Coronavirus : Confinement général, jour 4… Les Parisiens re(découvrent) les étoiles

LA VIE EN CONFINEMENT Confinés, les Parisiens – les vrais, pas ceux qui ont fui la capitale – observent depuis leur fenêtre le spectacle de la vie et de la nature. Ce vendredi, les étoiles

Romain Lescurieux

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Des Parisiens à leur fenêtre un soir de confinement.
Des Parisiens à leur fenêtre un soir de confinement. — Jacques Witt/SIPA
  • Les étoiles sont-elles plus visibles en ce moment à Paris en raison d’une baisse importante de la pollution atmosphérique et visuelle ? Oui, mais à la marge, répond Jean-Luc Dauvergne, chef de rubrique au magazine « Ciel et Espace », édité par l’Association Française d’Astronomie.
  • « La raison principale c’est que les gens se font chier, donc ils prennent le temps de regarder en l’air et redécouvrent les étoiles », note-t-il.
  • Et ça tombe bien, il y a en ce moment de belles observations à faire.

« Il y a des étoiles dans le ciel, non ? ». Si vous n’avez pas encore prononcé cette phrase, vous passez à côté de votre confinement. Car après avoir re(découvert) au jour 2 le chant des oiseaux et au jour 3, le nettoyage des vitres (et un vieux gâteau Pepito sous le canapé), place au ciel et à l’horizon, à l’infiniment grand depuis nos appartements infiniment petits. Sur Twitter, de nombreux internautes font en effet état d’un ciel particulièrement étoilé en ce moment à Paris. Hallucination, effet d’optique ou réelle conséquence du confinement général décrété en raison de l’épidémie de coronavirus qui secoue la France ? Pour en savoir plus, 20 Minutes a appelé Jean-Luc Dauvergne, chef de rubrique au magazine Ciel et Espace, édité par l’Association Française d’Astronomie (AFA).

Un ciel pas tout à fait optimal

Les étoiles sont-elles plus visibles en ce moment à Paris en raison d’une baisse importante de la pollution atmosphérique et visuelle ? Oui, mais à la marge, répond le spécialiste. « La pollution lumineuse a un peu diminué mais la pollution de l’air n’a pas spécialement chuté », explique-t-il. Même si le trafic routier en Ile-de-France est fortement réduit en ce moment, la qualité de l’air a en effet été qualifiée de « médiocre » ce mercredi par Airparif, l’organisme qui évalue la qualité de l’air en Ile-de-France. En cause : un vent faible, le chauffage des particuliers ou encore l’activité agricole. Conséquence, le ciel n’est pas spécialement – pour le moment – optimal pour observer les étoiles.

« Il n’y a cependant plus aucune traînée de condensation d’avions dans le ciel, ce qui le rend bien dégagé. Il est peu habituel de voir un ciel aussi bleu », reprend le spécialiste, qui note toutefois qu’il y a deux jours, le 18 mars, Paris a connu une belle nuit étoilée. « C’est au jour le jour », assure Jean-Luc Dauvergne, pointant toutefois du doigt une autre raison de cette supposée meilleure observation des étoiles.

« La raison principale c’est que les gens se font chier »

« La raison principale c’est que les gens se font chier, donc ils prennent le temps de regarder en l’air et redécouvrent les étoiles », rigole Jean-Luc Dauvergne. Même si Paris n’est déjà pas gâté en la matière. Avec la pollution lumineuse qui se dégage au quotidien de la capitale et diminue le contraste du ciel, Eric Piednoël, directeur général adjoint de l’AFA estimait il y a quelque temps auprès de 20 Minutes, que 40 étoiles sont visibles à l’œil nu à Paris.

Ce qui est un début timide quand on sait qu’un être humain peut compter jusqu’à plus de 3.000 étoiles dans un ciel vierge de toute pollution. Et que la Voie Lactée en contient entre 200 et 400 milliards. « Le ciel de Paris est pourri mais il ne faut pas exagérer », assure Jean-Luc Dauvergne. Mais alors, que peut-on voir en ce moment en restant à sa seule fenêtre ? « Il y a de belles observations à faire », promet-il.

Orion, Bétèlgeuse, Jupiter, Mars et Saturne

Selon le spécialiste, Vénus est bien visible en ce moment en début de soirée, notamment pour les gens qui ont des fenêtres qui donnent vers l’ouest. Il y a aussi la constellation d’Orion à admirer. « Elle forme un quadrilatère avec des étoiles bien brillantes », détaille Jean-Luc Dauvergne. Notamment Bétélgeuse – « l’aisselle du géant » en arabe – une étoile rouge, que l’on disait proche de l’explosion, rappelle Ouest-France. « Elle remonte en luminosité et elle va même devenir de plus en plus lumineuse », commente Jean-Luc Dauvergne, qui préconise même de s’isoler par exemple dans une cour d’immeuble pour jouir du ciel. Il estime que l’on peut actuellement atteindre l’observation d’une centaine d’étoiles. A noter que le matin, à l’aube, vous pouvez également regarder Jupiter vers le sud-est. En dessous, Mars. Et un peu plus à gauche Saturne, si on a un horizon suffisamment dégagé.

Finalement, le confinement permet au moins de prendre le temps de les regarder et les admirer. « Le reste du temps, ceux qui ne sont pas attentifs, oublient presque que la lune et les étoiles existent », lâche-t-il avant d’embrayer : « Et c’est toujours mieux de regarder les étoiles que la télé ». Surtout si le ciel sert prochainement d’écran publicitaire géant, comme le souhaitent certains.