Port du masque obligatoire à Paris : Sur les quais, la mesure est « respectée » mais reste « absurde » pour certains

REPORTAGE Depuis ce lundi 8 heures, le port du masque est obligatoire à Paris dans une centaine de rues et zones de l’espace public, principalement les plus fréquentées, dont l’ensemble des quais de Seine

Romain Lescurieux

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Pour le moment, les autorités procèdent à un travail pédagogique.
Pour le moment, les autorités procèdent à un travail pédagogique. — R.LESCURIEUX / 20Minutes
  • À l’instar des Belges ou des Espagnols avant eux, les Parisiens doivent porter le masque depuis lundi matin dans les quartiers les plus fréquentés de la capitale.
  • Sur les quais de Seine, la mesure est « globalement respectée » selon des agents sur place, mais elle divise et fait parler.
  • La mesure concerne plus de cent rues situées dans la quasi-totalité des arrondissements de la ville. Il s’agit principalement des quais, des zones très touristiques comme la Butte Montmartre, de rues commerçantes ou festives.

Stoppé dans son élan. Ce lundi matin sous un soleil de plomb, Nicolas, 35 ans, en plein jogging sur les quais de Seine, est soudainement rattrapé par la patrouille. Motif : Il ne porte pas de masque. Les policiers autour de lui, déroulent la situation. Depuis 8 heures, le port du masque est obligatoire dans une centaine de rues et zones de l’espace public de la capitale, principalement les plus fréquentées, dont l’ensemble des quais de Seine. Et les joggers ne dérogent pas à la règle, bien que le masque demeure « incompatible avec l’activité physique », selon le ministère des Sports. Au premier jour de la mesure, Nicolas repartira sans contravention mais figé dans l’incompréhension.

« On a déjà passé le confinement dans nos appartements de 20 m² hors de prix et maintenant il faut mettre un masque quand on court ? On subit tout ici. Si je me mets à porter un masque qui limite la prise d’oxygène et avec la chaleur, je risque le malaise », explique-t-il. « Les policiers me proposent d’aller courir sur la route au milieu de la pollution… Alors, si c’est obligatoire pour courir sur les quais, je vais le porter mais si je fais un malaise, les agents seront responsables », s’énerve-t-il, alors qu’un camion de police stationne à l’entrée de Paris Plages, sous les fenêtres de l’Hôtel de ville d’où est partie la mesure après Lille, Tours, Biarritz, Toulouse ou encore Nice.

Face à un rebond du virus faisant craindre une deuxième vague de l’épidémie, la maire de Paris, Anne Hidalgo a en effet demandé la semaine dernière au préfet de police, Didier Lallement, compétent en la matière, de rendre obligatoire le port du masque dans plusieurs secteurs extérieurs fréquentés de la capitale dont les quais de Seine. C’est désormais chose faite – et également en vigueur en Seine-Saint-Denis, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et le Val-d’Oise – pour une durée d'un mois renouvelable. La mesure est « globalement respectée », selon un agent de la ville en patrouille à Paris Plages depuis la matinée.

« Pour le moment, les gens respectent bien »

Protégées du soleil par l’ombre du Pont Neuf, une dizaine de personnes s’adonnent à un cours de tai-chi-chuan. Toutes et tous sont masqués. A l’instar des cyclistes, usagers de trottinettes en goguette et promeneurs croisés le long de la Seine. S’il n’est pas toujours porté à la perfection, le masque n’est jamais bien loin et les autorités veillent au grain. Sylvie, 49 ans et Louis, 61 ans, tout juste de retour du Portugal, ont découvert en arrivant à Paris Plages que le port du masque était obligatoire sur les quais de Seine.

Installés en terrasse pour un café, ils viennent d’avoir un petit rappel à l’ordre de la part des organisateurs de l’événement. Le masque de Sylvie est à côté du cendrier, celui de Louis, torse nu, autour de son bras. « On le met régulièrement, on se promène toujours avec pourtant, mais là on l’a enlevé, parce que c’est désert ! Mais bon, on va le mettre, c’est comme ça », indique Sylvie. Certains trouvent, que la signalétique laisse toutefois à désirer.

Paris Plages ce lundi matin alors que le masque y est désormais obligatoire.
Paris Plages ce lundi matin alors que le masque y est désormais obligatoire. - R.LESCURIEUX / 20Minutes

« On savait que c’était obligatoire mais on a vu une affiche imprimée en A4, donc on a mis le masque mais elle est minuscule », insiste Hugo, 24 ans. Sur de plus larges panneaux, il est d’ailleurs encore inscrit « port du masque recommandé » mais « ça va changer dans les prochaines heures. De recommandé on va passer à obligatoire », insiste un plagiste. « Pour le moment, les gens respectent bien », conclut-on. D’autres portent, en revanche, le fameux morceau de tissu à contrecœur.

« C’est absurde, il y a trois pelés et un tondu »

« Je suis contraint et ça m’énerve. C’est complètement idiot et absurde à cette heure-ci de la journée. Mais bon il faut s’y plier. On aurait pu faire preuve de davantage de bon sens. Cela aurait même été peut-être plus simple d’imposer le masque à toute heure et dans tous les lieux de la capitale », affirme Alain, 64 ans, un Parisien qui se promène sur les quais après une visite du Louvre. Pour Line, cette mesure est « absurde et idiote ».

« Il y a trois pelés et un tondu. Mettre un masque ici, c’est incohérent. J’incrimine personne mais il aurait fallu plus de bon sens. Je pense que le masque doit relever du libre arbitre car on nous culpabilise sans arrêt et on nous traite d’égoïste si on ne l’a pas », s’exclame Line, 77 ans et « révoltée » contre cette « muselière ». « D’ailleurs, s’il y a une révolution, je descends dans la rue », prévient-elle. « Qu’on nous foute la paix. Et surtout à nous, les vieux ! », lâche-t-elle.

« Ce n’est pas en faisant les fous qu’on va stopper l’épidémie »

Avec la canicule et un appartement parisien exposé plein sud, Martine, 72 ans, traque, elle, l’ombre comme une âme en peine. Celle qui n’est « pas une adepte de Paris Plages » a toutefois jeté son dévolu sur un transat sur les quais pour profiter de « l’air et de l’ombre » en maillot de bain. Et ce n’est pas le masque qui va gâcher son moment.

La signalétique va être modifiée
La signalétique va être modifiée - R.LESCURIEUX / 20Minutes

« Ça ne m’a pas empêché de venir, je porte le masque depuis le début de l’épidémie, j’en fabrique moi-même. Je trouve ça bien. Trop de gens prennent ça à la légère et ne respectent rien. Ici en juillet, on aurait dit qu’il ne s’était rien passé. Les gens étaient les uns sur les autres, sans masques. Mais l’épidémie revient à une allure galopante, il faut faire quelque chose, sinon on va se retrouver à nouveau confinés à l’automne. Je n’ai pas envie de ça. Ce n’est pas en faisant les fous qu’on va stopper l’épidémie », détaille cette habitante du 11e arrondissement, en pleine partie de mots fléchés. « Dans les rues piétonnes fréquentées, je comprends, sur les quais moins », indique de son côté, Thibaut 25 ans, non loin. Mais l’heure est encore à la « pédagogie ».

Comme ailleurs et comme dans les lieux clos, ne pas porter de masque est passible d’une amende de 135 euros. Mais la mairie de Paris veut d’abord être dans un « travail pédagogique ». « Nous voulons sensibiliser et responsabiliser les gens. Nous avons d’ailleurs fait de la dentelle avec la préfecture, pour que ce soit un travail adéquat et que les gens y souscrivent. On ne va pas être derrière chaque personne qui n’a pas un masque dehors », assurait  en fin de semaine dernière auprès de 20 Minutes Anne Souyris​, adjointe à la maire de Paris en charge de la santé publique. Quid de la verbalisation ? « La sanction arrivera si jamais il y a des abus volontaires ou si le pli ne prend pas, assurait-elle. Mais l’objectif est que chacun pense à le faire et adapte son comportement à la réalité des choses ».