Résultats des municipales à Lyon : Ils sont novices en politique mais ils ont tout raflé dimanche soir, qui sont les nouveaux écologistes de Lyon?

DECRYPTAGE Derrière quelques élus expérimentés, beaucoup de jeunes candidats têtes de listes EELV, sans expérience, ont fait une entrée remarquée dimanche soir dans le milieu politique lyonnais 

Caroline Girardon

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Parfaitement inconnus en politique, Grégory Doucet et Bruno Bernard incarnent une nouvelle vague de l'écologie française.
Parfaitement inconnus en politique, Grégory Doucet et Bruno Bernard incarnent une nouvelle vague de l'écologie française. — Konrad / Sipa
  • Les Verts se sont largement imposés dimanche soir lors du second des élections municipales à Lyon et dans la métropole.
  • Leur particularité : être novices en politique pour la plupart des candidats tête de liste.
  • Partent-ils pour autant avec un handicap ? 20 Minutes a interrogé deux politologues lyonnais.

« Ce soir, c’est Greta Thunberg qui est élue. » A l’heure de commenter les résultats des élections municipales de Lyon, le candidat RN Andrea Kotarac n’a pu cacher son amertume, ni s’empêcher de tacler la nouvelle génération écologiste, qui, à la faveur d’une abstention record, a tout écrasé dimanche soir entre Rhône et Saône.

Grégory Doucet, qui n’avait jusque-là aucun mandat ni aucune expérience politique, s’est emparé des clés de l’hôtel de ville, distançant très largement ses adversaires Georges Képénékian, l’ancien maire de la ville, et Yann Cucherat, adoubé par Gérard Collomb. A la métropole de Lyon, Bruno Bernard, guère plus expérimenté sur le plan politique, n'a laissé que des miettes au Républicain François-Noël Buffet et à David Kimelfeld, le président sortant.

Une « offre politique inédite »

« Les questions écologiques préoccupent les citoyens, on le voit bien mais à Lyon, c’est surtout la division qui a joué. Les Verts se sont vus offrir la ville et la métropole sur un plateau », analyse prudemment le politologue Daniel Navrot pour lequel le « très faible taux de participation montre un profond désintérêt pour les élections ». « L’inquiétude pour le climat augmente. Et cette parole a été amplifiée par le désintérêt à l’égard des autres partis politiques », poursuit-il.

La victoire des écologistes, selon le politologue Romain Meltz, traduit également un rejet de l'alliance nouée entre les équipes de Gérard Collomb et la droite. « A Lyon, hormis dans les 2e et 6e arrondissements, à chaque fois qu’il y a eu des listes d’union, les candidats ont récolté moins de voix que la somme des résultats enregistrés au 1er tour. On peut interpréter cela comme le fait que les électeurs n’ont pas supporté qu’on leur impose une alliance », étaye-t-il. Mais pas seulement. « Il y avait une offre politique inédite, différente de l’offre partisane traditionnelle, dans laquelle les jeunes urbains se sont identifiés », avance-t-il.

Armée de novices

Le scrutin a permis de faire émerger de nouveaux visages. Derrière Grégory Doucet et Bruno Bernard, il y a, certes, quelques élus rodés à l’exercice comme Emeline Baume, Fanny Dubost ou Jean-Charles Kohlhass. Mais il y a surtout une armée de novices tel Valentin Lugenstrass, Nadine Goergel (35 ans) dont c’était la première campagne municipale, ou Camille Augey, négociatrice en vin de 28 ans, qui a terrassé le baron Collomb dans son propre fief.

« Quand on regarde les listes élues à Lyon, on voit bien que les candidats n’ont rien à voir avec les militants écologistes que l’on a connu par le passé, remarque Romain Meltz. Ils ont un rapport tranquille avec la mondialisation, par exemple. Ils prennent l’avion, roulent aussi en voiture parfois. Leur attirance pour l’écologie est quelque chose d’assez récent ». Et d’ajouter : « Ce sont des gens qui ont une carrière professionnelle dans le privé, souvent en lien avec le développement durable, l’humanitaire ou la défense des droits. Ils n’ont pas le même profil que les militants traditionnels ».

« En 2001, les équipes de Gérard Collomb n’étaient pas non plus très expérimentées »

« A part une dizaine de personnes, l’immense majorité des candidats élus dimanche sont des nouveaux venus sur la scène politique, qui vont découvrir ce qu’est la vie d’un élu, confirme Daniel Navrot. La seule politique qu’ils ont connue vient du milieu associatif qu’ils ont fréquenté. » Partent-ils de fait avec un handicap ? « Si la question est de savoir s’ils sont expérimentés, je dirais : pas suffisamment, répond Daniel Navrot. Mais les équipes de Gérard Collomb ne l’étaient pas non plus en 2001 ». Ce qui n’a pas empêché l’élu d’être réélu à deux reprises. « Ils seront accompagnés toutefois par une poignée d’élus, qui ont acquis une expérience dans les conseils régionaux depuis une vingtaine d’années en étant acteur ou observateur. Ces gens-là ont beaucoup appris », poursuit-il.

Enfin pour Daniel Navrot, les résultats, enregistrés dimanche soir, montrent désormais qu'« EELV est devenu un parti pivot, comme a pu l’être le PS, il y a quelques années. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’appartenir à un exécutif. On a un parti autour duquel d’autres partis vont se fédérer. »