Coronavirus : « On nous a demandé d’arrêter d’aider les gens lors du confinement », déplore une ONG nordiste

HUMANITAIRE Le président d'une ONG nordiste vient d'écrire un livre où il dénonce les pressions subies de la part de l'Etat lors du confinement

Propos recueillis par Gilles Durand

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Thierry Velu, président du GSCF, une ONG nordiste spécialisée dans l'aide humanitaire.
Thierry Velu, président du GSCF, une ONG nordiste spécialisée dans l'aide humanitaire. — T.V.
  • Le président d’une ONG humanitaire a publié un livre pour dénoncer les pressions subies, lors du confinement, pour « arrêter d’aider ».
  • Son ONG, baptisée GSCF, a participé à de nombreuses missions dans des pays victimes de catastrophe.
  • « Le Covid-19, en France, est la plus grosse opération humanitaire que nous ayons faite depuis notre création en 1999 », raconte ce pompier du Pas-de-Calais.

Après le rapport interne des sapeurs-pompiers, c’est un autre soldat du feu qui monte au front. C'est au titre de président fondateur d’une ONG nordiste, spécialisée dans l’aide humanitaire que le lieutenant du SDIS 62 s'exprime. Dans un livre, La Mascarade démasquée, qui vient de paraître*, Thierry Velu raconte comment le GSCF (Groupe de secours catastrophe français) a dû batailler contre l’Etat pour remplir ses missions humanitaires.

Comment est venue l’idée de ce livre ?

Notre ONG s’est retrouvée dans une situation inédite. Au début du confinement, nous avons commencé à fournir gratuitement du matériel de protection, dans toute la France, à différentes personnes qui en avaient besoin. Et au lieu d’être aidés par l’Etat, on nous a interdit de le faire. Ça m’a énervé. Je me suis décidé à écrire ce livre pour témoigner du manque de bon sens dont ont fait preuve les autorités.

Que s’est-il passé ?

Nous avons l’habitude d’intervenir dans les pays victimes de catastrophe pour y aider la population. Nous nous occupons aussi régulièrement du sort des SDF. Quand nous avons commencé à nous préparer à l’épidémie de Covid-19, en février, jamais nous n’avons pensé venir en aide à la France. Au départ, nous imaginions plutôt intervenir auprès de pays en voie de développement et uniquement auprès des SDF.

Finalement, c’est en France que les besoins se sont fait sentir…

Exactement. Dès le premier jour du confinement, nous avons été assaillis de messages sur le manque de masques et de gel hydroalcoolique. Nous avions fait des commandes et nous avions des stocks. Nous avons fait des colis pour des hôpitaux, des médecins, des structures qui apportent à manger dans les Ehpad ou chez l’habitant. Et au bout de quatre ou cinq jours, nous avons reçu un coup de fil de la préfecture du Pas-de-Calais nous demandant d’arrêter et de donner notre stock à l’Agence régionale de santé (ARS).

Ce que vous avez refusé de faire ?

Nous sommes une ONG indépendante. On distribue à bon escient. Jamais nous n’avions subi une telle pression qui est allée jusqu’à contacter mon employeur alors que je fais ça sur mon temps libre. La préfecture menaçait de nous interdire de circuler car nous n’étions pas d’utilité publique. Alors que nous aurions pu travailler en parfaite collaboration. Je ne comprends pas. On nous a demandé d’arrêter d’aider les gens. C’était ridicule et totalement dénué de bon sens.

Avez-vous pu, quand même, poursuivre votre aide ?

Nous avons donné 4.000 masques à l’ARS, ce qui nous a permis de continuer à distribuer. Ça a été très compliqué. Les demandes venaient de partout. Nos finances sont aujourd’hui dans le rouge. C’est la plus grosse opération humanitaire que nous ayons faite depuis notre création en 1999.

Comment expliquez-vous ça ?

Il y a eu une impréparation totale de nos gouvernants. Pour le comprendre, j’ai retracé une chronologie des faits dans le livre, en faisant une revue de presse. On a oublié beaucoup de choses. Par exemple que la conseillère santé du président de la république a démissionné fin janvier pour aider son mari dans une campagne municipale. Emmanuel Macron est resté pendant un mois sans conseiller santé. Alors que le virus avait déjà provoqué un mort en France.

Vous dénoncez violemment cette impréparation…

Les exemples sont nombreux. On a autorisé 5.000 supporters italiens à venir à Lyon alors que l’épidémie faisait des milliers de morts en Italie. On a aussi ouvert un salon de l’Agriculture. Début mars, alors que l’organisation mondiale de la santé (OMS) demandait d’appliquer les gestes barrières, le président incitait les concitoyens à continuer de sortir normalement. Il ne faut plus que ça se reproduise.

* Le livre est disponible sur le site www.gscf.fr