Guillaume M., l’ultranationaliste qui voulait attaquer Macron, jugé pour entreprise terroriste individuelle

PROCES Les motivations du jeune homme au profil solitaire et suicidaire restent floues

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron lors du défilé du 14-Juillet 2017, à Paris.
Emmanuel Macron lors du défilé du 14-Juillet 2017, à Paris. — Allard

Le délit est peu fréquent. Ce mardi, Guillaume M., 25 ans, doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris pour entreprise terroriste individuelle. Ce prévenu au profil ultranationaliste, solitaire et suicidaire avait été interpellé le 28 juin 2017 dans sa rue d’ Argenteuil (Val-d’Oise).

Un internaute avec lequel il avait discuté sur le site jeuxvideo.com avait donné l’alerte via la plateforme de signalement des contenus illicites, Pharos : « Je cherche une arme, semi-auto obligatoire », « je veux buter des gens », « faire le plus de dégâts possible », affirmait Guillaume M., selon une source proche du dossier. Déjà connu de Pharos et de la justice – en 2016, Guillaume M. avait été condamné à de la prison ferme pour provocation à la haine et apologie du terrorisme, après avoir vanté les actes du Norvégien Anders Breivik –, ce jeune homme sans emploi avait rapidement été identifié.

Des recherches sur les déplacements de Macron et les Pokemon

A Argenteuil, la police avait trouvé sa maison vide. Apercevant les enquêteurs en rentrant chez lui, Guillaume M. était allé au supermarché pour acheter des couteaux, puis avait menacé les policiers au volant de sa voiture : « Faites pas les fous, j’ai un couteau ! »

Dans l’historique de son portable, des recherches sur les Pokemon ou les sites échangistes en côtoyaient d’autres sur le passage à l’acte terroriste, les déplacements d’Emmanuel Macron, ou encore l’isolement carcéral, selon la source proche du dossier. Il s’était aussi renseigné sur la 16e chambre du tribunal correctionnel, spécialisée dans les affaires de terrorisme.

Plusieurs minorités visées

Devant les enquêteurs, Guillaume M., ex-membre des Jeunesses nationalistes, ligue d’extrême droite dissoute en 2013, s’était décrit comme attaché à la préservation de la race blanche et un peu « mégalo » : « Les deux seraient pas mal, la mort ou la célébrité. » Il avait affirmé avoir envisagé « une tuerie de masse » à la Kalachnikov, contre « plusieurs personnes de chaque minorité, musulmans, juifs, noirs, homosexuels, francs-maçons »

Il disait aussi avoir pensé à un « attentat contre Macron », par exemple, le 14-Juillet, à l’instar de « ce qu’avait fait Maxime Brunerie » – le 14 juillet 2002, ce militant d’extrême droite avait tenté d’atteindre le président Jacques Chirac avec un fusil dissimulé dans un étui à guitare, tir qui avait été dévié par un spectateur. « Quitte à tomber, autant que ce soit pour tuer un politique et déstabiliser le système », affirmait en 2017 Guillaume M., qui avait tenté deux fois de se suicider par le passé.

Des éléments matériels

Menace tangible ou élucubrations d’un esprit troublé ? « Le dossier est pourri, je n’ai pas d’arme, pas de contact, c’est seulement un fantasme », des ébauches de projets pour commettre un « suicide social », assurait-il alors, selon la source proche du dossier. Les enquêteurs, qui ont, au contraire, pointé « la permanence d’un projet terroriste » ayant pu « évoluer dans le temps », ont retenu contre lui plusieurs éléments matériels : l’achat des couteaux, la recherche de cibles sur Internet et la mise à feu d’un cocktail molotov dans une vidéo postée sur YouTube en 2015. « Le prochain sur une mosquée », prévenait-il. Contactée par l’AFP, son avocate n’était pas joignable jusqu’à présent.

Plusieurs projets d’actions violentes de l’ultradroite ont été déjoués ces dernières années. Un groupuscule qui projetait des attaques contre des musulmans de France, Actions des forces opérationnelles (AFO), a, par exemple, été démantelé en 2018.