Municipales 2020 à Bordeaux : La plupart des candidats veulent freiner l'extension du réseau de tramway

TRANSPORTS Hormis le maire sortant Nicolas Florian, les candidats à la mairie de Bordeaux, de la gauche à l'extrême-droite, souhaitent stopper les prolongements du réseau de tramway

Mickaël Bosredon

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Un tramway à Bordeaux.
Un tramway à Bordeaux. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Pour la majorité des candidats, le réseau de tramway qui comprend quatre lignes depuis l’ouverture complète de la ligne D samedi, est désormais suffisant.
  • Face aux contraintes financières, ils prônent désormais d’autres solutions pour desservir les territoires les plus éloignés, comme le bus à haut niveau de service.
  • Seul le maire sortant Nicolas Florian continue de défendre le tramway, et souhaite encore des prolongements et des créations de nouvelles lignes.

Ces élections auraient pu être l’occasion de débattre du métro à Bordeaux. « Cela peut être un sujet de campagne des municipales », avait glissé Alain Juppé à 20 Minutes, à l’occasion d’une interview fin 2018. Mais cela, c’était avant son retrait de la mairie de Bordeaux, en février 2019.

Malgré une étude commandée par la métropole, le sujet du métro a en effet rapidement été enterré, même si certains élus pensent qu’il faudra tôt ou tard le ressortir des cartons, au regard des difficultés de mobilité que connaît l’agglomération. En attendant, entre la situation financière de la métropole, et la peur de lancer de grands travaux, la plupart des candidats à la mairie de Bordeaux privilégient aujourd’hui la sobriété et les solutions alternatives, et les débats tournent plutôt autour de la place du vélo et la création de lignes de bus, même le tramway étant jugé dorénavant trop cher.

Nicolas Florian, seul candidat à défendre l’extension du réseau

« Aujourd’hui, nos principaux besoins en lignes de tram sont couverts, il faut raisonner différemment », martèle Pierre Hurmic, qui mène la liste Bordeaux Respire (EELV-PS-PC). « Le tramway a correspondu à une époque où l’argent public était moins rare qu’aujourd’hui, maintenant on entre dans une période où 20 à 25 millions d’euros du kilomètre pour un transport, c’est prohibitif. » Même discours du côté du candidat de Renouveau Bordeaux (La République en marche), Thomas Cazenave, qui n’a de cesse d’agiter le chiffon rouge de la situation financière. « Le niveau d’endettement de la métropole va progresser à une vitesse folle dans les trois prochaines années, alerte-t-il. Cela nous invite à avoir une autre approche sur le développement des transports collectifs. »

Fort de ses 77 km de lignes, ce qui en fait l’un des plus importants réseaux de tram en France, le tramway bordelais est-il désormais suffisant ? Le maire sortant Nicolas Florian, à la tête de la liste « Majorité Municipale » (LR-MoDem-Agir), est le seul candidat à penser que non : « Il ne faut surtout pas arrêter l’extension du réseau, nous avons besoin d’encore plus mailler notre territoire, et aller chercher sur des territoires en limite d’agglomération. Je suis pour l’extension de certaines lignes, et pour la création de lignes aussi, de l’hôpital jusqu’à l’université notamment. »

Stop au « tramway des maires »

Ses adversaires s’accordent sur un seul prolongement, celui de la ligne A vers l’aéroport qui est déjà engagé. Pour le reste, ils n’hésiteront pas à revenir sur d’autres extensions pourtant votées en conseil de métropole en début d’année, préviennent-ils. Ainsi, la ligne D, inaugurée samedi dans son intégralité, pourrait bien s’arrêter définitivement à son terminus actuel d’Eysines-Cantinolle. Et ne pas aller jusqu’à Saint-Médard-en-Jalles, comme le réclame son maire Jacques Mangon.

« On n’a pas toujours fait des tramways en fonction des besoins des populations, mais parfois en fonction des besoins de certains élus » pointe Pierre Hurmic, qui dénonce ce « tramway des maires. » « Saint-Médard est une des communes les moins denses de la métropole, donc un des endroits où le tramway est le moins justifié » s’insurge-t-il.

« Ce sont des deals politiques qui ont amené à prolonger trop loin les lignes de tram, alors que des alternatives sont possibles et moins coûteuses » abonde Thomas Cazenave. Candidat sans étiquette de la liste Servir Bordeaux, Pascal Jarty pense aussi qu’il faut « arrêter cette fuite en avant », ce « saupoudrage pour satisfaire des élus. » « Il faut s’adapter, et aux finances, et à la demande des usagers. »

Le Rassemblement National prône la « démétropolisation »

Candidat du Rassemblement national, Bruno Paluteau ne veut plus non plus de nouvelles extensions. Pour le candidat du parti de Marine Le Pen, « la "surmétropolisation" a des conséquences graves, comme l’appauvrissement des campagnes, la crise des « gilets jaunes », la pollution, la cherté de l’immobilier… Notre objectif c’est la démétropolisation. »

Candidat pour l'UPR (Union populaire républicaine), Gilles Garçon se dit également « défavorable aux extensions et aux nouvelles lignes : le tramway est un moyen qui a trouvé ses limites dans ses utilisations, il est coûteux, et il demande des modifications d’infrastructures conséquentes. »

Le Bus à haut niveau de service, la solution d’avenir ?

Bien. Mais on fait quoi, alors ? Car les projections de trafic sont affolantes et envisagent une hausse de 300.000 voyageurs par jour d'ici à 2030, le réseau TBM devant alors absorber plus de 800.000 voyageurs contre 530.000 actuellement. « Si on n’a rien fait auparavant, en 2030 on sera face à un mur » prévenait en septembre dernier Christophe Duprat, vice-président LR de la métropole en charge des transports.

Tout le monde semble miser sur la carte du RER métropolitain, qui consiste en une adaptation et un cadencement des lignes TER, pour les transformer en réseau express de l’agglomération et d’une partie de la Gironde. Une majorité de candidats s’accorde aussi sur le BHNS, le Bus à haut niveau de service, comme solution à développer pour les territoires les plus éloignés de la ville-centre. « Le BHNS, c’est deux fois moins cher que le tramway » abonde Gilles Garçon, pour qui « c’est vraiment le moyen d’avenir, surtout si on fait appel à des bus électriques. »

Et la gratuité des transports ?

Pascal Jarty plaide aussi pour ce fameux BHNS. Et, cerise sur le gâteau, il promet en plus « la gratuité des transports. » Quitte à amener… encore plus de voyageurs sur le réseau ? C’est pourquoi il milite pour « des liaisons transversales, qui permettront d’alléger le tronçon central » assure-t-il.

Pour Nicolas Florian, le BHNS c’est bien, mais le tramway c’est mieux. « Le tram, c’est une sécurité sur les temps de circuit, le confort des rames n’a rien à voir avec ce qu’on peut voir ailleurs, et c’est un outil d’aménagement du territoire. Je suis un fervent défenseur du tramway. »

Quelles que soient les options retenues, ces solutions répondront-elles à la crise des transports que traverse Bordeaux ? Si ce n’est pas le cas, il y a fort à parier que le débat sur le métro ressurgisse de plus belle d’ici aux prochaines élections.