Syrie : Plus de 600 enfants de djihadistes européens, dont un tiers de Français, retenus dans des camps

DAESH 60 à 70 % d’entre eux ont moins de cinq ans et quasiment tous les autres ont moins de 12 ans

20 Minutes avec AFP

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Entre 610 et 680 enfants de jihadistes européens sont retenus avec leurs mères dans les camps de Roj et d'Al-Hol en Syrie.
Entre 610 et 680 enfants de jihadistes européens sont retenus avec leurs mères dans les camps de Roj et d'Al-Hol en Syrie. — Maya Alleruzzo/AP/SIPA

Selon une étude de chercheurs belges publiée mercredi, « entre 610 et 680 » enfants de djihadistes européens, sont actuellement retenus dans les camps du nord-est syrien sous contrôle kurde. Ils se trouveraient avec leurs mères dans les camps de Roj et d’Al-Hol, où sont regroupées depuis 2019 beaucoup d’anciennes combattantes de Daesh.

Thomas Renard et Rik Coolsaet, experts du djihadisme à l’Institut Egmont à Bruxelles, déplore « l’inaction » des gouvernements vis-à-vis des enfants de leurs ressortissants.

Un tiers d’enfants français

En ajoutant les quelque 400 adultes – y compris les hommes en prison, notamment à Hassaké (Syrie) – il y aurait actuellement un gros millier d’Européens privés de liberté en zone irako-syrienne, poursuit l’étude, qui compile des chiffres gouvernementaux, d’experts et d’ONG actives sur place.

La France est le premier pays concerné puisque « 150 à 200 » de ses ressortissants adultes et « 200 à 250 » enfants seraient sur place, en très grande partie en Syrie. Viennent ensuite l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et la Belgique, devant le Royaume-Uni. « Au moins 38 » enfants belges sont retenus ainsi que 35 mineurs britanniques.

Une détention « hors de tout cadre légal international »

Les chiffres portent sur 11 pays au total, dont sont issus « plus de 95 % » des Européens recensés parmi les combattants étrangers, précise l’étude. Pour les adultes ayant combattu dans les rangs de Daesh, dont le rapatriement a été exclu, la détention « hors de tout cadre légal international », conjuguée au flou sur la perspective d’un procès, rappelle le cas des prisonniers du camp américain de Guantanamo, soulignent les auteurs.

« Une situation similaire se présente aujourd’hui pour ces détenus européens », fait valoir Thomas Renard, appelant à envisager la piste de procès par les autorités kurdes.

« Victimes des choix de leurs parents »

Quant aux enfants, dit le chercheur, « ils sont victimes des choix de leurs parents, de la guerre, des conditions extrêmement difficiles dans ces camps et aussi de l’inaction des gouvernements européens ».

Ceux-ci « sont tout au fait au courant de leur situation mais ont choisi de ne pas rapatrier, souvent malgré les recommandations de leurs propres administrations ou services antiterroristes », poursuit Thomas Renard.

« 60 à 70 % d’entre eux ont moins de cinq ans »

Pour lui, il faut écarter l’argument parfois brandi des « bombes à retardement » que représenteraient ces enfants une fois de retour sur le sol européen. « 60 à 70 % d’entre eux ont moins de cinq ans, et quasiment tous les autres ont moins de 12 ans, il n’y a qu’une poignée d’adolescents », justifie-t-il.

Depuis octobre 2019, quand une offensive turque contre les forces kurdes a détérioré encore davantage les conditions de vie dans ces camps, « plus de 53 » femmes européennes ont fui avec leurs enfants vers la Turquie, qui les a ensuite expulsés vers leur pays d’origine. Mais au total depuis deux ans, seule une grosse soixantaine d’enfants ont été rapatriés de Syrie vers un Etat européen.