Terrorisme: « J'allais en Syrie pour combattre, pas pour faire de l'humanitaire », reconnaît Tyler Vilus à son procès

PROCÈS Au premier jour de son procès, Tyler Vilus a reconnu avoir adhéré à l’idéologie djihadiste mais a cherché à démontrer qu’il n’avait pas occupé le rôle de premier plan en Syrie qu’on lui attribue

Caroline Politi

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Tyler Vilus, au premier jour de son procès
Tyler Vilus, au premier jour de son procès — Benoit PEYRUCQ / AFP
  • Tyler Vilus est le premier Français accusé de meurtres commis en Syrie à comparaître devant la cour d’assises spéciale. Il est également soupçonné d’avoir dirigé sur place un groupe de combattants.
  • Ce Troyen de 30 ans encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
  • Les juges d’instruction l’ont longtemps soupçonné d’être le 11e homme des attentats de Paris, sans jamais parvenir à l’établir formellement.

Qui est Tyler Vilus ? Un vétéran du djihad considéré par les services de renseignement comme l’un des Français les plus influents, un temps soupçonné d’être le 11e homme des attentats du 13 novembre ? Ou bien un homme pris, un peu malgré lui, dans un engrenage de violence ? Un « peu comme un plongeur », résume-t-il, ce jeudi, au premier jour de son procès devant la cour d’assises spécialement composée. « En apnée, vous devez anticiper le fait de remonter à la surface. Si vous plongez trop profond, ça peut être dur de remonter. C’est pareil pour mon engagement en Syrie. »

Ce Troyen de 30 ans, muscles saillants moulés dans un tee-shirt noir, courtes tresses et barbe fournie, est le premier djihadiste français à être jugé pour des meurtres commis sur « zone » , et l’un des rares à comparaître pour avoir dirigé un groupe de combattants. Converti en 2011, Tyler Vilus s’est envolé trois mois plus tard vers la Tunisie. C’est là-bas, explique-t-il ce jeudi, qu’il s’est radicalisé, notamment au contact des fidèles de sa mosquée. Après un premier voyage en Syrie à l’automne 2012, il s’envole à nouveau, durablement cette fois-ci, en mars 2013. « J’allais en Syrie pour combattre, pas pour faire de l’humanitaire », reconnaît-il d’emblée lorsque le président lui laisse longuement la parole avant d’engager les débats.

« J’ai toujours fait partie de la police militaire »

Pendant plus d’une heure, il n’a, néanmoins, eu de cesse de minimiser son rôle en Syrie. S’il reconnaît adhérer pleinement aux thèses djihadistes – « je suis petit à petit entré dans cette idéologie jusqu’à m’y ancrer » –, il louvoie lorsqu’il s’agit d’évoquer précisément ses activités. « On me donne un rôle en Syrie que je n’avais pas forcément », insiste-t-il. Il admet avoir été « pressenti » pour intégrer les redoutables services secrets de l’Etat islamique mais certifie qu’il n’a pas été retenu. De même, il nie avoir fait partie de la police islamique chargée, notamment, de faire appliquer la charia. « J’ai fait partie de la police militaire, ça concerne seulement les combattants, pas les civils », nuance-t-il.

A l’été 2013, Tyler Vilus prend la tête d’un groupe de combattants français. Il s’en était d’ailleurs ouvert à sa mère, Christine Rivière, elle-même condamnée en appel à 10 ans de prison pour s’être rendu à trois reprises en Syrie. « En plus d’être flic, les Français m’ont mis à la tête d’un groupe, je suis devenu émir », lui avait-il écrit. Aujourd’hui, l’accusé – qui évite soigneusement d’employer le mot « émir » – se décrit plutôt comme un « porte-parole », le représentant d’une « dizaine de Français » – les enquêteurs parlent, eux, de plusieurs dizaines – choisi pour aller dialoguer avec d’autres émirs, notamment pour « refuser certaines missions ». Pourquoi lui ? Tout simplement parce qu’il est l’un des premiers Français arrivés sur « zone ».

« Je ne remets pas en question à ce moment-là mon engagement terroriste »

En mai 2015, il apparaît pourtant dans la vidéo d’une exécution publique, deux prisonniers abattus d’une balle dans la tête. S’il n’appuie pas sur la gâchette, les enquêteurs, notamment au regard de son comportement, sont convaincus qu’il fait partie des donneurs d’ordre. « Fantasme », tranche Vilus, qui jure n’avoir joué aucun rôle dans cette exécution. L’accusé raconte qu’à cette époque, il s’était mis en tête de quitter la Syrie, déçu par les luttes de pouvoirs intestines, pour immigrer avec ses proches en Mauritanie.

« Je ne remets pas en question, à ce moment-là, mon engagement terroriste mais l’État islamique », explique-t-il à la cour. A l’en croire, c’est pour tromper la vigilance de l’organisation terroriste – qui interdit tout départ – qu’il se rapproche du groupe des « opérations extérieures », qui furent notamment chargées des attentats de Paris ou de Bruxelles. Pour passer la frontière, il leur indique qu’il est prêt à commettre un attentat en Europe, explique-t-il. Il sera finalement interpellé le 2 juillet 2015 à l’aéroport d’Istanbul alors qu’il vient d’embarquer pour un vol vers Prague.

Si Tyler Vilus est renvoyé devant la cour d’assises pour ses activités criminelles en Syrie, les juges d’instruction l’ont longtemps soupçonné, sans jamais parvenir à l’établir, d’être le 11e homme des attentats du 13-Novembre. Les investigations ont notamment permis d’exhumer un texto envoyé le jour de son interpellation à Abdelhamid Abaaoud, chef d’orchestre des attaques de Paris. « Je supprime ton numéro et les autres pour qu’ils trouvent rien. Ils vont pas m’enfermer indéfiniment, ça change rien. Quand je sors, j’agis. » S’il reconnaît avoir envoyé ce message, il assure avoir agi ainsi pour protéger sa famille, toujours en Syrie. Et d’avancer, comme une preuve de sa bonne foi : « Si j’avais voulu frapper la France, je l’aurais fait en 2013 », entre ses deux séjours syriens.

Tyler Vilus, dont le procès est prévu pour durer jusqu’au 3 juillet, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.