Michel Fourniret : Treize ADN découverts sur un matelas relancent les recherches d’autres victimes

ENQUÊTE Dans la continuité des investigations menées sur le dossier Estelle Mouzin, les enquêteurs sont parvenus à isoler 13 ADN différents sur un matelas ayant appartenu à Michel Fourniret

Vincent Vantighem

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Michel Fourniret
Michel Fourniret — NO CREDIT
  • A l’aide d’analyses récentes, les enquêteurs sont parvenus à isoler 13 ADN différents sur un matelas ayant appartenu à Michel Fourniret.
  • Des comparaisons avec l’ADN de personnes disparues vont être effectuées afin de vérifier que l’Ogre des Ardennes n’a pas tué d’autres victimes.
  • Déjà condamné à la réclusion criminelle à perpétuité deux fois, Michel Fourniret a avoué 11 meurtres ou assassinats.

Quasiment dix ans. De Natacha Danais, 13 ans, disparue le 24 novembre 1990 sur le parking d’un supermarché de Rezé (Loire-Atlantique) à Céline Saison, 18 ans, volatilisée le 16 mai 2000 à Charleville-Mézières (Ardennes) alors qu’elle venait de terminer une épreuve du bac, les enquêteurs se sont toujours demandé pourquoi Michel Fourniret n’avait pas fait de victimes durant cette décennie. Dans leur jargon, ils appelaient même cela la « période blanche » du tueur en série.

Celle-ci pourrait finalement être bien sombre. Dans la foulée des investigations récentes menées sur la disparition d’Estelle Mouzin, les experts sont en effet parvenus à isoler 13 ADN différents sur un matelas ayant appartenu à l’Ogre des Ardennes, selon nos informations. De quoi laisser penser que Michel Fourniret a fait plus de victimes qu’il ne l’a avoué pour l’instant.

Deux laboratoires en parallèle pour des résultats incontestables

Saisi en 2003 dans la maison de la défunte sœur du tueur à Ville-sur-Lumes (Ardennes), ce matelas a fait l’objet de nouvelles expertises récentes. C’est ainsi que l’ADN d’Estelle Mouzin a été retrouvé, permettant de confondre Fourniret avec quasi-certitude pour le meurtre de la fillette.

« Aujourd’hui, on se demande si les ADN découverts ne correspondent pas à d’autres victimes, explique Corinne Herrmann, avocate chargée de plusieurs dossiers dans lequel Fourniret fait office de suspect. Pour l’instant, on sait qu’ils ne correspondent ni à Michel Fourniret, ni à Monique Olivier, ni à leurs enfants… »

Pour savoir s’ils « matchent » avec des personnes disparues et dont le corps n’a jamais été retrouvé, l’avocate a donc déposé plusieurs requêtes auprès des juges d’instruction. Selon nos informations, les comparaisons génétiques doivent être effectuées, en parallèle, par deux laboratoires – l’un à Bordeaux, l’autre à Nantes – afin que les résultats soient incontestables.

Un schéma avec les noms de 70 victimes potentielles

Les enquêteurs ont sélectionné une trentaine de dossiers de personnes disparues à comparer avec les ADN découverts sur le matelas. Et non des moindres. Dans le lot figurent les traces génétiques de Marion Wagon, 10 ans, disparue à Agen (Lot-et-Garonne) en 1996 et de Cécile Vallin, 17 ans, évaporée alors qu’elle se trouvait à Sain-Jean-de-Maurienne (Savoie) en 1997. Deux jeunes filles dont les visages ont, pendant longtemps, orné les murs des commissariats aux côtés de celui d’Estelle Mouzin. Et dont les histoires ont été largement commentées dans les médias.

Portrait de Marion Wagon, disparue le 14 novembre 1996 à l'âge de dix ans
Portrait de Marion Wagon, disparue le 14 novembre 1996 à l'âge de dix ans - ARCHIVES / AFP

Si la justice se penche sur cette question près de vingt ans après les faits, c’est parce que la science a progressé en matière d’analyse ADN. Mais pas seulement. « Avec Fourniret, on se heurte bien souvent à des idées reçues, poursuit Corinne Herrmann. Les enquêteurs pensent souvent qu’il ne s’intéressait qu’aux jeunes filles autour de 20 ans. » Consciemment ou inconsciemment, c’est sans doute pour cela qu’il a fallu autant d’années pour l’impliquer véritablement dans le meurtre d’Estelle Mouzin.

Aujourd’hui, les temps ont changé. Les enquêteurs ont ressorti un schéma datant de 2005 et composé de trois cercles distincts. En son centre : les victimes que Michel Fourniret a avoué avoir tuées. Puis celles pour lesquelles il était alors suspect. Et enfin celles dont les disparitions n’ont jamais été élucidées. Au total, cela correspond à près de 70 victimes potentielles. « Il ne faut rien s’interdire désormais, lâche encore Corinne Herrmann. Y compris de s’intéresser aux petits garçons disparus… »

Âgé de 78 ans, Michel Fourniret a été condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité pour les meurtres ou assassinats de huit femmes. Depuis le dernier procès, il a avoué trois autres crimes, dont celui d’Estelle Mouzin.