Coronavirus : Le savon de Marseille ne connaît pas la crise

ECONOMIE Avec la crise du coronavirus, le savon de Marseille connaît un regain inattendu. La demande explose et les savonneries s’organisent pour faire face

Mathilde Ceilles

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Une savonnerie à Marseille pendant le coronavirus
Une savonnerie à Marseille pendant le coronavirus — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Avec le coronavirus, les Français redécouvrent les bienfaits du savon de Marseille.
  • La demande connaît une croissance folle, avec parfois un chiffre d’affaires multiplié par quatre.

Les chiffres lui donneraient presque le droit de se faire mousser. Depuis le début de la crise sanitaire, la petite industrie du savon de Marseille connaît une croissance exponentielle, bien loin des difficultés nombreuses d’autres secteurs d’activité. A Marseille comme ailleurs, les rayons de savons de Marseille sont souvent vides, pris d’assaut par les clients en pleine épidémie de coronavirus, au même titre que les pâtes ou la farine.

« Habituellement, en mars, on produit 16.000 savons. Là, on en produit 33.000 par jour. On a plus que doublé l'offre ! », constate Guillaume Fiévet, président de la savonnerie du Midi qui fabrique du savon à Marseille depuis 1894. « Ça s’est fait pratiquement le premier jour du confinement, se souvient Raphaël Seghin, président de la savonnerie du Fer à Cheval et membre fondateur de l’Union des Producteurs de Savon de Marseille. On a vu en mars le chiffre d’affaires de notre boutique en ligne tripler. Et là, pour avril, on est parti pour quadrupler. C’est énorme. »

« Il tue le coronavirus ! »

Il faut dire que, à coups de spots publicitaires, de discours, de messages sur les réseaux sociaux, les autorités ne cessent de vanter les bienfaits du savon pour se protéger du Covid-19. Ajoutez à cela une pénurie de gel hydroalcoolique, et le savon de Marseille devient aujourd’hui un des chouchous des Français, dans les grandes surfaces comme en ligne.

« Le savon de Marseille est un produit qui a tellement de qualités différentes pour des publics tellement différents, analyse Raphaël Seghin. C’est un produit naturel. C’est un produit français, local, de notre patrimoine, avec une longue histoire. Il est hypoallergénique. Autant de qualités qui étaient déjà recherchées. Et maintenant, il tue le coronavirus ! »

Un « plan Covid » dans les savonneries

Une telle explosion de la demande a nécessité toutefois une certaine organisation. « On reste une PME, rappelle Guillaume Fiévet. On a doublé notre production, mais pour autant, la demande est plus forte que notre capacité de production. Aujourd’hui, il y a trente personnes sur site dont neuf intérimaires. Habituellement, on est plutôt entre 22 et 23 personnes. »

« On s’est préparé dès le début du mois de février, avec un "plan Covid", affirme Raphaël Seghin. Il fallait pouvoir augmenter d’à peu près 30 % notre capacité de production. Comme une partie de nos ventes se fait sur Internet, on a également développé cet aspect, en augmentant notre budget marketing en ligne et en faisant plus de communication sur les réseaux sociaux. »

Il faut de plus composer avec les difficultés propres à la situation actuelle. « Nous sommes en communication constante avec nos fournisseurs, insiste Raphël Seghin. On échange avec eux presque tous les jours pour éviter les dérèglements. Mais, par exemple, nos fournisseurs d’emballage sont fermés. On a donc commencé à vendre des produits sans emballage. Et les délais de livraison sont rallongés. » Mais de ces désagréments, à en croire les commentaires laissés sur les sites des savonneries, les nouveaux aficionados du savon de Marseille s’en lavent les mains, tant qu’ils peuvent effectivement se les laver…