Municipales 2020 à Marseille : On a suivi une formation pour devenir un assesseur « vigilant » le jour du vote

LUTTE ANTIFRAUDE Où l’on apprend qu’il faut surveiller comme l’huile sur le feu le cahier d’émargement où signent les votants….

Caroline Delabroy

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Un bureau de vote à Marseille.
Un bureau de vote à Marseille. — Patrice Magnien/20 Minutes
  • Le Printemps marseillais organise pour les citoyens du mouvement des formations d’assesseurs, avec l’objectif d’envoyer au moins deux représentants dans chacun des 474 bureaux de vote de la ville.
  • EELV entend aussi « redoubler de vigilance ». « Vu l’éclatement politique, on s’attend à tout », dit l’entourage de Sébastien Barles.
  • A droite, Bruno Gilles entend lui aussi « avoir des yeux partout ».

« Je suis là pour éviter de se faire voler l’élection. » Professeur de philosophie et candidat du Printemps marseillais aux prochaines municipales à Marseille, Marc Rosmini a sorti carnet et stylo pour noter les conseils de militants rompus à l’exercice de la tenue d’un bureau de vote. Il prend Martine Vassal, la candidate LR à la succession de Jean-Claude Gaudin, au mot : « Tant mieux si elle dit que le scrutin doit être surveillé, on est pour la transparence. » Ces derniers jours, la liste d’union de partis de gauche, d’écologistes et de collectifs citoyens organise ainsi des sessions de formation pour les futurs assesseurs.

Le QG de campagne fait salle pleine ce lundi soir. Une soixantaine de sympathisants écoutent avec attention. « C’est un peu long, un peu lancinant au bout d’un moment, il faut le savoir », avertit le socialiste Joël Canicave. Voici à quoi doivent se préparer les assesseurs et délégués : une journée en continu de 7 h 30, heure légale à laquelle le bureau de vote se met en place, et 22 h 30 environ le soir. « Et pour la pause midi ? », s’émeut une voix masculine, aussitôt rassurée : une tournée de plateaux-repas est bien prévue pour chaque secteur.

« Si une bagarre éclate… »

Les questions pratiques évacuées, le propos se porte vite ailleurs : « Les présidents de bureau de vote sont désignés par le maire, je vous laisse deviner qu’ils ne sont pas tous du Printemps marseillais », sourit Joël Canicave. « Le poste clé, c’est la tenue du cahier d’émargement où signent les électeurs, le plus possible prenez cette responsabilité », enchaîne-t-il. A ses côtés, Annie Duranton est plus directe encore. « Avant l’ouverture du scrutin, demandez à vérifier que l’ensemble du cahier d’émargement est vierge de toute signature, conseille-t-elle. Les cas sont rares, mais ils ne sont pas nuls. »

« Si une bagarre éclate à l’intérieur ou à l’extérieur du bureau de vote, on ne bouge pas et on reste d’autant plus les yeux vissés sur l’urne et le cahier, détaille aussi Annie Duranton. En tant qu’assesseur, vous ne sortez pas de votre rôle. » Contrairement au « délégué », qui est un peu le politique du bureau de vote (il est le seul à pouvoir marquer un incident sur le procès-verbal), un « assesseur » se doit en effet de rester dans son rôle administratif, derrière le bureau du vote. Le délégué peut lui se déplacer dans la cour, devant l’école pour, par exemple, s’assurer que les votants ne sont pas influencés par quiconque. Il lui est aussi conseillé de vérifier la bonne impression des bulletins de vote, histoire qu’ils ne soient pas considérés comme nuls au moment du dépouillement.

Des sympathisants du Printemps marseillais assistent à une formation pour devenir assesseur dans un bureau de vote
Des sympathisants du Printemps marseillais assistent à une formation pour devenir assesseur dans un bureau de vote - C.Delabroy/20 Minutes

« En général, c’est toléré »

Car l’autre moment-clé, ce jour-là, se déroule après la fin du vote, à 20 heures à Marseille. « Le danger, c’est surtout le moment où l’urne est retournée, la panne d’électricité, on connaît ! », lance Annie Duranton, qui nous ferait presque sentir dans un épisode de Baron Noir. Autres spécialités locales apparemment : « Au moins une fois par élection à Marseille, il y a un président de bureau qui oublie de se lever ou qui oublie d’aller au bureau centralisateur remettre le PV, la police municipale doit aller le chercher », raconte Joël Canicave. Il conseille en outre de photographier les résultats avant qu’ils ne soient emportés par le président : « En général, c’est toléré, cela rassure tout le monde. »

« Plus vous serez vigilants dans la journée, moins ils auront envie de tenter quoi que ce soit », clôture sa collègue, qui invite toutefois à ne pas tomber dans la « parano » mais à « trouver le juste équilibre ». « On est neufs, on va être face à des gens rodés par l’exercice, il faut qu’on redouble de vigilance connaissant le contexte marseillais », assure après la formation Céline, pour qui « être assesseur est une manière d’aller au bout » de son engagement de citoyenne.

« Personne n’ira fumer une cigarette »

Au total, Marseille compte 474 bureaux de vote. L’objectif affiché par le Printemps marseillais : aucun bureau de vote sans moins de deux de leurs représentants (chaque liste peut désigner jusqu’à quatre personnes). Côté EELV, qui a aussi prévu des formations « sur la tenue d’un bureau de vote et la lutte antifraude », l’équipe vise d’envoyer des assesseurs « dans la totalité des bureaux des secteurs du centre ».

« On va redoubler de vigilance, ajoute l’entourage de Sébastien Barles. Vu l’éclatement politique, on s’attend à tout, à de la fraude dès le premier tour. On n’a pas plus confiance en la droite qu’en nos alliés de gauche. » Chez LR, aucun dispositif n’est pour le moment communiqué. Bruno Gilles (divers droite) entend bien « avoir des yeux partout ». « Personne n’ira fumer une cigarette », indique même son entourage. Une chose est certaine en tout cas, le scrutin, à Marseille, se déroulera sous haute surveillance.