Régionales 2010: le moment Cécile Duflot

DECRYPTAGE Métamorphosée, la secrétaire nationale des Verts surfe sur la vague Europe Ecologie pour les régionales. Mais rien n'est sûr pour la suite…

Maud Noyon

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Les Verts, qui devraient largement réélire samedi Cécile Duflot comme secrétaire nationale lors d'un congrès "calme et apaisé", contrairement à leurs alliés socialistes, entendent poursuivre le rassemblement écologiste avec pour objectif la présidentielle de 2012.
Les Verts, qui devraient largement réélire samedi Cécile Duflot comme secrétaire nationale lors d'un congrès "calme et apaisé", contrairement à leurs alliés socialistes, entendent poursuivre le rassemblement écologiste avec pour objectif la présidentielle de 2012. — Philippe Huguen AFP

«Sympa», «jeune», «décontractée»,… Les qualificatifs ne relèvent pas forcément du grand leader mais brossent à petites touches le portrait d’une dirigeante métamorphosée. Autrefois raillée pour son look et son manque de charisme, Cécile Duflot profite à fond de la campagne des régionales pour consolider sous les projecteurs sa nouvelle stature.

 

Tête de liste en Ile-de-France à 34 ans, la cheville ouvrière d’Europe Ecologie a réussi à imposer sa voix entre les deux grandes candidatures, le PS et la majorité présidentielle. Et même si elle ne devrait pas répéter l’exploit des européennes - où Europe Ecologie avec une campagne menée par Daniel Cohn-Bendit avait récolté plus de 16% des voix-, elle se forge une carrure nationale. «C’est une véritable éclosion, juge un fin connaisseur des Verts. Cécile n’est pas une politique née, ce n’est pas une tueuse. C’est une militante de base, une mère de famille qui a un job. Elle représente parfaitement le parti pour qui seules les idées, et non pas les élections, comptent.»

 

«Il faut que tu t’engages»

 

La jeune femme a su remiser son manque d’ambition électorale avec le soutien de son courant. «On lui disait "tu ne peux pas faire de la politique seulement en étant dans la protestation ou le témoignage, il faut que tu t’engages"», décrypte-t-on. Et ça marche. Selon un sondage Viavoice, repris par Libération, sa notoriété a explosé depuis août: en janvier, 40% des gens interrogées la connaissaient. 

 

«Elle gère très bien cette nouvelle notoriété, elle a les pieds sur terre. La politique n’est pas son obsession, elle a d’autres centres d’intérêt», a expliqué à 20minutes.fr Noël Mamère qui voit en elle une représentante de la nouvelle génération de politiques. «C’est une femme, elle est jeune. Et puis elle connait bien ses dossiers et incarne ce désir d’écologie qu’il y a en France».

 

A la base, c’était le relatif anonymat de Cécile Duflot, sa grande timidité qui avaient séduit quand elle avait été choisie pour diriger le parti en 2006, avant d’être réélue fin 2008. Mais depuis, elle a su user d’un certain culot pour prendre la parole et elle n’hésite désormais plus à réagir sur tous les sujets d’actualité, de la burqa au sommet social en passant par la polémique Badinter.

 

Une secrétaire sans langue de bois

 

Et dans ses propos, c’est une franchise doublée d’ironie qui fait mouche, alors que le monde politique est souvent critiqué pour sa langue de bois. Par exemple, quand elle s’était défendue sur son déplacement aux Maldives, alors que son équipe était terrorisée par la portée que pourrait avoir ce voyage personnel sur toute la crédibilité d’Europe Ecologie.

 

Finalement, elle s’est sortie sans encombres de ce faux pas et incarne avec succès Europe Ecologie pour les régionales. Une étape pour préparer en douceur la présidentielle? Selon Sandrine Bélier, interrogée par 20minutes.fr, «le débat sur 2012 n’est de toute façon pas encore engagé» au sein du parti. Et comme Noël Mamère, cette députée européenne appuie sur l’importance du collectif pour ces élections.

 

Une habitude chez les Verts, centre de gravité politique d’Europe Ecologie, où on n’a jamais rechigné à couper les têtes devenues un peu trop grosses au contact du pouvoir.

 

Une Besancenot verte?


Mais Cécile Duflot n’a pas de plan de carrière, fait parfois preuve de légèreté, arrivant quasi systématiquement en retard au rendez-vous comme à BFM-TV où elle était l’invitée politique dimanche dernier et portant un message vert un peu technique pour le quidam.

 

«Il faut se rappeler qu’elle a été projetée en politique, souligne un proche des Verts. Aux primaires des Verts pour la présidentielle 2007, elle faisait tout pour ne pas être élue. Pour le meeting de clôture de la campagne des européennes où 4.000 personnes avaient rempli le Zénith de Paris, elle avait craqué en coulisses avant de prononcer son discours en répétant «je ne veux pas y aller»».

 

Pas vraiment le profil pour incarner une nouvelle contestation à gauche, capable de faire durablement de l’ombre à Olivier Besancenot, très bon orateur. Et dans son parti, où sa légitimité est désormais incontestable? «On parle beaucoup d’elle à cause des régionales, mais on n’a pas oublié les autres personnalités du parti» comme Eva Joly ou José Bové, explique Sandrine Bélier, qui avoue que personne ne sait ce que deviendra Europe Ecologie après les régionales. Une fois passé le moment Duflot.