Elections municipales à Bordeaux : A peiné élu, le nouveau maire Pierre Hurmic annonce « l'état d'urgence climatique »

POLITIQUE Une page s’est tournée vendredi à Bordeaux, puisque l’écologiste Pierre Hurmic a été élu maire à l’issue du premier conseil post-élections municipales, après 73 années gérées par la droite

Mickaël Bosredon

— 

Pierre Hurmic avec l'écharpe de maire, après son élection lors du conseil municipal de Bordeaux du 3 juillet, qui s'est tenu à l'auditorium de Bordeaux.
Pierre Hurmic avec l'écharpe de maire, après son élection lors du conseil municipal de Bordeaux du 3 juillet, qui s'est tenu à l'auditorium de Bordeaux. — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Arrivé en tête dimanche soir à l’issue du second tour des municipales, Pierre Hurmic a été élu maire de Bordeaux ce vendredi. Il a promis à la nouvelle opposition un « esprit d’ouverture et de transparence. »
  • Pierre Hurmic a déroulé sa feuille de route, largement consacrée à l’écologie, et appelé à « l’état d’urgence climatique. »
  • L’extrême-gauche fait aussi son entrée au conseil avec le syndicaliste Philippe Poutou et deux de ses colistiers.

Un moment historique à Bordeaux. Le nouveau conseil municipal de la villeavait rendez-vous ce vendredi matin dans l’auditorium, une délocalisation rendue nécessaire pour pouvoir faire respecter les règles de distanciation physique, pour l’élection du nouveau maire.

Camille Choplin passe l'écharpe de maire à Pierre Hurmic, le 3 juillet 2020 à Bordeaux
Camille Choplin passe l'écharpe de maire à Pierre Hurmic, le 3 juillet 2020 à Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Sans surprise, l’écologiste Pierre Hurmic, dont la liste était arrivée en tête dimanche soir à l’issue du second tour des municipales avec 46,48 % des voix, a été élu maire de Bordeaux, avec 48 voix sur 65. Nicolas Florian (LR), arrivé deuxième lors de ces élections, et Philippe Poutou, troisième, se présentaient également. Le syndicaliste a fait entrer dans le conseil de Bordeaux trois élus d’extrême-gauche, dans une ambiance digne d’une assemblée générale étudiante…

« Je connais l’ingratitude de la place » de l’opposition

A l’issue de son élection, Pierre Hurmic a d’abord voulu s’adresser à sa nouvelle opposition. « Après toutes ces années passées sur les bancs de l’opposition, je connais l’ingratitude de la place. Je veillerai à ce que leur rôle soit pleinement reconnu. C’est pourquoi je proposerai la semaine prochaine la présidence de la commission des finances à un membre de l’opposition. Et je proposerai aussi à l’opposition davantage de place dans les divers organismes de la ville. Ils trouveront chez moi un esprit de respect, d’ouverture, de transparence. »

Il a également rapidement déroulé sa feuille de route. « Nous avons fait de la réponse à apporter au défi climatique, notre premier objectif. Nous déclarerons donc l’état d’urgence climatique. Nous prendrons rapidement les mesures dans ce sens, sachant que nous allons être confrontés dans les jours qui viennent aux premières journées caniculaires. Nous ferons en sorte que cet impératif climatique irrigue toutes nos politiques. Je ne laisserai jamais personne caricaturer l’écologie que nous avons choisie pour transformer Bordeaux. Non, elle n’est pas punitive, elle est pragmatique, c'est l'inaction qui est punitive. »

« Nous n’allons pas renverser la table, nous allons la réparer »

L’écologiste a aussi voulu apaiser. « Je veux rassurer les acteurs économiques locaux que je sais inquiets. Nous n’allons pas renverser la table, nous allons la réparer. Nous soutiendrons les entreprises en difficulté dans la mesure de nos moyens et compétences. » Pierre Hurmic a également évoqué sa volonté de mettre en place « un urbanisme soucieux de protéger nos espaces naturels », ainsi que « les défis nouveaux qui attendent la métropole, dotée d’une nouvelle gouvernance avec une feuille de route renouvelée ».

Interrogé par la suite par les médias sur l'interview accordée à 20 Minutes mercredi dernier, dans laquelle il évoquait l’interdiction à terme de la voiture en ville, Pierre Hurmic est partiellement revenu sur ses propos.

« J’ai dit que je pensais qu’à terme, la place de la voiture dans les centres-villes, ne serait plus possible. J’ai parlé d’échéance lointaine, or en lisant l’article on a l’impression que dès demain les voitures seraient interdites dans Bordeaux, ce qui n’a jamais correspondu à mon propos. Mon programme consiste à dire que si l’on veut faire reculer la voiture, il faut d’abord offrir des mobilités alternatives qui soient séduisantes et sécurisées. » Evidemment, 20 Minutes maintient les propos qui ont été déclarés par Pierre Hurmic lors de cette interview, ceux-ci ayant été retranscrits à la virgule près.

Nicolas Florian demande au nouveau maire de « s’adresser à tous les Bordelais »

Le maire sortant Nicolas Florian (LR), battu après un peu plus d’une année de mandat puisqu’il avait succédé à Alain Juppé en février 2019, a d’abord « regretté que beaucoup de Bordelaises et Bordelais ne se soient pas déplacés » même s’il « respecte le choix démocratique. » Il a évoqué « une campagne municipale longue, âpre, difficile » et appelé le nouveau maire à « s’adresser à l’ensemble des Bordelaises et Bordelais, il ne s’agit plus de défendre un camp, il s’agit de défendre Bordeaux. »

En marge de sa déclaration officielle, Nicolas Florian a confié devant les médias que ce moment représentait « beaucoup d’émotion, car c’est une page de ma vie politique qui se tourne. Concrètement, c’est un passage de témoins avec un nouveau maire. Mon objectif maintenant, ce sont les élections de 2026. En attendant, je serai le président du plus gros groupe d’opposition, je serai là pour défendre ce qui a été fait pendant 25 ans par Alain Juppé, et avant lui par Jacques Chaban-Delmas. Cette ville a été totalement transformée, embellie, je n’irai pas jusqu’à dire que je serai le gardien du temple, mais quand même. Et quand ce sera nécessaire, je contesterai les décisions prises. »

Le marcheur Thomas Cazenave, qui avait rejoint Nicolas Florian entre les deux tours, et qui fait son entrée au conseil de Bordeaux dans l’opposition, a déclaré qu’il aurait « la volonté de faire entendre notre voix au conseil municipal » et espéré que « Pierre Hurmic donnera les moyens à l’opposition de se faire entendre. » Il a aussi insisté sur « le résultat terrible de la participation au second tour des élections, qui doit être une alerte pour nous. »

L’extrême-gauche et les « gilets jaunes » font leur entrée au conseil

Enfin, l’extrême-gauche fait son entrée au conseil de Bordeaux, puisque trois membres de la liste de Philippe Poutou (NPA) ont été élus. Pour le syndicaliste, « on est conscients qu’on n’est que trois et qu’on va se retrouver en face d’un monde qui n’est pas le nôtre, qui est habitué au pouvoir, qui se connaît très bien, qui vote et qui est dans une routine. Nous, on veut bousculer tout ça, parce que ce n’est pas parce qu’il y a un changement de maire que la politique va changer. On a déjà eu des vagues roses et des poussées vertes, où finalement rien n’a changé. »

Son colistier Antoine Boudinet, un manifestant qui avait eu une main arrachée lors d’une manifestation devant l’hôtel de ville fin 2018, s’était déplacé avec un « gilet jaune » sur les épaules. « Je ne mets pas souvent le gilet jaune en manifestation, nous a-t-il dit, car ça vous rend repérable, mais ça ne me pose aucun problème de le mettre dans le conseil municipal, au contraire. Le symbole est important : il y a un an et demi quand j’ai perdu ma main , les « gilets jaunes » tentaient de rentrer dans la mairie, et aujourd’hui on y est entré, par la grande porte. Je reste avant tout et en premier lieu un « gilet jaune », un mutilé pour l’exemple, un manifestant pour la justice sociale. »

Bordeaux compte donc depuis vendredi un maire écologiste. Après soixante-treize années gérées par la droite, Alain Juppé ayant succédé en 1995 à Jacques Chaban-Delmas. C’est peu de dire qu’une page s’est tournée.