Municipales 2020 à Montpellier : De la 31e fortune française à la syndicaliste CGT, l'improbable alliance autour d'Altrad

MUNICIPALES L’homme d’affaire milliardaire a intégré 23 membres des listes bien à gauche, menées par le trio Alenka Doulain, Rémi Gaillard et Clothilde Ollier

Jérôme Diesnis

— 

Mohed Altrad lors de l'annonce de sa candidature à la mairie de Montpellier
Mohed Altrad lors de l'annonce de sa candidature à la mairie de Montpellier — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Il y a aura bien une triangulaire à Montpellier au second tour. Le maire sortant Philippe Saurel (DVG) sera opposé au socialiste Michaël Delafosse qui a fusionné sa liste avec EELV et Mohed Altrad, à la tête d’une liste hétéroclite.
  • L’homme d’affaires, 31e fortune française, a tenté un coup de poker en s’alliant avec trois listes très marquées à gauche, soutenues au premier tour par La France insoumise notamment. Les anciens colistiers issus du mouvement de Jean-Luc Mélenchon ont immédiatement condamné cet accord.
  • Cette alliance improbable est le dernier coup de théâtre dans une campagne complètement folle dans la septième ville de France.

Les tractations de l’entre-deux tour ont débouché sur la plus improbable des alliances à Montpellier. La 31e fortune professionnelle de France (selon le magazine Challenges), Mohed Altrad (DIV), a fusionné sa liste avec celle du « mouvement citoyen » Nous Sommes – soutenue au premier tour par la France insoumise (LFI). Mais aussi avec celle de l’écologiste Clothilde Ollier, syndicaliste CGT et soutien des « gilets jaunes », sur laquelle figuraient (aussi) de nombreux militants de La France insoumise. Et enfin celle des candidats « antisystème » de la liste Rémi Gaillard. Lequel a validé cette association, sans figurer pour autant personnellement sur la liste déposée en préfecture mardi.

« Nous avons trouvé du côté de Mohed Altrad une oreille attentive à nos mesures et un regard reconnaissant à l’égard de notre représentativité démocratique. Tous les points de notre plateforme ont été acceptés », explique Alenka Doulain (en s’autoproclamant au passage « les quatre fantastiques »), propulsée numéro deux sur la liste. Au total, Mohed Altrad a offert 23 des 65 places à ses nouveaux colistiers. La réponse des réseaux sociaux oscille entre surprise, désillusion et colère. Plusieurs internautes ont notamment retrouvé des messages peu amènes du mouvement Nous Sommes, d’où est issu Alenka Doulain, envers Mohed Altrad.

Soutien affiché, départ en claquant la porte, retour comme colistière

En additionnant leurs voix du premier tour, Altrad, Doulain, Gaillard, Ollier pèsent 40 % des suffrages exprimés. Troisième (13,30 %), le chef d’entreprise qui avait tenté d’obtenir (en vain) le soutien de LREM, tente un audacieux pari. Il va devoir faire preuve de persuasion pour expliquer comment des personnalités si diverses (voire opposées) peuvent avoir une vision commune.

La coprésidente des Radicaux de gauche – LRDG, Virginie Rozière réalise un changement d’appuis que ne renieraient pas les rugbymen du MHR, club dont l’homme d’affaires est président. Le 17 septembre, l’ancienne députée européenne figurait en bonne place avec Mohed Altrad à l’annonce de sa candidature. Avant de dénoncer deux mois plus tard son « double discours » et les « calculs politiciens » et le quitter pour Clothilde Ollier (qui était encore la tête de liste EELV). Pour finalement réapparaître en 19e position sur sa liste lors de ce second tour.

Une campagne municipale complètement folle à Montpellier

C’est le dernier (l’ultime ?) coup de théâtre d’une folle campagne dans la septième ville de France. Bref rappel : le maire Philippe Saurel (DVG) n’a pas fait campagne avant le premier tour, annonçant au dernier moment sa candidature après sa convalescence liée à une opération du genou. Pour finalement basculer faiblement en tête (19,11 %) le 15 mars. Les militants de La France insoumise se sont déchirés en deux listes. EELV a désavoué la candidate (Ollier) qu’il avait investie alors qu’elle était en tête des sondages. Quatorze listes se sont présentées, soit le record dans les villes métropolitaines de plus de 100.000 habitants. Dont l’une d’elle a obtenu moins de votes (64)… que de personnes présentes sur la liste (65). Et finalement, ni LFI (dans une ville où Jean-Luc Mélenchon avait atteint 33 % au premier tour des présidentielles), ni les écologistes (éparpillés en trois listes) ne se sont qualifiés… Le tout sur fond d’attaques en justice.

La France insoumise a immédiatement pris ses distances avec cet attelage hétéroclite. « Nous dénonçons cet accord, il ne peut être fait en notre nom, il trahit nos valeurs », s’insurgent 42 colistiers de Clothilde Ollier, dont la députée LFI Muriel Ressiguier. « Il n’est pas possible de soutenir un candidat qui n’a jamais condamné la politique d’Emmanuel Macron, précise Paul Vannier, en charge du comité de pilotage des municipales. Cette liste n’a pas l’aval de La France insoumise ».

Avant de se tourner vers Mohed Altrad, le trio avait tenté de négocier avec le PS

Avant de lier sa destinée à celles de Mohed Altrad, le triumvirat Doulain-Gaillard-Ollier avait négocié pour intégrer la liste d’union de la gauche du socialiste Michaël Delafosse (16,66 % au premier tour). Lequel a fini par leur adresser une fin de non-recevoir. « J’étais surpris qu’on puisse discuter avec nous, autant qu’avec d’autres comme Mohed Altrad. On voit bien qu’il y avait plutôt une logique de surenchère que de projet. Il faut de la sincérité quand on fait les choses. »

Sa liste d’union de la gauche s’est ouverte aux Verts. Coralie Mantion (tête de liste EELV au premier tour) en sera la numéro deux. Les 64 colistiers de Philippe Saurel, de son côté, sont strictement similaires à ceux du premier tour.