Paris : Démission de Girard, « explosion » de Coffin... Un tournant pour l’alliance rose-verte d'Hidalgo ?

POLITIQUE Le premier conseil de Paris post-réelection d’Anne Hidalgo a été marqué vendredi par une manifestation, une démission, la saisie de la justice et le coup de gueule d’une élue EELV, Alice Coffin

Romain Lescurieux

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David Belliard, ex-candidat EELV aux élections municipales de Paris 2020 et Alice Coffin, élue EELV dans le 12e arrondissement.
David Belliard, ex-candidat EELV aux élections municipales de Paris 2020 et Alice Coffin, élue EELV dans le 12e arrondissement. — CHAUVEAU/SIPA
  • L’« ombre » de ces événements va-t-elle planer sur les prochains conseils de Paris ?
  • Les Verts jouent l'« apaisement », Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo indique que « la majorité est parfaitement alignée ».
  • Dans les couloirs de la mairie, certains estiment toutefois que ces incidents pourraient rester gravés dans le marbre de la mairie.

EDIT : La préfecture de police fait savoir à 20 Minutes ce jeudi qu'Alice Coffin ne bénéficiait pas de protection policière et n'en avait pas fait la demande auprès du ministère de l'Intérieur.

Il est aux alentours de 15h20 ce vendredi après-midi, quand Alice Coffin, élue EELV du 12e arrondissement « explose » sur les bancs de l’hôtel de ville. « La honte, la honte, la honte », scande-t-elle. Quelques secondes avant, le préfet de police Didier Lallement a souhaité exprimer en séance un « salut républicain » à l’adresse de Christophe Girard déclenchant des applaudissements nourris de la part d’une très grande majorité de l’assemblée. Anne Hidalgo se lève également pour rendre hommage à son adjoint à la culture, qui a démissionné la veille au soir, au jour 1 du Conseil de Paris, après une manifestation sous les fenêtres de la mairie, pour réclamer la démission de l’élu, entendu dans l’enquête « pour viols sur mineurs » qui vise l’écrivain Gabriel Matzneff. Aux mains des manifestantes et manifestants, des pancartes et une banderole : « Mairie de Paris, bienvenue à Pedoland ». 24 heures après, Anne Hidalgo sort de ses gonds.

La maire, qui préside la séance pour les questions d’actualité au moment de la « standing-ovation », passe la main à son adjointe Léa Filoche puis bombarde un communiqué. « Je déférerai devant les tribunaux les graves injures publiques qui ont été dirigées contre la mairie de Paris », annonce la maire. « Ça suffit », note-t-elle même en introduction avec un ton inédit. « Je ne laisserai rien passer », ajoute-t-elle. « Elle était affectée. Ce communiqué s’apparente plus à une réaction d’amie, qu’institutionnelle », souffle-on ce lundi à la mairie après un week-end au cours duquel, Alice Coffin, a subi un véritable déferlement de haine sur les réseaux sociaux, l’obligeant à être placée sous protection policière. Cette première séance mouvementée du Conseil de Paris post-réélection d’Anne Hidalgo a-t-elle fait valser l’alliance rose-verte et rebattu les cartes d’une assemblée parfois ronflante, bardée de codes et de traditions où le militantisme doit être « contenu » ?

« Hystérie militante » vs « société qui évolue »

La militante écologiste et féministe, Audrey Pulvar l'estime en substance. L'ancienne journaliste devenue adjointe d’Anne Hidalgo, chargée de l’agriculture et de l’alimentation durable, s’est dite « inquiète » pour l’avenir de la majorité municipale auprès du Parisien estimant qu’Alice Coffin avait « dépassé les bornes ». « Halte au maccarthysme culturel » a de son côté réagi l’ex-ministre socialiste de la Culture Jack Lang.

Des proches de la maire ont par ailleurs assuré au JDD que l’élue du 12e représente avec sa collègue, Raphaëlle Rémy-Leleu, élue EELV de Paris Centre, une «hystérie militante». « A quoi s’attendaient-ils ? Oui, elles sont fidèles à leurs valeurs et leurs combats. Alice Coffin est sur sa ligne. On a l’impression que les rangs d’Anne Hidalgo découvrent avec qui ils ont fait campagne pendant le second tour », lâche-t-on dans les couloirs de la mairie. Et de préciser : « Alice Coffin ne se calmera pas et ils n’ont pas le droit de lui demander de se calmer et de renoncer à toutes ses années d’engagement ».

Des listes EELV «renouvelées»

Petit retour en arrière. Le 8 janvier 2020, David Belliard, alors candidat à la mairie de Paris, se dirige vers le parvis de l’Hôtel de ville. Au détour d’une discussion, il se félicite. Alice Coffin est en passe de toper pour être sur ses listes dans le 12e arrondissement. Inconnue du grand public, cette journaliste*, figure féministe, activiste, en pointe de la défense pour les droits LGBT+ a décidé de s’engager en politique, sans mettre de côté le combat militant.

Dans l’entourage de David Belliard on se dit ravis et fiers de cette nouvelle recrue. Un sentiment qui ne s’est pas estompé. « Elle a un profil militant, une personnalité intéressante. Nos listes ont été renouvelées avec une autre génération, d’autres profils issus du militantisme ». Et dont certaines et certains sont désormais en place au Conseil. « Ce ne sont pas des pros de la politique. Elles n’ont pas les codes mais elles représentent la société telle qu’elle est, telle qu’elle évolue. Et c’est très bien », indique-t-on dans l’entourage de David Belliard, sollicité par 20 Minutes.

Le jour de l’élection officielle d’Anne Hidalgo, le 3 juillet dernier, Alice Coffin avait déjà opéré une première sommation avant la cérémonie officielle, rappelant sur Twitter « les liens » entre Christophe Girard avec Gabriel Matzneff. Si la voix n’était pas montée dans la salle des fêtes, de nombreux élus écologistes avaient voté contre l’exécutif de la maire pour s’opposer à ce choix. Puis, c’est au tour de Raphaëlle Rémy-Leleu de monter au front lors de la manifestation de jeudi. « A la mairie ils disent que c’est un non-sujet et donc on va poursuivre notre action à la rentrée », assure-t-elle alors auprès de l’AFP. Trop pour Anne Hidalgo ?

Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu (EELV), à gauche et Danielle Simonnet, élue LFI, lors de la manifestation de lundi.
Alice Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu (EELV), à gauche et Danielle Simonnet, élue LFI, lors de la manifestation de lundi. - BUFKENS Cedric/SIPA

« Un événement périphérique, qui est désormais terminé ». Vraiment ?

« Je suis écœurée. Dans quelle démocratie vivons-nous où le droit est piétiné par la rumeur, les amalgames et les soupçons ? », avait immédiatement réagi Anne Hidalgo après la démission de son « ami » Christophe Girard, en poste à la mairie depuis 2001. L’édile a d’abord réclamé « des excuses » puis a indiqué qu’elle prenait « acte du fait que les deux élues siégeant dans le groupe des Verts au Conseil de Paris [Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, à l’origine du rassemblement de jeudi] se plaçaient ainsi d’elles-mêmes en dehors de la majorité municipale ». Et maintenant, comment les « alliés » écologistes et socialistes vont-ils travailler ensemble ?

« Il n’y a pas de problème au sein de la majorité. Nous travaillons avec les écologistes depuis 2001, et depuis le second tour, nous avons conclu une alliance avec un programme commun. Et rien ne change. Ce qui s’est passé vendredi est un événement périphérique, qui est désormais terminé. La majorité est parfaitement alignée et nous allons travailler à l’action municipale », détaille Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo, sollicité par 20 Minutes. Dans les couloirs de la mairie, toujours, d’autres estiment que l’« ombre » de ces événements va planer sur les prochains conseils de Paris et qu’un « retour de bâton » n’est « pas à exclure ».

« Anne Hidalgo sous estime l’impact de l’affaire. Elle est aveuglée par son amitié avec Christophe Girard. Elle semble vouloir se séparer d’une frange «extrémiste» mais en fait, elle se couperait d’une génération tout en se mettant à dos un certain nombre d’acteurs, notamment associatifs, et de soutiens de la société civile qui l’ont soutenue pendant la campagne », assure-t-on. Et de conclure : « Le retour de bâton peut être violent à la rentrée », notamment « s’il y avait de nouveaux éléments dans l’enquête ».

Du côté des Verts, on joue « l’apaisement »

Contactées par 20 Minutes, ni Alice Coffin, ni Raphaëlle Rémy-Leleu ne répondront ce lundi à nos sollicitations. « Nous sommes encore dans des discussions sur comment sortir par le haut de cette séquence », indique-on chez les écolos parisiens qui « condamnent toujours les pancartes » et « soutiennent leurs élues ». Beaucoup répètent que « l’heure est à l’apaisement ». Un apaisement « nécessaire ».

« Il y a toujours une solidarité dans le groupe. Les deux élues ne seront pas exclues. Et nous restons dans la majorité. D’ailleurs si on quitte la majorité, il n’y a plus de majorité pour Anne Hidalgo », rappelle-t-on. « On sort d’une campagne éprouvante, tout le monde a besoin de redescendre. Ces événements ont secoué les uns et les autres. Mais face à la crise sanitaire, économique et environnementale, la tâche est lourde. C’est le dernier mandat pour le climat. Les gens ont besoin de couper un peu, et à la rentrée il faudra que toutes et tous apprennent à travailler ensemble ». Une rentrée qui était déjà annoncée «chargée» pour la ville. 

* Alice Coffin a été journaliste à la rédaction de « 20 Minutes » en charge des médias, au service Culture de 2008 à 2015.