel

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Illustration de policiers en patrouille sur la dalle Kennedy dans le quartier de Villejean à Rennes.
Illustration de policiers en patrouille sur la dalle Kennedy dans le quartier de Villejean à Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Ville réputée plutôt calme, Rennes connaît depuis plusieurs semaines une flambée de violence sur fond de trafic de stupéfiants.
  • Huit règlements de comptes particulièrement violents ont été enregistrés depuis le début de l’année.
  • Les autorités promettent une réponse ferme, en s’attaquant à la fois à l’offre et à la demande.

« Je ne suis pas le professeur Raoult de la magistrature, je n’ai pas de remède miracle. » Philippe Astruc a le sens de l’humour. Mais le procureur de la République de Rennes n’est pourtant pas d’humeur à rire. Car depuis plusieurs semaines, la capitale bretonne connaît une flambée de violence sans précédent sur fond de trafic de stupéfiants. « La situation est compliquée, reconnaît Gilles Soulié, directeur interrégional de la police judiciaire. On a déjà eu huit règlements de comptes depuis le début de l’année, contre deux affaires en 2018 et quatre en 2019 ».

Plus nombreuses, les agressions entre bandes rivales sont également plus violentes avec un usage des armes à feu qui devient quasi systématique. Courant avril, en plein confinement, les quartiers de Villejean et du Blosne ont ainsi été le théâtre de violents règlements de comptes. C’est le lynchage d’un jeune du quartier du Blosne venu s’aventurer dans le quartier de Villejean le 10 avril qui serait le point de départ d’une série de coups de feu survenus dans les deux quartiers. L’agression, très violente, avait été médiatisée par le syndicat de police Synergie-Officiers qui avait diffusé les images de vidéosurveillance sur son compte Twitter.

Six individus mis en examen pour tentatives de meurtre

Pour casser cette spirale de violence, les autorités judiciaires et policières ont promis « une réaction forte ». Le 26 mai, une vaste opération a ainsi été lancée, débouchant sur l’interpellation de sept personnes soupçonnées d’avoir participé à ces règlements de comptes. Six d’entre elles, des jeunes hommes âgés de 17 à 26 ans, ont été mis en examen pour tentatives de meurtre en bande organisée et association de malfaiteurs et écroués. « Je ne veux pas que Rennes devienne une ville où ces faits se banalisent et où l’on compte les points », indique Philippe Astruc.

Dans cette guerre contre les trafiquants, le procureur de la République de Rennes a prévu de mobiliser tous les moyens à sa disposition. Il peut ainsi compter depuis plusieurs semaines sur une présence policière renforcée sur le terrain. Le confinement ayant mis fin aux manifestations, les agents mobilisés sur le maintien de l’ordre public ont été déployés dans les quartiers où les tensions se font vives. « Les points de deal sont identifiés et nous allons maintenant agir dans une approche de microterritoires », indique Philippe Astruc, bien conscient que cela prendre du temps. « C’est illusoire de penser que l’on va régler cela en quelques semaines », souligne-t-il.

Les fumeurs de cannabis bientôt verbalisés

Pour démanteler ces « PME criminelles », Philippe Astruc entend également « s’attaquer à la demande » en sanctionnant les fumeurs de cannabis d’une amende forfaitaire de 200 €. La mesure, qui sera testée à Rennes, Créteil et Reims, entrera en vigueur dans les tout prochains jours et pour une durée de deux mois.

Selon le procureur de la République de Rennes, ce dispositif doit permettre de « responsabiliser l’usager » car « ce sont les clients qui font prospérer ces commerces à caractère mafieux ». « Moins il y aura de demande et plus on pourra agir efficacement contre l’offre », assure-t-il.