Coronavirus en Bretagne : Sans trafic routier, pourquoi la qualité de l’air est-elle si mauvaise ?

POLLUTION La responsabilité de l’ammoniac émis par l’agriculture et du chauffage urbain est en cause

Camille Allain

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Illustration d'un tracteur épandant du lisier sur son champ, ici dans la Sarthe. L'épandage est l'une des sources générant de l'ammoniac dans l'air, favorisant la création de particules fines.
Illustration d'un tracteur épandant du lisier sur son champ, ici dans la Sarthe. L'épandage est l'une des sources générant de l'ammoniac dans l'air, favorisant la création de particules fines. — Gile Michel / SIPA
  • La qualité de l’air est mauvaise en Bretagne en cette fin de semaine.
  • En cette période de confinement où le trafic routier est limité, la concentration en particules fines peut interroger.
  • Elle s’explique par le recours au chauffage par les particuliers mais aussi par l’activité agricole, qui génère de l’ammoniac dans l’air.

La qualité de l’air est mauvaise en Bretagne. D’après les données de l’association Air Breizh chargée de la surveillance, l’indice est de 8 sur 10 sur l’ensemble des départements bretons (7 dans le Morbihan) ce vendredi. Le seuil d’information et de recommandation a été dépassé et des recommandations sont à suivre. Il est notamment bon de ne pas « surventiler » et donc de limiter l’activité physique et les déplacements en extérieur.

La situation devrait être la même samedi avant une amélioration prévue dimanche. Mais comment expliquer la présence si concentrée de particules fines dans l’air alors que la France est confinée et que le trafic routier est quasi inexistant ? Plusieurs facteurs sont responsables de cette dégradation : la météo, le chauffage et l’activité agricole. En cette période de lutte contre le coronavirus, la pollution interpelle. En Italie, des chercheurs ont émis l’hypothèse que les particules fines avaient pu accélérer la propagation du virus. Une étude cependant contestée.

Avec le printemps radieux qui s’est installé en Bretagne, les conditions météorologiques sont défavorables à la dispersion des polluants dans l’atmosphère. « L’absence de vent et les conditions anticycloniques locales ont pu favoriser l’accumulation des poussières », précise Air Breizh. Si le froid et l’absence de vent participent à la concentration des particules, l’origine de l’apparition de ces polluants est à trouver ailleurs.

Les épandages de lisier libèrent de l’ammoniac

La première des raisons est vraisemblablement issue des champs. En cette période de printemps, l’activité agricole est intense en Bretagne. Les odeurs ne trompent pas. Les agriculteurs sont nombreux à épandre leur lisier dans les champs. Cette technique d’apport en azote employée à chaque printemps est censée enrichir les plantes.

Mais on le sait, une partie de cet azote vient polluer l’eau, facteur essentiel à la formation des célèbres algues vertes. On sait un peu moins qu’une bonne partie s’échappe aussi dans l’air, générant de l’ammoniac, qui favorise la création de particules fines. « L’azote ne va pas complètement dans les sols, il se volatilise dans l’atmosphère et conduit à la formation d’ammoniac », précise Gaël Lefeuvre, directeur d’Air Breizh. Si les bâtiments d’élevage rejettent de l’ammoniac au quotidien, ce sont surtout les effluents comme le lisier ou l’utilisation de fertilisants minéraux qui génèrent ces rejets massifs dans l’air au printemps.

Le chauffage résidentiel et notamment le chauffage au bois sont aussi un facteur aggravant de la situation. En Bretagne, la présence un peu plus élevée de cheminées et de poêles peut expliquer cette dégradation, accentuée par la présence massive d’habitants à leur domicile, en raison des mesures de confinement.