Rwanda : L’un des principaux suspects du génocide est mort depuis près de 20 ans

JUSTICE INTERNATIONALE Les restes de son corps auraient été retrouvés au Congo, mais les causes de sa mort n’ont pas été dévoilées

20 Minutes avec AFP

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Des fleurs en hommage aux victimes du génocide du Rwanda, le 6 avril 2019 à Kigali.
Des fleurs en hommage aux victimes du génocide du Rwanda, le 6 avril 2019 à Kigali. — Yasuyoshi CHIBA / AFP

Il était recherché depuis des années par la justice internationale. Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs poursuivis pour le génocide au Rwanda, est décédé il y a près de 20 ans, a annoncé ce vendredi un tribunal de l’ONU. Les rescapés reconnaissent une « grande déception ».

Ex-ministre de la Défense, Augustin Bizimana était accusé d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsis au Rwanda, qui a coûté la vie à 800.000 personnes. Son décès, dont la date est estimée à août 2000, « a pu être confirmé à l’issue de l’identification formelle des restes de son corps retrouvés » dans un cimetière à Pointe-Noire, au Congo, a fait savoir le Mécanisme des tribunaux pénaux internationaux (MTPI).

Une « affaire mystérieuse »

Une série d’analyses génétiques effectuées ces derniers mois « ont permis d’exclure la possibilité que ces restes soient ceux d’une autre personne », a déclaré le MTPI. « D’autres éléments de preuve ayant trait aux circonstances du décès d’Augustin Bizimana ont également été vérifiés », a indiqué le Mécanisme, sans préciser les causes de sa mort.

Cette structure basée à La Haye est chargée notamment d’achever les travaux du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), créé par le Conseil de sécurité de l’ONU en novembre 1994, quelques mois après le génocide. Le ministre de la Communication du Congo-Brazzaville Thierry Moungala s’est dit « perplexe » quant à la nouvelle, évoquant une « affaire mystérieuse ». Il affirme ne pas savoir si le MTPI avait demandé aux autorités congolaises de procéder à des analyses sur le corps.

Né en 1954, Augustin Bizimana avait été inculpé en 1998 par le TPIR de 13 chefs d’accusation, dont génocide, extermination, meurtre et autres actes inhumains. Il devait notamment répondre du meurtre en 1994 de la Première ministre hutu modérée Agathe Uwilingiyimana, ainsi que de dix Casques bleus belges et de plusieurs civils tutsis.

Une nouvelle qui « n’a pas de sens » pour les rescapés

La mort d’Augustin Bizimana constitue une « grande déception » pour les rescapés du génocide, a réagi ce vendredi Alain Gauthier, le responsable d’une association de victimes en France. « Le plus grand souhait des rescapés, c’est que les tueurs soient jugés. Il n’y a que la justice qui peut leur apporter un petit peu de réconfort, et lorsqu’un responsable du génocide est jugé, leur honneur leur est rendu », a-t-il expliqué à l’AFP.

« Nous regrettons qu’il soit décédé avant de donner plus d’informations sur ce qu’il sait des crimes qu’il a commis et sur ce que d’autres comme lui ont commis », a renchéri Jean-Pierre Dusingizemungu, le président d’Ibuka, une association de soutien aux victimes. Il a dénoncé la « faiblesse du système juridique international », affirmant qu’apprendre seulement maintenant la mort il y a près de 20 ans de l’un des fugitifs les plus recherchés « n’a pas de sens ».

Une arrestation majeure

L’annonce du MTPI intervient moins d’une semaine après l’arrestation en France le 16 mai d’un autre des principaux accusés, Félicien Kabuga, financier présumé du génocide rwandais, qui était en cavale depuis 25 ans.

Il présidait la tristement célèbre Radio télévision libre des Mille collines (RTLM), qui diffusa des appels aux meurtres des Tutsis et le Fonds de défense nationale (FDN) qui collectait de l’argent destiné à financer la logistique et les armes des miliciens hutus Interahamwe, selon l’acte d’accusation du TPIR.

« Avec l’arrestation de Félicien Kabuga samedi dernier et la confirmation aujourd’hui du décès d’Augustin Bizimana, le Bureau du Procureur a ainsi retrouvé deux des trois principaux fugitifs mis en accusation par le TPIR », a de son côté souligné le Mécanisme. Le dernier fugitif principal recherché par le Mécanisme est Protais Mpiranya, qui commandait la garde du président Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat le 6 avril 1994 est considéré comme l’élément déclencheur du génocide.