Coronavirus dans les Alpes-Maritimes : Les agriculteurs demandent le maintien des marchés alimentaires

CRISE Ils invitent les maires des communes du département à demander une dérogation en préfecture

J.H. avec AFP

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Au marché Forville, à Cannes, le 20 mars 2020 pendant le confinement
Au marché Forville, à Cannes, le 20 mars 2020 pendant le confinement — SYSPEO/SIPA
  • La FDSEA 06 et la Chambre d'agriculture des Alpes-Maritimes demandent le maintien des marchés dans les communes du département.
  • Elles proposent quatre mesures pour le faire dans le respect des règles sanitaires.
  • La préfecture indique « attendre des instructions nationales en la matière ».

« Je comprends la problématique pour les grandes villes. Par contre, je ne vois pas en quoi les supermarchés, où tout le monde se bouscule, sont plus sécurisés que les marchés des petites et moyennes communes. » Depuis le début du confinement, Jean-Philippe Frère, président de la FDSEA 06, et ses confrères agriculteurs « accusent le coup ». L’annonce de la fermeture des marchés et des halles par le Premier ministre, le 23 mars dernier, pour faire face à l’évolution de la pandémie de Covid-19, a ajouté une difficulté supplémentaire à leur situation déjà rendue compliquée par la clôture des commerces.

La dérogation, le nouveau Graal des agriculteurs

Ce mercredi, la FDSEA et la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes ont adressé un courrier au préfet et aux maires du département. « Si certaines communes ont déjà adressé au Préfet une demande de dérogation afin de maintenir leurs marchés, nous demandons à tous les maires une réflexion en ce sens, pour les agriculteurs comme pour l’ensemble des concitoyens », écrivent les représentants agricoles.

Ces derniers s’engouffrent dans une porte laissée entrouverte par Édouard Philippe. Dans son allocution, le chef du gouvernement avait indiqué qu’il serait « permis aux préfets, sur avis des maires, de déroger cette interdiction » lorsque le marché, dans certains villages, est « le seul (moyen) parfois » d’avoir « accès à des produits frais ».

Quatre mesures pour proposer des solutions

Pour convaincre leurs interlocuteurs, la FDSEA et la Chambre d’agriculture proposent « quatre mesures sanitaires qui peuvent être mises en
place en lien avec les services municipaux pour assurer la tenue des marchés » :

  1. « Distancier les stands, ce qui est possible au regard de l’absence des revendeurs et commerçants de produits non alimentaires » ;
  2. « Clôturer les marchés à l’aide de barrières et/ou de cordons » ;
  3. « Mettre en place un unique point d’entrée filtré par un gardien en vue d’assurer un flux modéré de consommateurs » ;
  4. « Adopter l’ensemble des règles de sécurité mises en œuvre dans la grande distribution (port de gants, séparation du producteur et des clients par un système de film étirable et, mieux encore, service exclusivement assuré par le producteur…). »

Les agriculteurs souhaitent ainsi « éviter de jeter un grand nombre de produits périssables, alors même qu’il leur est demandé de continuer à produire », et permettre aux « populations les plus fragiles », à l’image des personnes âgées, « de se nourrir près de chez elles ».

Des demandes « en cours de traitement », selon la préfecture

Au 26 mars, plusieurs communes des Alpes-Maritimes avaient demandé une dérogation au préfet. Il s’agit d’Aspremont, Beaulieu-sur-Mer, Cagnes-sur-Mer (pour la halle marchande et le marché des producteurs), Contes, Eze, Gorbio, Menton, Mouans-Sartoux, Peymeinade, Roquebrune-Cap-Martin, Sospel et Villeneuve-Loubet.

Contactée par 20 Minutes, la préfecture indique que ces demandes « sont en cours de traitement » et « attendre des instructions nationales en la matière ». Elle rappelle que « l’interdiction des marchés ne met pas fin aux ventes directes, ventes par correspondance, ventes à la propriété et autres circuits courts ».

Ce jeudi, le préfet Bernard Gonzalez a par ailleurs écrit à tous les gérants de moyennes et de grandes surfaces « pour les inciter fortement et plus que jamais à s’approvisionner auprès des producteurs locaux plutôt que d’importer, et de faire en sorte que ces pratiques de soutien à l’agriculture de notre territoire, plébiscitées par les consommateurs, perdurent après la crise. »

Sur le plan national, la Fédération nationale des marchés de France a saisi le Conseil d’État d’un référé pour contester la fermeture des marchés primeurs. Cette requête est soutenue par plusieurs organismes professionnels : la CPME, Saveurs commerces (une fédération de syndicats de primeurs), la Fédération des fromagers de France, l’Organisation des poissonniers écaillers de France et la Confédération des commerçants de France. Le Conseil d’État se prononcera la semaine prochaine.

La filière horticole à l’arrêt, les maraîchers se débrouillent

« Sur la filière de la fleur coupée, l’impact est de 100 %. Il n’y a plus aucune commercialisation dans le département », fait remarquer Michel Dessus, président de la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes. Dans sa production, l’horticulteur jette entre 4.000 et 5.000 tiges par semaine. Des mesures nationales devraient être annoncées la semaine prochaine.

 

De son côté, la filière maraîchère s’adapte comme elle peut. « Pour l’instant, on est entre 10 et 15 % de baisse de chiffre d’affaires », note Michel Dessus. Pour minimiser les pertes, les agriculteurs retardent le pic de production en ouvrant les serres, en profitant des températures basses du moment ou, encore, en ayant recours à la vente de paniers. Mais quid dans quinze jours, lorsque légumes de printemps et fraises de Carros vont faire leur irruption soudaine. « Nous allons lancer, sur le site de la Chambre d’agriculture, une liste de producteurs qui proposent des paniers. Les gens pourront voir qui est le plus proche de leur domicile et s’y rendre », explique Jean-Philippe Frère.

 

Quant à la viticulture et à l’oléiculture, la situation reste également difficile mais « les produits ne sont pas jetés », relativise le président de la FDSEA 06. « Ils sont soit dans des tonneaux, soit dans des pots. Ils seront revendus plus tard. »