Meurtre d’Alexia Daval : La réclusion criminelle à perpétuité requise contre Jonathann Daval

PROCES Le verdict est attendu en fin d’après-midi ou en début de soirée

20 Minutes avec AFP

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Jonathann Daval a reconnu pendant son procès avoir tué intentionnellement son épouse Alexia. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Jonathann Daval a reconnu pendant son procès avoir tué intentionnellement son épouse Alexia. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. — AFP

L’avocat général Emmanuel Dupic a requis ce samedi devant les assises de la Haute-Saône la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de Jonathann Daval, auteur d’un « crime presque parfait » parce que sa femme Alexia « voulait le quitter ». « J’en appelle à votre courage », a lancé Emmanuel Dupic à l’attention des jurés. « Du fait de la médiatisation de cette affaire, cette décision sera regardée ». « Vous allez évidemment répondre oui aux deux questions : c’est le conjoint qui a tué et il y a l’intention ». « Je crois (…) qu’il l’a tuée parce qu’ Alexia voulait le quitter, tout simplement », a poursuivi l’avocat général.

Le soir du drame, « elle lui a signifié (…) qu’elle allait partir et ça, ça n’est pas possible dans la construction de Jonathann Daval ». « Difficile de suivre Jonathann dans une dispute, une crise, une violence d’Alexia » comme le soutient l’accusé, qui a reconnu pendant le procès l’intention d’homicide. « Par contre, la séparation, le départ intolérable, il apparaît plausible », notamment après les auditions à la barre d’amis du couple qui ont évoqué leurs « difficultés », un « couple qui ne marchait plus », a estimé Me Emmanuel Dupic.

Un « manipulateur » et un « menteur »

« La place prise par Jonathann dans la famille d’Alexia fait qu’il ne peut pas accepter la séparation, c’est "leur gamin" », a-t-il poursuivi, qui dépeint l’accusé en « manipulateur » et en « menteur ». « Un monde s’écroule pour Jonathann Daval. Alexia met fin à la relation » et « le scénario c’était ça, on ne devait pas retrouver le cadavre, Jonathann restait dans cette famille », a déclaré Me Emmanuel Dupic, ce qui explique pourquoi il a caché le corps dans un bois et, surtout, qu’il a tenté de l’incinérer. 

« La vérité n’est pas entendable : c’est épouvantable de tuer une femme parce que vous ne voulez pas qu’elle vous quitte », a encore estimé l’avocat général. Jonathann Daval comparaît depuis lundi devant les assises de la Haute-Saône pour le meurtre de sa femme Alexia, retrouvée morte le 30 octobre 2017. Cet informaticien de 36 ans, qui avait maquillé le meurtre en disparition d’une joggeuse avant de jouer les veufs éplorés pendant trois mois, avait été interpellé en janvier 2018.

Jonathann Daval demande « pardon » avant le début du délibéré 

Avant que la cour d’assises de la Haute-Saône ne se retire pour délibérer, Jonathann Daval a demandé à deux reprises « pardon » aux parties civiles. Interrogé par le président de la Cour Matthieu Husson pour savoir s’il avait une dernière chose à dire, il s’est levé et a répondu « oui ».

Jonathann Daval s’est ensuite tourné vers les parents d’Alexia, les a fixés et, après un bref silence, a déclaré : « Pardon. Pardon », avant de se rassoir. La Cour s’est ensuite retirée pour délibérer, peu avant 14 h 30.

« Je dois payer pour les actes que j’ai commis »

« J’ai plus d’avenir (…) Je dois payer pour les actes que j’ai commis », a lâché vendredi ce trentenaire émacié aux allures de frêle adolescent, victime mercredi soir d’un malaise vagal en plein interrogatoire. Au terme de six jours d’audience – un de plus que les cinq prévus, tant les débats ont été nourris – la cour se retirera pour délibérer. Il faudra vraisemblablement plusieurs heures pour que les trois magistrats professionnels et les six jurés, cinq femmes et un homme, se forgent une intime conviction sur ce dossier hors norme.

Vendredi soir, les parties civiles ont réclamé une « peine à la hauteur » des « souffrances » endurées par les proches d’Alexia, a plaidé l’un de leurs avocats, Me Gilles-Jean Portejoie, évoquant les multiples revirements de Jonathann Daval qui avait un temps mis en cause sa belle famille, avant de s’accuser de nouveau. Alexia, « étranglée » pendant « quatre à cinq minutes » et qui a reçu « cinq à six coups de poing », a été « massacrée », a renchéri Me Jean-Hubert Portejoie.

Les parties civiles ont également insisté toute la semaine sur des pistes pourtant non retenues à l’issue de l’instruction et que les experts ont été incapables de confirmer au procès : la « profanation » sexuelle post mortem du corps d’Alexia par Jonathann, qui lui aurait de surcroît administré à son insu des médicaments à plusieurs reprises.

« Pas un homme »

Jeudi, Jonathann Daval est longuement revenu sur le soir du crime, qui s’est déroulé à leur domicile dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017, sur fond de difficultés conjugales aiguës : Alexia souhaitait ardemment un enfant mais son mari, qui souffrait de troubles de l’érection, la fuyait de plus en plus. Ce soir-là, il dit avoir refusé une relation sexuelle à son épouse. Une violente dispute éclate. Le facteur déclenchant ? Alexia l’aurait mordu, provoquant sa rage : « la morsure, ça m’a mis hors de moi », a-t-il expliqué. Jonathann Daval lui assène alors plusieurs coups, avant de l’étrangler. C’est « la colère de toutes ces années qui est ressortie (…) D’où l’étranglement pour qu’elle se taise », a-t-il dit, arguant qu’Alexia « l’humiliait » en lui disant notamment qu’il n’était « pas un homme ».

Il traîne ensuite « comme un sac à patates » son corps sans vie dans son véhicule de travail, avant de le transporter le lendemain matin dans un bois proche où il l’incendie. Il donne ensuite l’alerte, soutenant que sa femme n’est pas revenue de son jogging. Le corps d’Alexia sera retrouvé deux jours plus tard, le 30 octobre 2017 après d’intenses recherches. Pendant trois mois, son visage de veuf éploré apparaîtra dans tous les médias, contribuant à alimenter la médiatisation intense de cette affaire. « Bribes de vérité », ont fustigé les parties civiles, convaincues que Jonathann Daval est loin d’avoir dit toute la vérité.

« Je te souhaite un bon séjour en prison, Jonathann »

Dans une ultime et émouvante tentative, Isabelle Fouillot, la mère d’Alexia, a ainsi tenté d’arracher vendredi matin les réponses aux questions qu’elle se pose encore. Durant l’instruction, son rôle avait été déterminant lorsqu’elle avait obtenu lors d’une émouvante confrontation de nouveaux aveux de la part de l’accusé qui incriminait alors sa belle-famille.

« Je pense qu’Alexia voulait s’en aller, c’est pour ça que tu l’as tuée ? », l’a-t-elle interrogé à la barre. « Non (…) C’est une dispute, Isabelle, faut le croire », lui a répliqué son ancien gendre. « Je te souhaite un bon séjour en prison, Jonathann. Adieu », lui lance alors Isabelle Fouillot, dépitée, avant de regagner sa place.