Résultat des municipales à Bordeaux : Un « gilet jaune » qui avait eu la main arrachée lors d’une manifestation entre au palais Rohan

ELECTIONS Antoine Boudinet, 27 ans, avait eu une main arrachée par une grenade lacrymogène assourdissante GLI-F4, le 8 décembre 2018 devant l’hôtel de ville de Bordeaux lors d’une manifestation de « gilets jaunes »

Mickaël Bosredon

— 

Le gilet jaune Antoine Boudinet, qui a avait eu la main arrachée durant une manifestation à Bordeaux en 2018, est sur la liste du candidat aux municipales Philippe Poutou.
Le gilet jaune Antoine Boudinet, qui a avait eu la main arrachée durant une manifestation à Bordeaux en 2018, est sur la liste du candidat aux municipales Philippe Poutou. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • La liste de Philippe Poutou a qualifié trois conseillers à l'issue des élections à Bordeaux, dont Antoine Boudinet, 27 ans.
  • Ce « gilet jaune » avait eu la main arrachée par une grenade assourdissante, lors d'une manifestation devant l'hôtel de ville de Bordeaux.
  • « Avec moi, les "gilets jaunes" font leur entrée à la mairie par la grande porte », dit-il à 20 Minutes

Il avait perdu une main devant l’hôtel de ville de Bordeaux. Dans quelques jours, il y fera son entrée en tant que conseiller municipal. Tout un symbole. Antoine Boudinet, numéro 3 sur la liste de Philippe Poutou, a été élu conseiller de Bordeaux dimanche soir à l'issue du second tour des municipales, à la faveur des 9,39 % obtenus par la liste Bordeaux en Luttes (Nouveau Parti Anticapitaliste), qui lui permettent de qualifier trois conseillers au nouveau conseil de Bordeaux.

Antoine Boudinet, 27 ans, avait eu la main arrachée le 8 décembre 2018 par l’explosion d’une grenade lacrymogène assourdissante GLI-F4 qu’il avait ramassée, en marge de heurts entre manifestants et forces de l’ordre sur la place de l’hôtel de ville à Bordeaux.

« Les "gilets jaunes" entrent avec moi à la mairie, par la grande porte »

« Le 8 décembre 2018, j’ai perdu la main alors que les "gilets jaunes" essayaient de rentrer dans la mairie, et aujourd’hui ils y entrent avec moi, par la grande porte », nous a confié ce lundi le jeune homme. S’il a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive – « si on m’avait dit cela il y a deux ans » – il ne cache pas non plus sa joie. « Je suis très heureux, même si ce sont de lourdes responsabilités à porter, mais je ne serai pas tout seul, il y a toute une équipe derrière moi. Bordeaux en Luttes, c’est un collectif. »

Parmi les sujets sur lesquels il veut être particulièrement présent ces six prochaines années, figure celui de la sécurité. « La gestion de la police municipale va pas mal m’importer, sachant en plus que et Pierre Hurmic, et Nicolas Florian, sont dans une logique sécuritaire. Je veux le désarmement de cette police, et un retour à une police sociale. Ensuite, en tant qu’animateur social et culturel, je souhaite la création de conseils de quartiers réellement décisionnaires, pour que l’avis des habitants de Bordeaux soit réellement pris en compte, pas des conseils de façade. »

« Ce qui m’est arrivé fait de moi un symbole »

Depuis 2018, Antoine Boudinet est devenu une figure des « gilets jaunes » et un membre actif du collectif « mutilés pour l’exemple. » En mars dernier, il nous expliquait avoir rencontré Philippe Poutou « car nous sommes voisins, et il m’a parlé de sa liste avec le NPA et du rapprochement qu’il voulait faire avec La France Insoumise, et donc de l’envie de créer une liste de militants. J’ai sauté sur l’occasion. »

« Je suis encore "gilet jaune", poursuivait-il, je le revendique, en revanche je ne suis pas leur représentant. J’ai conscience que ce qui m’est arrivé fait de moi un symbole, mais le mouvement des "gilets jaunes" est très éclectique. Pour moi, la liste Bordeaux en Luttes incarne ce ras-le-bol. »

Dimanche soir, l’écologiste a remporté les élections municipales à Bordeaux avec 46,48 %, devant le maire sortant Nicolas Florian (44,12 %), et Philippe Poutou (9,39 %).