Nantes : Fermée pour un « lifting radical », que pourrait devenir la tour Bretagne ?

PATRIMOINE Le célèbre immeuble et point culminant de Nantes est désormais complètement vidé de ses occupants

Julie Urbach

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La tour Bretagne, au fond, avec sa rampe d'accès inutilisée.
La tour Bretagne, au fond, avec sa rampe d'accès inutilisée. — Frédéric Brenon / 20 Minutes
  • Fermée pour au moins six ans, la tour Bretagne se prépare à changer de visage.
  • Les attentes sont fortes quant à ses futurs usages, son intégration dans le quartier, et son nouveau look.

Voilà, c’est fini. Depuis mardi, la tour Bretagne est officiellement fermée et ce pour au moins six ans. Cet immeuble emblématique du centre-ville de Nantes, qui doit subir de lourds travaux notamment en raison d’amiante, va en profiter pour entamer un « lifting radical ». S’il faudra patienter pour connaître les contours du projet, le promoteur immobilier Giboire, qui détient aujourd’hui 37 % de la tour de bureaux, a déjà annoncé qu’il comptait « diversifier les usages », notamment en y aménageant des logements et des services.

Une transformation très attendue par de nombreux observateurs et habitants. « Il faut sortir de la monofonctionnalité, assure Sylvain Grisot, urbaniste à la tête de l’agence Dixit. On estime qu’une tour de bureaux est vide à 60 % du temps ! Il faut lui redonner une dynamique, questionner ses usages, faire que ce trou noir devienne un poumon du quartier. » « La première chose à faire, c’est de l’aérer, en mutualisant les services, pense aussi Jean-Louis Violeau, sociologue et enseignant à l’école d’architecture de Nantes. Il pourrait y avoir des logements, avec des balcons ou des loggias pour donner du rythme. Je mettrais aussi des bureaux, et tout en haut un hôtel de luxe. Il faudra aussi s’approprier le socle, cette énorme rampe, le long de laquelle pourraient s’installer des commerces et des cafés. »

Plein d’idées chez les Nantais

Un moyen pour ce gratte ciel, jusqu’alors majoritairement fréquenté par des salariés, de relever un autre défi. « Posée sur sa dalle, exposée à tous les vents, la tour a besoin de retrouver un lien avec son quartier et les habitants, estime Gabriel Vitré, secrétaire général du Conseil de développement de Nantes métropole, installé dans la tour. Il faut d’abord la rendre plus accessible, notamment du côté de la ville basse, au niveau de la place du Cirque. Je pense aussi que le public doit continuer à pouvoir monter tout en haut. C’est le seul endroit de la ville où l’on peut avoir cette vue si extraordinaire ! Si ce n’est pas le Nid, imaginons autre chose : un bar, un lieu d’expo, ou de promotion du territoire… » L’an dernier, des étudiants en Master de géographie avaient planché sur le devenir de la tour et avaient imaginé l’installation d’une ferme urbaine, d’une librairie ou d’une salle de sport. Ils préconisaient aussi un réaménagement de la place. « Il sera en tout cas fondamental de demander aux gens quelles sont leurs aspirations si l’on veut qu’ils se l’approprient », assure Lucas Guillemot, l’un des étudiants.

Et ce n’est pas les Nantais qui diront le contraire. Nombreux à avoir répondu à notre appel à témoignages sur Facebook, ils aspirent à davantage faire partie de cette version 2 de la tour. Manu, par exemple, imagine une discothèque sur les derniers étages, comme la tour en a d’ailleurs déjà abritée. Sylvana, elle, y verrait bien une crèche, une salle de conférence, ou encore un studio de danse. Denis, lui, plaide pour un musée d’art contemporain. Sur l’aspect extérieur, beaucoup rêvent de couleur, de végétalisation… « Et même beaucoup pour cacher cette mocheté ! », écrit Béatrice.

Transparence et lumière

Car qui dit transformation dit aussi changement de visage. D’ici à six ans, il est fort à parier que le verre fumé des années 80 aura laissé place à un look plus moderne. « Il va falloir mettre de la transparence, faire varier la lumière sur la façade pour créer des dégradés, s’éloigner de ce bâtiment plat et uniforme, estime Jean-Louis Violeau. Attention aussi au sommet, qui aujourd’hui est franchement raté. » Des critiques récurrentes qui poussent même certains Nantais a suggérer sa démolition pure et simple…

« Elle n’est pas belle, elle n’est pas laide, mais elle a vocation à rester là, car elle s’est inscrit comme un objet majeur de la ville, qu’il serait impossible de refaire aujourd’hui, pense Sylvain Grisot. Rappelons aussi qu’il y a un fort enjeu environnemental : énormément d’énergie a déjà été dépensé pour l’eriger, il en faudrait encore beaucoup pour la raser ! Si l’on veut une tour plus performante en matière énergétique, cela passera en premier lieu par la conservation de l’existant. »