« The Clean Network »… Au-delà de TikTok, comment Donald Trump veut « nettoyer » Internet aux Etats-Unis

RESEAUX SOCIAUX Au-delà de la bataille contre TikTok, les États-Unis ont lancé un vaste programme baptisé « clean network » (« réseau propre ») pour bloquer les applications et opérateurs chinois

H. B.

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Au-delà de TikTok, Donald Trump veut «nettoyer le réseau Internet» aux Etats-Uni.
Au-delà de TikTok, Donald Trump veut «nettoyer le réseau Internet» aux Etats-Uni. — INA Photo Agency
  • Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a présenté cette semaine un programme baptisé « Clean Network » («réseau propre ») pour « purger » les réseaux américains des applications chinoises.
  • Washington cherche à convaincre d’autres pays de le rejoindre au sein de ce programme, qui comprend six axes principaux.
  • « Une interdiction des populaires applications mobiles chinoises TikTok et WeChat aux Etats-Unis pourrait fragmenter encore plus un Internet mondial déjà fragile », redoutent des spécialistes du secteur.

La bataille contre TikTok n’est qu’une première étape dans la guerre des réseaux sociaux lancée par Donald Trump face à la Chine. Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a présenté cette semaine un programme baptisé « Clean Network » («réseau propre »). L’objectif ? « Purger » les réseaux américains des applications chinoises, comme TikTok ou le réseau social chinois WeChat, afin de les priver d’accès aux données personnelles d’Américains. Ou bien encore interdire à Huawei de pré-installer des applications chinoises sur ses téléphones mobiles.

« Étant détenues par des maisons mères chinoises, les applications TikTok, WeChat et les autres font peser des menaces significatives sur la protection des données personnelles des citoyens américains (…) Et c’est sans parler de la porosité de ces applications aux outils du Parti communiste chinois (PCC) en matière de censure », a notamment déclaré mercredi soir le secrétaire d’État américain.

De quelle manière ?

Le programme « Clean Network » comprend six axes principaux. Clean Carrier, qui interdit l’accès au réseau américain à tous les opérateurs chinois. Clean Apps dont l’objectif est le retrait de certaines applications proposées par des entreprises américaines sur les smartphones fabriqués par des marques chinoises. Mais aussi la démarche inverse avec Clean Store, qui impose le retrait des applications chinoises [TikTok, WeChat] jugées non fiables des plateformes américaines telles que Google Play ou l’Apple Store. Le volet Clean Cloud a quant à lui pour but de réduire la quantité de données américaines stockées par les data centers chinois. Et Clean Cable concerne l’infrastructure réseau physique. Elle s’ajoute au programme Clean Path, lancé en avril dernier, qui concerne les réseaux cellulaires 5G.

Avec quels autres pays ?

Washington cherche à convaincre d’autres pays de le rejoindre au sein du programme « Clean Network ». « Les États-Unis appellent leurs alliés et partenaires gouvernementaux et industriels du monde entier à se joindre à cette marée montante qui vise à protéger nos données de la surveillance du PCC et d’autres entités malveillantes. Construire une forteresse autour des données de nos citoyens assurera la sécurité de toutes nos nations », a déclaré Mike Pompeo, invitant les autres pays à suivre l’exemple américain. Plus de 30 pays sont d’ores et déjà jugés comme des « pays propres » et les grands opérateurs télécoms mondiaux sont jugés également comme des « télécoms propres », a précisé le département américain.

Quelles conséquences ?

Une interdiction des populaires applications mobiles chinoises TikTok et WeChat aux Etats-Unis pourrait fragmenter encore plus un Internet mondial déjà fragile, redoutent des spécialistes du secteur. Pour Daniel Castro, de la Fondation pour l’Innovation et les Technologies de l’Information, les menaces américaines feraient peser « un risque sérieux de morcellement de l’internet » si elles étaient menées à bien.

« C’est véritablement une tentative de fragmenter l’internet et la société globale de l’information selon une ligne de fracture américano-chinoise et d’exclure la Chine de l’économie de l’information », estime également Milton Mueller, professeur à la Georgia Tech University et fondateur du Internet Governance Project. Cette démarche vise à « créer un pare-feu occidental », qui serait appliqué de manière globale via les sanctions économiques américaines et s’apparenterait au « Great Firewall » chinois [jeu de mots sur la « Grande Muraille » («Great Wall ») de Chine et le pare-feu («firewall »)].

Mais cela pourrait se retourner contre les géants de la Silicon Valley​ car « de nombreux gouvernements nationalistes dans le monde pourraient lancer les mêmes accusations contre Apple, Google, Facebook et Twitter » au sujet de l’usage des données personnelles, indique Milton Mueller. « Ce sera la porte ouverte aux obstructions nationalistes et à la régulation des médias sociaux ».