Municipales à Strasbourg : Voter malgré l’épidémie de coronavirus, c’est l’heure du choix

REPORTAGE Ils sont venus tôt ou ont finalement fait demi-tour devant le bureau de vote, les électeurs à Strasbourg ne se ruent pas forcément dans les isoloirs ce dimanche

Gilles Varela

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Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020.
Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020. — G. Varela / 20 Minutes
  • En ce premier jour d’élections municipales, alors que l’épidémie de coronavirus touche la France et particulièrement l’Alsace, les électeurs se rendent néanmoins dans les bureaux de vote.
  • Si les files d’attente ne sont pas encore trop longues, les électeurs semblent suivre les consignes.
  • « Un devoir », « incontournable », « une aventure », « un risque », les électeurs que nous avons rencontrés nous expliquent pourquoi ils sont venus en ce dimanche matin.

Quelques flacons ou bidons de gel hydroalcoolique, des lingettes, et un assesseur avec un masque et des gants. En cette première matinée d’élections municipales au temps du coronavirus, une ambiance un peu spéciale plane dans les bureaux de votes strasbourgeois. Une certaine tension est parfois palpable. Si les sourires sont au rendez-vous, l’on sent bien que ce n’est pas le moment de toussoter, même un petit peu… « C’est sûr, on n’est pas venu faire la causette avec ses voisins aujourd’hui. Je vote, je rentre chez moi », explique Damien.

Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020.
Elections municipales 2020.Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020. - G. Varela / 20 Minutes

Jeanne est venue avec une amie. Mais finalement cette dernière, au pied des escaliers du bureau de vote, renonce. « C’est pas une bonne idée, ça me fait flipper la décision d’hier soir [bars et restaurant fermés]. Je ne vois pas pourquoi ça ne serait pas dangereux de venir voter. » Jeanne, elle, gravit tout de même les marches : « On se revoit après ! » « C’est presque une aventure, confie l’amie. J’ai l’impression de lui dire adieu et pourtant je sais qu’il n’y a rien à craindre mais j’ai des enfants. »

A l’intérieur du bureau de vote, il n’y a pas foule même si les électeurs semblent au rendez-vous. Une trentenaire explique que cette situation est triste alors qu’un sexagénaire main en l’air, pressé de partir, dit aux gens de s’écarter pour le laisser passer. Pourtant, les électeurs prennent naturellement leurs distances, montrent une pièce d’identité, utilisent les gels mis à disposition. Suivent les directives.

Il y a bien des gestes interdits, maladroits, une pièce d’identité prise en main par un assesseur, une enveloppe tendue aux assesseurs… Un seul stylo pour émarger et pas de stylos jetables « comme annoncé ». « C’est conseillé de venir avec son propre stylo », rappelle le président d’un bureau de vote. Un stylo noir ou bleu et rouge la semaine prochaine. « Seulement noir », explique un autre président de bureau… Celui qui est mis à disposition, « sera nettoyé avec des lingettes, tout à l’heure »…

Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020.
Illustration. Dans un bureau de vote au temps du coronavirus. Strasbourg le 15 mars 2020. - G. Varela / 20 Minutes

« Pas plus dangereux qu’autre chose »

Le gel hydroalcoolique ? « C’est la réserve de la ville, on n’a pas encore reçu celui promis par l’Etat » explique un élu. Gilles, 46 ans, ne tarde pas mais il n’a pas hésité une seconde à venir voter. « Il faut bien continuer à vivre et en suivant les recommandations, il n’y a aucun problème, tout est bien organisé ». Un couple arrive avec ses trois enfants. « Je ne savais pas qu’il fallait éviter de venir avec les enfants, assure la maman. Mais on les a mis à l’écart. De toute façon on vient à l’ouverture, comme ça c’est tranquille. »

Tranquille, c’est toujours le cas en ce milieu de matinée. Si le flot d’électeurs est continu, les rangs restent clairsemés et les votants gardent leurs distances. Un agent de la ville veille au grain. Une personne âgée rappelle l’importance de venir voter. « Ce n’est pas plus dangereux qu’autre chose et c’est un devoir civique, il faut voter », explique la vieille dame. Simon, 36 ans, n’a pas hésité une seconde. Si pour lui voter est primordial, il reste circonspect : « On ne sait pas s’il y aura un second tour, j’en doute, alors est-ce que ça vaut le coup de prendre un risque en venant voter au premier tour ? Cette journée pourrait être invalidée s’il n’y a pas de second tour. Personne n’en sait rien. »

En milieu de matinée, les électeurs semblent avoir fait leur choix et les files s’allongent tranquillement devant les bureaux de votes…