Disparition d’Estelle Mouzin : Michel Fourniret, un tueur énigmatique qui n’a peut-être pas livré tous ses secrets

TUEUR L'« ogre des Ardennes » a reconnu l’enlèvement et le meurtre d’Estelle Mouzin, 9 ans, disparue en 2003 en Seine-et-Marne

20 Minutes avec AFP

— 

Montage avec les photos de Michel Fourniret, à gauche, et d'Estelle Mouzin, à droite.
Montage avec les photos de Michel Fourniret, à gauche, et d'Estelle Mouzin, à droite. — Sipa/Niko/Sipa

Des silences, des aveux, et peut-être encore des secrets. En quarante ans de crimes, le violeur et tueur en série Michel Fourniret a souvent dérouté la justice. Condamné à la perpétuité incompressible en mai 2008 pour sept meurtres, puis de nouveau à la perpétuité en 2018 pour un assassinat crapuleux, l' « ogre des Ardennes » a reconnu cette semaine l’enlèvement et le meurtre d’Estelle Mouzin, fillette de 9 ans disparue en 2003 en Seine-et-Marne.

Alors qu’il est aujourd’hui âgé de 77 ans, le temps presse pour reconstituer le parcours criminel de celui qui se décrit comme « un joueur d’échecs » face aux enquêteurs et est atteint de dégénérescence cérébrale​. « Jouez avec un partenaire tel que vous, ça en vaut la peine », mais « ma mémoire fiche le camp », disait-il en novembre à la juge d’instruction Sabine Kheris, qui vient, selon le parquet de Paris, de recueillir ses aveux.

Dans la mémoire du tueur

En février 2018, Fourniret avait d’abord avoué à la juge avoir tué deux jeunes femmes dans l’Yonne : Marie-Angèle Domece, disparue en 1988 à 19 ans, et Joanna Parrish, 20 ans, retrouvée violée et étranglée deux ans plus tard. Des meurtres qu’il niait jusqu’alors, et pour lesquels il avait été mis en examen en 2008. « Si ces personnes n’avaient pas croisé mon chemin, elles seraient toujours vivantes », a-t-il déclaré lors d’un de ses interrogatoires, consulté par l’AFP.

Son ex-femme, Monique Olivier, a confirmé les aveux en pointillé de son ancien époux pour ces deux femmes. Elle l’a aussi accusé fin janvier d’avoir tué la petite Estelle Mouzin, après avoir contredit son alibi cet automne. Reconnue complice de quatre meurtres et d’un viol en réunion, Monique Olivier a pour sa part été condamnée en 2008 à la perpétuité, avec vingt-huit ans de sûreté.

Des années après les faits, ces différents aveux ont relancé l’espoir d’élucider ces cold cases, mais des secrets demeurent enfouis dans la mémoire du tueur, en prison depuis dix-sept ans. En novembre dernier, il a d’ailleurs été interrogé pour la première fois dans l’enquête sur la disparition, en 1993 dans l’Orne, d’une femme de 29 ans, Lydie Logé. Sans être mis en examen.

« Absolument pervers »

Décrit par l’expert psychiatre Daniel Zagury comme « le tueur en série français le plus abouti », le meurtrier a souvent joué avec les enquêteurs. Maître Didier Seban, qui défend plusieurs proches de ses victimes, parle de véritable « bataille » avec lui « pour en savoir plus ». « Un crime fait écho à un autre. Mais ils les avoue et les confond entre eux », déplore-t-il. « Ce qui étonne, c’est l’ego absolu de ce personnage, la fierté qu’il tire de son œuvre criminelle », note l’avocat. « C’est le tueur qui vous emmène dans ses crimes. Il est absolument pervers, absolument insupportable », ajoute-t-il.

Né en 1942 à Sedan (Ardennes), Fourniret, marié trois fois et père de cinq enfants, aurait été traumatisé de découvrir que sa première femme n’était pas vierge. De son propre aveu, il se serait alors mué en « braconnier ». Il est d’abord condamné à trois reprises en 1967, 1984 et 1987 pour une douzaine d’agressions sexuelles.

Un pacte criminel

De sa troisième épouse, Monique Olivier, rencontrée en détention par petite annonce, il fait ensuite une complice, scellant avec elle un « pacte » criminel : en échange du meurtre de son premier mari, elle l’aide à trouver une femme vierge. A sa sortie de prison en 1987, il s’installe avec elle.

Deux mois plus tard, il viole et tue Isabelle Laville, 17 ans. Suivront Fabienne, Jeanne-Marie, Elisabeth… Leur équipée s’achève en 2003, quand Fourniret est arrêté en Belgique pour un enlèvement raté. En 2004 et 2005, Monique Olivier craque et révèle aux enquêteurs onze meurtres, dont les sept jugés en 2008. Commis entre 1987 et 2001 en France et en Belgique, ils avaient été précédés de viols ou de tentatives de viols.