Huit internautes jugés pour avoir menacé de mort Willy Schraen, le patron des chasseurs

JUSTICE Le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen a été harcelé sur les réseaux sociaux après avoir évoqué, en mai, « le piégeage des chats »

Gilles Durand

— 

 Willy Schraen,  président de la Fédération nationale des chasseurs, dans son bureau à Issy-les-Moulineaux
Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, dans son bureau à Issy-les-Moulineaux — AFP
  • Huit internautes sont convoqués devant la justice, pour « menaces de violence et de mort » à travers les réseaux sociaux.
  • Ils sont soupçonnés d’avoir harcelé, en mai, le président de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen.
  • Le patron des chasseurs avait évoqué qu’« à plus de 300 m de toute habitation, le piégeage du chat serait une bonne chose ».

Mise à jour, le 24 septembre : Lors du procès, le procureur a demandé des peines de quatre à douze mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de sept prévenus, et une peine de six mois ferme contre un huitième prévenu purgeant par ailleurs une peine de mise à l’épreuve dans une autre affaire. Le jugement  a été mis en délibéré au 22 octobre.

« On va venir brûler ta maison », « on va te saigner comme un goret »… Huit internautes sont convoqués, jeudi, devant la justice, pour « menaces de violence et de mort » à travers les réseaux sociaux. Ils sont soupçonnés d’avoir harcelé, en mai, le président de la FNC (Fédération nationale des chasseurs), Willy Schraen, à propos d’ une prise de position sur la nuisance des chats.

L’audience judiciaire doit se tenir à Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, dans la mesure où le plaignant est aussi conseiller municipal d’une commune du secteur.

« Le chat tue bien plus d’animaux que les chasseurs »

L’affaire commence par une interview sur le site d’un e-magazine de chasse, le 4 mai. Parmi les questions posées, l’une concerne l’incidence des chats sur la biodiversité. Pourtant conscient de prêter le flanc aux critiques, Willy Schraen explique que « le chat tue bien plus d’animaux que les chasseurs » et qu’« à plus de 300 m de toute habitation, le piégeage du chat serait une bonne chose ».

L’argumentaire n’est pas sans fondement puisque des études scientifiques – évoquées notamment dans un documentaire d’Arte, Le chat, ce tueur si mignon – montrent que la multiplication des chats errants représente effectivement un danger pour l’équilibre naturel de la faune.

Déferlement de haine

Pourtant, les propos du chasseur déclenchent la colère de défenseurs des animaux. La déclaration est relayée sur Internet, provoquant un déferlement de haine : environ 2.000 appels de menaces et d’insultes avaient fait suite à ses propos, selon la défanse. « Les menaces ont été suffisamment prises au sérieux pour que la gendarmerie décide de placer Willy Schraen ainsi que sa famille sous protection policière », souligne un communiqué de la FNC qui décide alors de porter plainte.

Les investigations, menées par le procureur de Saint-Omer, ont rapidement permis d’identifier, puis de placer en garde à vue, huit suspects, âgés de 20 à 70 ans et originaires de toute la France. « La tâche des enquêteurs a été facilitée car nous avions fait constater par huissier les noms et les pseudos des internautes les plus virulents », précise Me Denis Delcourt-Poudenx, avocat de la FNC.

« Réflexion sociétale sur ce phénomène de haine sur Internet »

Or, ce dernier a eu la surprise de constater que la majorité des prévenus ne savaient même pas qui était Willy Schraen. « Ils n’ont pas vu l’émission et se sont laissés mobiliser par des influenceurs anti-chasse qui ont sorti les propos de leur contexte, dénonce-t-il. Ce procès doit aussi apporter une réflexion sociétale et revêtir une valeur pédagogique sur ce phénomène de haine sur Internet »

« Ce procès doit contribuer à changer les choses face à cette situation insupportable que vivent hélas beaucoup de citoyens victimes de cette violence permanente sur les réseaux sociaux », renchérit Willy Schraen.

Or, la justice a encore ses limites sur ce genre de dossier. Selon Denis Delcourt-Poudenx, « d’autres suspects identifiés vont échapper à ce procès ». « Ils résident à l’étranger et ça devenait compliqué de les citer à comparaître », regrette l’avocat.