Toulouse : La filiale du groupe Total définitivement condamnée pour la catastrophe de l’usine AZF

JUSTICE Dix-huit ans après l’explosion de l’usine AZF, Grande Paroisse et le directeur de l’usine sont définitivement condamnés après une décision de la Cour de cassation

Béatrice Colin

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Le 21 septembre 2001, l'usine AZF explosait, à Toulouse.
Le 21 septembre 2001, l'usine AZF explosait, à Toulouse. — Bordas / Sipa
  • En rejetant le pourvoi en cassation de la filiale de Total ce mardi, la Cour de cassation a confirmé la condamnation définitive du directeur de l’usine AZF et de sa maison mère, Grande Paroisse.
  • Après trois longs procès, ce qui en fait une des affaires les plus chères de l’histoire judiciaire française, les associations de victimes ont salué « une victoire ».
  • Elles indiquent toutefois que, dix-huit ans après, les leçons n’étaient toujours pas tirées en matière d’installations classées Seveso.

Le 21 septembre 2001, l’usine AZF explosait à Toulouse​, faisant 31 morts, des milliers de blessés et d’énormes dégâts. Dix-huit ans après, la Cour de cassation vient de clore le volet judiciaire de cette catastrophe.

Après trois procès, le 31 octobre 2017 la cour d’appel de Paris avait condamné le directeur de l’usine, Serge Biechlin, à 15 mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende pour « homicides et blessures involontaires », ainsi que Grande Paroisse, la filiale de Total, à 225.000 euros d’amende. Le pourvoi en cassation formulé par la défense vient en effet d’être rejeté ce mardi.

Procès le plus cher de l’histoire judiciaire

« Une victoire du pot de terre contre le pot de fer », ont réagi les associations de victimes, riverains et syndicats de salariés. « C’est un soulagement et une victoire », ont reconnu les parents de Rodolphe Vitry, mort dans l’explosion de l’usine. Comme d’autres parties civiles, ils sont contents qu’il y ait une reconnaissance de l’origine chimique de l’explosion due à un mélange de produits incompatibles et la condamnation de Total à travers sa filiale.

Une thèse mise en doute tout au long des trois procès par les avocats de la filiale de Total. « C’est un arrêt un peu décevant », a réagi l’un d’eux auprès de l’AFP, Daniel Soulez-Larivière, jugeant que dans ce dossier « un peu monstrueux ».

« Total a déployé des moyens colossaux depuis le début. C’est d’ailleurs un des procès les plus chers de l’histoire judiciaire française, si ce n’est le plus cher », relève pour sa part Stella Bisseuil, l’avocate de l’association de familles endeuillées. Pour elle, cette affaire AZF, « c’est celle d’un accident qui arrive par un détail, là c’est dans la poubelle et la gestion des déchets, ces petites choses qui échappent à la vigilance », plaide-t-elle.

« Ce sont bien les manquements délibérés dans l’organisation de l’usine, notamment dans la procédure de traitement des déchets industriels du site et la généralisation de la sous-traitance qui sont les causes avérées de l’explosion », a indiqué Philippe Saunier de la Fédération CGT des industries chimiques.

Des leçons pas tirées

Près de deux décennies plus tard, à l’aune des incendies de Lubrizol et de la raffinerie Total du Havre, samedi dernier, ces questions demeurent intactes pour certaines parties civiles. Selon les associations de victimes et riverains, les leçons de la catastrophe AZF n’ont toujours pas été tirées en matière d’usine Seveso. « Entre 2016 et 2018, on a enregistré 25 % d’accidents supplémentaires sur les installations classées, et dans le même temps, les inspections de ces sites sont passées de 30.000 à 18.196 », relève Denis Molin, du collectif Plus jamais ça ni ici, ni ailleurs.

Si la cause chimique est reconnue définitivement par la justice, le directeur de l’usine peut faire appel de sa condamnation auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme. « Si elle est saisie, elle examinera seulement s’il a eu droit à un procès équitable », explique Stella Bisseuil.