Les séries françaises sont-elles en train de changer de visage ?

Image Les productions hexagonales sont plébiscitées par les téléspectateurs, en témoignent les énormes audiences de plusieurs d’entre elles…

Alexis Moreau

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Rien ne résiste au capitaine Marleau.
Rien ne résiste au capitaine Marleau. — © Pierre VICARINI
  • «Joséphine ange gardien» cartonne sur TF1, tout comme «Navarro» avant elle.
  • En 2005, «Engrenages» a marqué un tournant dans les productions françaises.
  • L’influence des productions américaines est notable.

Qui est capable de captiver 7,5 millions de téléspectateurs un lundi soir ? L’Ange gardien le plus célèbre du petit écran, alias Joséphine, en mars dernier sur TF1. Qui dit mieux ? Le Capitaine Marleau, sur France 3 un mois plus tard (8,2 millions de téléspectateurs). Deux exemples qui prouvent l’amour que les Français portent aux séries tricolores.

« Les productions françaises réalisent des audiences faramineuses et battent les séries américaines sur les cinq ou six dernières années », explique Alain Carrazé, aux commandes du podcast Previously. Mais que ce soit par snobisme ou par ignorance, vous trouvez toujours quelqu’un pour vous dire « franchement, les séries françaises moi je ne regarde pas, c’est trop mauvais », et prêt à vous citer les pires programmes made in France jamais diffusés (coucou commissaire Navarro).

Jouer avec les codes

Pourtant, il semblerait que les séries françaises aient fait leur révolution. Un nouveau cycle que Frédéric Foubert, journaliste à Première, fait débuter en 2005 avec le lancement d’ Engrenages, la série policière de Canal+. « Il y a eu depuis un bond qualitatif évident que les Français ont remarqué et qui a fait changer leur regard » sur leurs séries.

« Depuis dix ou quinze ans, il se passe quelque chose », renchérit Alain Carrazé. « Cela tient au fait que pas mal des producteurs, qui sont à la base des projets, ont été biberonnés aux séries américaines et aux bonnes. Cette génération connaît les codes. Elle ne fait pas des petits films avec moins de budget, mais de vraies séries. La génération précédente était plutôt nourrie de théâtre et de cinéma. »

Meilleur exemple : Cherif sur France 2. Dans cette série policière le capitaine Kader Cherif a grandi avec les enquêtes de Kojak et de Starsky et Hutch et n’hésite pas à s’inspirer de tel ou tel épisode pour résoudre ses enquêtes. « C’est bien la preuve de ce que je disais précédemment, ajoute Alain Carrazé. Il faut forcément être un fan de série ou avoir baigné dedans pour ajouter ce genre de détail. »

Mais si la qualité de nos séries s’est nettement améliorée, tout n’est pas parfait pour autant. Pour Jean-Maxime Renault, spécialiste du genre chez Allociné, le paysage hexagonal « a tendance à oublier les plus jeunes. Aux Etats-Unis, on voit beaucoup de sériés générationnelles, destinées aux adolescents et aux jeunes adultes. Ici, il y en a très peu ». Surtout, notre interlocuteur pointe du doigt un problème de mixité sociale sur nos écrans. « Dans les séries familiales diffusées à la télé, les personnages vivent généralement très bien et toute une frange de la population n’est jamais représentée, les habitants des banlieues notamment. Ce public-là se tourne alors vers les œuvres étrangères pour voir des gens qui leur ressemblent ».

« C’est mal écrit, mal joué, mal foutu »

Des œuvres étrangères faciles à trouver sur Netflix ou Amazon Prime Video. Deux plateformes qui s’intéressent cependant de plus en plus à la France. Le 28 novembre dernier, la première nommée annonçait vouloir doubler ses investissements dans le pays, ouvrir un bureau parisien et lancer sept nouveaux programmes.

« Pour l’instant les plateformes n’ont pas montré grand-chose, explique Frédéric Foubert. Mais c’est une opportunité de création extraordinaire et quand on voit l’impact qu’elles ont eu aux Etats-Unis, on se dit que ça peut faire bouger le paysage français ». A l’opposé, Alain Carrazé est, selon ses propres mots « ultra, méga pessimiste ». « Il y a une attente, oui. De nouveaux diffuseurs, c’est toujours bien car cela promet de nouvelles productions, mais pour l’instant ce n’est vraiment pas bon. Ce sont des séries qui, si elles étaient diffusées sur TF1 ou France 2, deviendraient la risée de tous et nous aurions crié au scandale. Deutsch les landes (la toute nouvelle série d’Amazon Prime Video), c’est honteux, pire que mauvais. C’est mal écrit, mal joué, mal foutu, d’une lourdeur éléphantesque et bourrée de tous les clichés possibles ».

En parallèle, le monde de la série française va son petit bonhomme de chemin, la preuve en est avec l’adaptation prochaine, sur canal +, de Vernon Subutex, la saga de Virginie Despentes. « C’est assez emblématique, conclut Frédéric Foubert. C’est une star de cinéma, Romain Duris, qui vient interpréter le rôle principal, ce qui aurait paru beaucoup moins évident il y a 15 ans ».