Coronavirus : Pangolin, serpents, chauves-souris… Les espèces sauvages, bénéficiaires indirectes de l’épidémie ?

ANIMAUX Les espèces sauvages, proposées sur certains marchés en Chine, sont désormais interdites à la vente

20 Minutes avec AFP

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Image d'illustration d'un pangolin.
Image d'illustration d'un pangolin. — ROSLAN RAHMAN / AFP

Face à l’épidémie de Covid-19, la Chine a pris certaines mesures. Parmi elles, l’interdiction « complète » du commerce et de la consommation d’animaux sauvages, soupçonnés d’être à l’origine de la première transmission du virus à l’être humain. Pour les défenseurs de la nature, cette décision est une bonne nouvelle. Mais la mesure devra encore être définitivement inscrite dans la loi, dans un pays où l’on consomme aussi des serpents ou des chauves-souris.

« Nous applaudissons cette interdiction, qui montre que le gouvernement chinois est déterminé à changer une tradition millénaire, totalement inappropriée dans la société actuelle, » se félicite Jeff He, directeur pour la Chine du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), qui estime qu’une « révision plus stricte encore est en préparation ». Car, avec la deuxième crise sanitaire du genre en 17 ans, après le Sras, « je pense que le gouvernement a compris que le coût pour l’économie et la société est bien plus lourd que les avantages » de ce commerce, poursuit-il, tout en soulignant que « l’arrêt du commerce d’animaux sauvages doit être un effort conjoint de la communauté internationale ».

Des enjeux de santé humaine

Directeur de l’ONG internationale WildAid, qui lutte contre le trafic d’animaux sauvages, Peter Knights attend lui aussi la pérennisation de la décision chinoise : « Tout cela est très nécessaire et sensé, la seule question est : que se passera-t-il à long terme ? ».

Pour lui, les enjeux vont désormais au-delà de la seule protection animale : « il y a de toute évidence quelque chose de bien plus grand en jeu, la santé humaine et des dégâts économiques massifs ». Or, une interdiction chinoise d’envergure et confirmée pourrait changer la donne globale : « Nous espérons que la Chine pourra montrer la voie à une interdiction mondiale de ces marchés et user de son influence et de ses capacités » pour y aider, notamment en Asie du Sud-Est et en Afrique, où la consommation d’animaux sauvages reste aussi répandue.

Des animaux interdits à la vente

« C’est un avertissement et si nous l’entendons, j’espère que nous pourrons non seulement protéger la vie humaine mais même sauver des espèces comme le pangolin », petits mammifères dont la chair est prisée et les écailles utilisées en médecine traditionnelle chinoise. Menacés d’extinction, ils sont très trafiqués en Asie et pourraient, selon certains scientifiques, avoir servi de vecteur de transmission du nouveau coronavirus vers l’homme.

Leur commerce est totalement interdit depuis 2016 par la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Ivonne Higuero, secrétaire générale de cet organe qui surveille le commerce international des espèces menacées, se félicite de l’annonce chinoise « si elle signifie que la Chine va prendre des mesures plus strictes pour pouvoir respecter ses obligations » aux termes de la convention.

Un trafic estimé à 15 milliards de dollars

En effet « il y a beaucoup de trafic d’espèces sauvages à destination de la Chine », relève la responsable. Et un assèchement du marché chinois serait donc bénéfique : « Retirer ce qui motive ces organisations criminelles souvent internationales, c’est exactement ce qu’il faut. S’il n’y a plus d’acheteurs, pourquoi continuer ? » Ce trafic est estimé à plus de 15 milliards de dollars par an au niveau mondial, rappelle de son côté le WWF, qui « applaudit » l’annonce chinoise, tout en soulignant lui aussi que « les seules interdictions ne stopperont pas le trafic si la demande persiste ».

Les militants écolos en Afrique, un des réservoirs de biodiversité, source de nombre d’animaux trafiqués, observent également avec attention l’évolution chinoise. « Les gens pourraient faire plus attention à la consommation des pangolins. Ils pourraient aussi les voir comme une menace, ce qui les mettrait en danger », nuance Ray Jansen, président du « groupe de travail africain sur le pangolin ».

Le docteur Andrew Muir, patron de l’ONG sud-africaine Wilderness Foundation Africa, estime que la décision chinoise constitue « un pas positif face à la perte de biodiversité et au nombre d’espèces qui disparaissent ». Il espère que « ça permettra de laisser les espèces sauvages tranquilles dans la nature faire partie de l’écosystème. Pour le dire simplement par rapport à ce cas (le coronavirus) : si on ne mange pas les bêtes sauvages, elles ne nous feront pas de mal ».