Coronavirus : Comment Hong Kong a réagi à la crise sanitaire et gère la deuxième vague

FOCUS L’exemple de Hong Kong, mégalopole dense qui a limité les dégâts du Covid-19 jusqu’à la mi-mars, et qui fait face à une deuxième vague, est intéressant

Oihana Gabriel

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A Hong Kong, les tests de température à l'entrée des restaurants ne sont pas rares. Si les mesures de distanciation sociale sont respectées, la mégalopole n'a pas imposé des mesures de confinement total.
A Hong Kong, les tests de température à l'entrée des restaurants ne sont pas rares. Si les mesures de distanciation sociale sont respectées, la mégalopole n'a pas imposé des mesures de confinement total. — Vincent Yu/AP/SIPA
  • Hong Kong a su, pendant deux mois, limiter l’avancée du coronavirus. Mesures strictes de distanciation sociale sans confinement total, dépistage, contrôle high-tech, il est intéressant de voir comment la mégalopole a géré la crise sanitaire.
  • Catherine, une Hongkongaise, nous raconte comment elle a vécu les premières semaines de l’épidémie dans cette zone.
  • Depuis la mi-mars, le nombre de cas augmente, poussant le gouvernement local à prendre de nouvelles mesures plus drastiques.

Beaucoup d’analystes citent le modèle coréen pour son efficacité dans la lutte contre le Covid-19 : taux de létalité faible et dépistage massif (les deux étant sans doute corrélés). Mais un autre exemple peut s’avérer intéressant : celui de Hong Kong.

La région administrative indépendante, située au sud-est de la Chine, compte 7,5 millions d’habitants et une promiscuité impressionnante. Elle avait été relativement épargnée par la pandémie avec seulement 4 décès. Jusqu’à la mi-mars. Depuis, le nombre de cas est reparti à la hausse de façon fulgurante. Mais comment Hong Kong a-t-elle géré la première crise et cette deuxième vague ?

Réagir tôt et fort

Avec réactivité, c’est le moins que l’on puisse dire. Dès le 27 janvier, toutes les crèches et écoles sont fermées. Le 28 janvier, les fonctionnaires sont appelés à faire du télétravail. Le gouvernement lance une campagne d’information pour apprendre à la population à respecter les gestes barrières. Des centres de vacances sont transformés en zone de quarantaine pour les cas contacts. Pas de confinement total, donc, mais des mesures strictes : prise de température à l’arrivée à l’aéroport, interdiction de réunions et de fêtes, dépistage massif, traçage des cas contacts…

Catherine, une Hongkongaise qui habite désormais à Lausanne, raconte comment elle a vécu ces quelques semaines du début de l’épidémie dans la mégalopole. Enceinte, mais pas tellement inquiète, elle rejoint fin janvier Hong Kong, où seulement quelques cas sont alors déclarés. « Le gouvernement a stoppé les vols entre Wuhan et Hong Kong, nous raconte-t-elle. Les experts ont vite conseillé de respecter les gestes barrières : porter des masques, se laver les mains régulièrement, télétravailler… »

Respect des scientifiques

Les Hongkongais se plient à ce nouveau mode de vie sans rechigner. « Il faut dire que les entreprises, comme les écoles, sont assez préparées et équipées au travail à distance, reprend Catherine. Au début, on sentait une opposition entre les mesures prônées par le gouvernement et celles demandées par les médecins et scientifiques, plus strictes. D’ailleurs, il y a eu une grève de soignants pour que la frontière avec la Chine soit fermée. Mais à Hong Kong, on tend à respecter les avis de nos experts. »

Ce qui, sans doute, est moins le cas en France, où la parole scientifique, parfois contradictoire, souvent remise en question à l’heure des fake news, a du mal à convaincre. « Hong Kong a réussi à contenir l’épidémie pendant au moins deux mois, salue la trentenaire. Mais c’est aussi grâce à des initiatives privées. Par exemple, un millionnaire a affrété son jet privé pour acheter et acheminer des masques dans les hôpitaux. »

Le traumatisme du Sras

Autre différence avec l’Europe : l’expérience du Syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) en 2003 y a été vécue comme un traumatisme. En effet, l’épidémie avait provoqué la mort de 299 personnes sur 2.000 cas à Hong Kong, deuxième région à payer le plus lourd tribut après la Chine continentale (349). « Nous avons appris, douloureusement, que des infirmières, des médecins s’étaient sacrifiés pour nous sauver, reprend Catherine. Voilà pourquoi nous voulions absolument respecter les consignes de distanciation sociale, pour les épargner. Nous n’avons pas attendu le gouvernement pour nous protéger. »

Précision de taille : après quelques problèmes d’approvisionnement au début, des masques sont disponibles dans toutes les pharmacies. Et dans ce pays asiatique, porter un masque chirurgical semble beaucoup plus banal que dans le RER parisien. « Au niveau individuel, l’expérience du Sras a préparé les gens à se plier volontairement à une importante autodiscipline en évitant, par exemple, les foules et en renforçant leur hygiène personnelle », analysent deux infectiologues basés à Hong Kong, Benjamin J. Cowling et Wey Wen Lim, dans un article du New York Times. « Ces endroits [Taiwan, Singapour, Hong Kong] étaient mieux équipés pour faire face à une épidémie du nouveau coronavirus que beaucoup d’autres. »

« Nous savions aussi que ce virus ne toucherait pas uniquement des personnes âgées », reprend Catherine. Et quand bien même, plusieurs générations cohabitent souvent dans de minuscules appartements dans cette mégalopole. « En Asie, nous considérons qu’il est de notre devoir de respecter, de prendre soin de nos parents et grands-parents. »

Une deuxième vague

Mais cette première salve de mesures n’a pas permis de juguler totalement la pandémie. En effet, le nombre de cas de Covid-19 explose depuis le 17 mars, en raison du retour de personnes infectées dans la région. Si Hong Kong recensait 150 cas seulement le 15 mars, le bilan est passé à 672 cas et 31 morts samedi 28 mars. Une deuxième vague qui a de quoi inquiéter en Europe. Car si les mesures de distanciation sociale et de confinement sont brutalement levées, cette situation de crise sanitaire pourrait durer encore plus que prévu…

Comment Hong Kong tente-t-elle de stopper cette réplique ? A partir du 19 mars, tous les nouveaux arrivants devaient porter un bracelet électronique, relié à une application Stay Home Safe pour assurer les autorités qu’ils restent bien à la maison pendant leur quarantaine. Et ceux qui ne respecteraient pas ces mesures risquent gros : jusqu’à 3.000 euros d’amende et six mois de prison. Selon Le Monde, l’annonce du port obligatoire de ce bracelet électronique a encouragé certains, qui avaient fui la région, à y revenir. D’autant plus que Hong Kong faisait figure de modèle dans la gestion de crise… Cette nouvelle propagation de l’épidémie a poussé les autorités à davantage de restrictions. Depuis mercredi dernier, il est interdit à tous les non-résidents d’entrer sur le territoire. Quant aux habitants qui rentrent, ils doivent respecter une quarantaine sévère : aucune sortie autorisée.

« Par ailleurs, les Mcdo ont décidé de fermer à 18h », nous précise Catherine. Un détail ? Non, car ces enseignes de fast-food accueillaient jusqu’ici beaucoup de SDF pour qu’ils ne passent pas la nuit dehors. En outre, l’approche différente des mesures barrières entre Occidentaux et Hongkongais se lit dans certains articles récents. Notamment celui du South China Morning Post, repéré par Courrier International, qui révèle que les expatriés qui vivent dans cette ancienne colonie britannique sont accusés de ne pas prendre assez au sérieux la pandémie.