Mort de George Floyd : « C'est un grand jour pour lui », la phrase polémique de Donald Trump

ETATS-UNIS Les propos du président américain ont été mal interprétés

B.V. avec AFP

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Donald Trump le 5 juin 2020
Donald Trump le 5 juin 2020 — SIPA

De quoi voulait-il exactement parler ? Alors qu’il avait convoqué les médias à la Maison-Blanche pour évoquer la baisse surprise du chômage au mois de mai et s’en féliciter auprès d’eux, Trump s’est un peu emmêlé les pinceaux face aux multiples questions sur la mort de George Floyd et la mobilisation d'une grande partie du pays face aux injustices raciales.

« Nous avons tous vu ce qui s’est passé la semaine dernière. Nous ne pouvons pas permettre que ça se répète, lance-t-il. J’espère que George nous regarde de là-haut en pensant que ce qui arrive au pays est grandiose. C’est un grand jour pour lui, c’est un grand jour pour tout le monde. » « C’est un grand, grand jour en termes d’égalité », a-t-il poursuivi, alors qu’il est accusé de n’avoir jusqu’ici apporté aucune réponse aux maux dénoncés par les manifestants – racisme, violences policières, inégalités.

Ses commentaires sur George Floyd ont ainsi été largement interprétés comme un rapprochement surprenant entre cette bonne nouvelle économique et ce drame qui secoue les Etats-Unis. En partie car les vidéos qui ont été reprises sur les réseaux sociaux et par différents médias américains se contentaient de ne « cliper » uniquement la phrase « c’est un grand jour pour lui », sans contexte.

La Maison-Blanche a protesté contre cette « fausse » lecture. « Le président parlait très clairement du combat pour une justice équitable et un traitement équitable devant la loi lorsqu’il a fait ce commentaire », a dit sur Twitter un de ses conseillers en communication, Ben Williamson.

Juste avant de faire son commentaire sur George Floyd, Donald Trump avait évoqué ce thème. « L’égalité devant la loi doit signifier que chaque Américain reçoit le même traitement dans chaque interaction avec les forces de l’ordre, quels que soient sa race, sa couleur, son sexe et sa foi. Ils doivent être traités de manière juste par les forces de l’ordre », a-t-il estimé.

« Franchement abject »

Son choix de parler à la place du défunt a en tout cas été vivement critiqué. « Les derniers mots de George Floyd "Je ne peux pas respirer, je ne peux pas respirer" ont résonné à travers notre pays », a réagi Joe Biden, l’adversaire démocrate de Donald Trump à la présidentielle de novembre. « Que le président tente de mettre d’autres mots dans la bouche de George Floyd, c’est franchement abject », a ajouté l’ancien vice-président dans un discours.

Depuis la mort de George Floyd à Minneapolis le 25 mai, et les manifestations qui ont suivi, initialement marquées par des pillages et des émeutes dans de nombreuses villes américaines, Donald Trump a privilégié une réponse martiale. Il s’est présenté comme le président de « l’ordre public » et a menacé d’envoyer l’armée dans les rues pour mater les débordements. Il a encore assumé vendredi son appel à « dominer les rues », critiquant les gouverneurs des Etats qui refusent de faire appel à la Garde nationale.

Cette posture lui a valu des critiques sans précédent de la part d’anciens chefs de l’armée, dont son ex-ministre de la Défense Jim Mattis. L’actuel chef du Pentagone, Mark Esper, a aussi pris ses distances en estimant que l’armée n’avait pas à être déployée.

Donald Trump a toujours estimé que la meilleure politique pour réduire les inégalités était de favoriser la croissance économique et de faire baisser le chômage des Afro-Américains.

Depuis trois ans, il n’a cessé de mettre en avant sa baisse pour se présenter comme « le président ayant fait le plus pour la communauté noire depuis Abraham Lincoln », qui abolit l’esclavage dans les années 1860.