Terrorisme : Au procès de son fils, Tyler Vilus, les trous de mémoire sélectifs de « Mamie djihad »

PROCÈS Citée comme témoin au procès de son fils, Christine Rivière n’a eu de cesse d’éluder les questions de la cour ou d’invoquer des trous de mémoire

Caroline Politi

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Christine Rivière est entendue comme témoin au procès de son fils, Tyler Viler, jugé pour des meurtres en Syrie.
Christine Rivière est entendue comme témoin au procès de son fils, Tyler Viler, jugé pour des meurtres en Syrie. — BENOIT PEYRUCQ / AFP
  • Tyler Vilus est le premier Français accusé de meurtres commis en Syrie à comparaître devant la cour d’assises spéciale. Il est également soupçonné d’avoir dirigé sur place un groupe de combattants.
  • Sa mère, Christine Rivière, a été condamnée en appel en 2018 à dix ans d’emprisonnement pour s’être rendue en Syrie et avoir encouragé la venue de plusieurs jeunes femmes.
  • Mère et fils entretiennent une relation fusionnelle. Les enquêteurs ont exhumé des milliers de messages.

Après plus d’une heure d’audition, les nerfs de Tyler Vilus lâchent. Lui qui depuis l’ouverture de son procès devant la cour d’assises spécialement composée avait fait preuve de sang-froid, ne supporte pas de voir l’avocat général presser sa mère, Christine Rivière, de questions. « C’est de l’acharnement, elle a déjà été jugée pour cela », bondit-il dans le box. Six ans qu’ils ne s’étaient pas vus et ce lundi, ils ne se quittent pas du regard. La dernière fois, c’était en avril 2014, lors du troisième et dernier voyage en Syrie de celle qui est surnommée « Mamie djihad ». Depuis, la quinquagénaire a été condamnée à dix ans de prison. Tyler Vilus, qui est soupçonné de meurtres en Syrie et d’avoir endossé le rôle d’émir, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Mère et fils entretiennent depuis toujours une relation fusionnelle. Lui, ce cadet qui a enchaîné les séjours à l’hôpital avant que lui soit diagnostiquée la maladie de Crohn. Lui, dont le père n’est pas « facile » – un euphémisme pour ne pas dire violent – et qui prend, dès l’adolescence, la voie de la délinquance. A entendre Christine Rivière témoigner ce lundi, tout a changé en 2011, après sa conversion. « A son entrée dans l’islam, il est devenu quelqu’un de mieux. » Le président tique. « Vous savez que compte tenu de ce qui lui est reproché, ça pourrait être mal interprété ». Les bras croisés, vêtue d’un large tee-shirt noir, elle précise, presque comme une évidence. « Il a arrêté de fumer, boire de l’alcool. » Un an plus tard, elle se convertit à son tour. « Il n’a pas cherché à m’influencer ou me forcer », assure-t-elle à la cour.

Des « vacances » en Syrie

Lorsque Tyler Vilus part vivre en Syrie en mars 2013, après y avoir déjà effectué un séjour, elle fait des allers-retours, trois en un an dont le plus long a duré trois mois et demi. Des « vacances, explique-t-elle, pour aller voir mon fils. » Sur place, elle cohabite avec les deux épouses de ce dernier et mène « une vie de famille normale. La cuisine, le ménage, on rigole. » Les investigations montreront qu’elle est, en réalité, bien moins passive qu’elle ne l’affirme, facilitant notamment l’arrivée de jeunes femmes sur zone.

Mais, ce lundi, impossible de se remémorer ses activités sur place et plus encore, de celles de son fils. « Je ne me souviens pas », « je ne sais pas », « peut-être »… répond-elle inlassablement aux questions du président. S’appuyant sur les milliers de messages échangés entre Vilus et sa mère, le magistrat tente de lui faire recouvrer la mémoire. « En plus d’être un flic, je suis devenu émir d’un groupe de Français », lui écrit-il en août 2013. « Je savais que tu monterais, tu es fait pour cela », lui répond-elle. Mais ce lundi, Christine Rivière préfère s’acculer plutôt que de prononcer la moindre phrase qui pourrait nuire à son fils. Le départ de son fils en Syrie ? « C’est moi qui l’incite à partir. » Le président s’étonne. De toute la procédure, c’est bien la première fois qu’elle tient ce type de propos. « Il était en France, il ne faisait rien… »

« C’est ma mère, elle ne sait pas quoi dire »

A force de nier, elle finit parfois par se contredire. A son procès, elle avait reconnu que son fils désirait mourir en martyr, « ça le rendrait heureux », avait-elle confié. Interrogée ce lundi sur le retour en Europe de son cadet, elle évoque une volonté de « se mettre au vert ». Les enquêteurs ont pourtant un temps soupçonné Tyler Vilus d’être le 11e homme des attentats du 13 novembre sans parvenir à l’établir formellement. « Vous pensez qu’elle va m’acculer ? Mais c’est ma mère, elle ne sait pas quoi dire », résume l’accusé avant de lui envoyer un « je t’aime ». « Moi aussi, tu me manques », souffle-t-elle.

Le procès doit se terminer vendredi.