Résultats des municipales : Trop jeune, parti de zéro… La déroute électorale de LREM, qui revendique 146 maires élus dans les villes moyennes

INFO « 20 MINUTES » Le parti présidentiel, qui s'attendait à un très mauvais score dimanche, n'a pas pu déjouer le fiasco annoncé

Laure Cometti

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Stanislas Guerini, patron du parti LREM, sur le plateau de France 2 le 28 juin 2020.
Stanislas Guerini, patron du parti LREM, sur le plateau de France 2 le 28 juin 2020. — ISA HARSIN/SIPA
  • La République en marche n’a conquis aucune grande ville au terme du scrutin municipal dimanche, alors que les résultats électoraux des législatives et des européennes semblaient prometteurs.
  • Les cadres du parti invoquent la jeunesse du mouvement, créé il y a quatre ans, et son absence d’ancrage local pour justifier cette débâcle, avec la victoire de seulement 146 maires soutenus ou investis dans des communes de plus de 9.000 habitants.
  • Mais des voix s’élèvent pour remettre en cause certaines investitures ou le choix de s’allier avec la droite dans plusieurs villes, sans succès.

Hier soir, il n’y avait pas de soirée électorale organisée au siège deLa République en marche pour le second tour des municipales. Le contexte sanitaire n’y était pas pour rien, mais la perspective de n’avoir rien (ou presque) à célébrer non plus. Parti en campagne en fanfare en juin 2019, au lendemain d’une élection européenne encourageante, la formation d’Emmanuel Macron finit dans les limbes de ce scrutin dimanche.

Contacté par 20 Minutes, le sénateur Alain Richard, chargé de piloter les investitures LREM, revendique 146 maires soutenus ou investis par le mouvement dans les 1.140 communes de plus de 9.000 habitants ciblées. « Quant au nombre total d’élus membres du mouvement dans les conseils municipaux, nous nous approcherons des 10.000, comme nous l’espérions, avec une forte contribution d’élus dans les petites communes. Nous en avions déjà recensé 6.000 à la suite du premier tour », poursuit le parlementaire.

Pas de grandes villes

Mais LREM n’a conquis aucune grande ville. Le parti ne peut revendiquer que trois communes de plus de 30.000 habitants, mais ce sont des victoires en demi-teinte car les heureux élus sont des maires sortants issus de la droite, que le mouvement présidentiel n’a fait que soutenir (sans les investir). Au Havre, le Premier ministre Edouard Philippe, qui n’est pas adhérent de LREM, a été réélu. La maire sortante d’Amiens, Brigitte Fouré (UDI), l’emporte elle aussi avec le soutien de l’écurie présidentielle. Même scénario à Angers, où l’ex-LR Christophe Béchu a obtenu un deuxième mandat dès le premier tour le 15 mars dernier.

Ailleurs, la droite Macron-compatible, soutenue par LREM, a enregistré des revers, comme à Nancy, où le maire sortant Laurent Hénart (Mouvement radical) a perdu face au socialiste Matthieu Klein. A Bordeaux, le LR Nicolas Florian va aussi rendre son écharpe, tout comme l’UDI Jean-Luc Rigault à Annecy. Quant aux candidats étiquetés LREM, ils ne sauvent pas les meubles. A Lille Violette Spillebout est arrivée troisième, comme Valérie Oppelt à Nantes, par exemple.

« Divisions » et « modestie »

Dimanche soir, les macronistes tentaient d’expliquer ces résultats « décevants » par les « divisions » dans certaines villes, ou la jeunesse du mouvement. « Il y a des endroits, [comme Lyon], où notre propre division interne nous a conduits à des scores extrêmement décevants », a affirmé la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur France 2. « On est un mouvement politique très jeune », a aussi avancé Brune Poirson, la secrétaire d’Etat à la Transition écologique.

« Nous avons bien sûr de la déception, même si nous abordions ce scrutin avec modestie », concède auprès de 20 Minutes Marie Guévenoux, coprésidente de la commission d’investiture. « Nous avions très peu d’élus municipaux. Aujourd’hui, nous avons contribué à la victoire de grands maires, comme Jean-Luc Moudenc à Toulouse, Jean-François Fountaine à La Rochelle ou Christophe Béchu à Angers », poursuit la députée de l’Essonne. « Et nos ministres ont été élus », salue-t-elle, citant, outre le chef du gouvernement, Gérald Darmanin (Tourcoing), Sébastien Lecornu (Vernon) et Franck Riester (Coulommiers). A Paris, Marlène Schiappa et Agnès Pannier-Runacher ont toutefois échoué à intégrer l'exécutif municipal.

« On a zéro conquête »

Alain Richard estime que LREM a été « limitée par deux facteurs : d’abord, notre niveau dans l’opinion, à cause de la nouveauté de nos candidats et de l’épreuve du pouvoir, était bien plus faible qu’aux scrutins de 2017, et militants et électeurs étaient partagés entre l’alliance avec des partenaires déjà en place et l’affirmation autonome et critique, ce qui a nui à notre mobilisation ».

Pour certains, c’est la stratégie politique qui est responsable de cette débâcle. « L’avenir du progressisme n’est pas dans les alliances tristes avec la droite dure. LREM doit, au contraire, se retourner vers l’écologie », a réagi dimanche l’ex LREM Matthieu Orphelin, dans un communiqué. Faire alliance avec la droitepour contrer les écolos dans plusieurs villes était « faire très peu de cas du fait qu’une majorité d’électeurs LREM en 2017 venaient de la gauche », explicite sur France Info le politologue Olivier Costa.

« On a zéro conquête. Or même le RN a une conquête, Perpignan », lâche, plus cash, un ancien cadre du parti, qui pointe entre autres des « erreurs de casting », notamment à Marseille (où Yvon Berland a enregistré, 1,53 % des voix). « Ces résultats plaident pour un changement d’orientation assez radical », enchaîne-t-il, jugeant que les dirigeants du mouvement « se sont carbonisés dans ce scrutin ». « Je ne sais pas Stanislas Guerini pourra rester… »

Les résultats de dimanche pourraient accélérer la réorganisation du parti, à deux ans de l’élection présidentielle. Ce lundi, Emmanuel Macron n’a pas commenté les résultats du mouvement qu’il a créé en 2016, préférant consacrer sa journée à l'écologie et la relance européenne.