Paquebots à gaz et à voile... Les Chantiers de l'Atlantique passent (enfin) à l'heure des navires plus propres

CROISIERE L’armateur MSC a commandé des paquebots propulsés au gaz naturel liquéfié et à la voile. Un virage dans un secteur critiqué pour ses émissions polluantes

Frédéric Brenon (avec AFP)

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Image de synthèse d'un paquebot à voile du projet Silenseas, porté par les Chantiers de l'Atlantique.
Image de synthèse d'un paquebot à voile du projet Silenseas, porté par les Chantiers de l'Atlantique. — Chantiers de l'Atlantique
  • MSC a officialisé lundi la commande de plusieurs navires pour un montant total potentiel de 6 milliards d’euros.
  • Ils fonctionneront au gaz naturel liquéfié. Au moins deux seront propulsés par une voile.
  • Le marché de la croisière est fortement critiqué pour les rejets polluants de ses navires.

Le contrat record (jusqu’à six milliards d’euros potentiels) annoncé lundi avec l’armateur italien MSC va définitivement engager les Chantiers de l’Atlantique dans une nouvelle ère : celle des paquebots plus respectueux de l’environnement. Une réponse directe et inévitable aux critiques de plus en plus nombreuses formulées contre les navires de croisière, mastodontes  polluants et peu économes en énergie.

Concrètement, les chantiers navals de Saint-Nazaire se voient confier la commande de deux gros paquebots de 6.700 passagers (livraison 2025-2027) propulsés au gaz naturel liquéfié (GNL), similaires au MSC Europa déjà en cours de construction et qui sera en 2022 le premier en France ayant recours à ce carburant plus vertueux.

Le GNL a comme avantage de ne quasiment pas émettre de dioxyde de soufre, de réduire jusqu’à 25 % les émissions de CO2 et de plus de 95 % les particules fines. « Il s’agit d’un élan nouveau pour que l’impact environnemental de la croisière s’améliore et aille au-delà des réglementations actuelles », justifie Erminio Eschena, directeur des affaires institutionnelles du groupe MSC.

« Totalement révolutionnaire »

Mais le partenariat passé entre les Chantiers et MSC va plus loin. Quatre autres navires, fonctionnant aussi au GNL et améliorés par « des technologies environnementales émergentes », sont commandés pour une livraison en 2028-2030. Et, surtout, au moins deux autres paquebots équipés de voile sont également à construire. Leur propulsion pourrait être renforcée par une pile à combustible, autre procédé peu émetteur de gaz à effet de serre.

« L’industrie regarde déjà vers les années 2050, insiste Erminio Eschena. Nous allons initier quelque chose de totalement révolutionnaire dans le transport de passagers, et faire en sorte que nos délires technologiques d’aujourd’hui deviennent des réalités demain, tout comme le GNL était une folie il y a dix ans. » « La nouvelle frontière du transport maritime, c’est de s’adapter aux exigences du monde », considère également le Premier ministre Edouard Philippe, ravi de la nature des commandes.

La voile pour paquebots déjà testée

Des paquebots propulsés à voile ? Il ne s’agit pas d’une utopie. Dans le cadre de son projet baptisé Silenseas, les Chantiers de l’Atlantique testent déjà une voile géante  depuis le début du mois de décembre sur une maquette de 15m de haut, à quai, à Pornichet, sous la houlette d’un ancien skipper de la course au large. Le gréement du Silenseas comporte un mât capable de tourner à 360° pour s’adapter à la direction du vent. Un navire de 300 passagers pourrait ainsi être doté de trois voiles.

Les Chantiers avaient déjà testé pendant douze mois, l’an dernier, un prototype de voile en composite de 300 m2 sur le paquebot à voiles Le Ponant, appartenant à la compagnie du même nom. De son côté, l’industriel ligérien Neopolia travaille également à la construction de deux cargos propulsés à la voile, dont la construction s’effectuera en partie à Saint-Nazaire.

L’organisation maritime internationale (OMI) a fixé comme objectif aux constructeurs une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 50 % avant 2050.