Le 13 février 2020, à Paris, l'ancien président de la République, François Hollande, répond aux questions des journalistes de 20 Minutes dans son bureau rue de Rivoli.
Le 13 février 2020, à Paris, l'ancien président de la République, François Hollande, répond aux questions des journalistes de 20 Minutes dans son bureau rue de Rivoli. — Olivier Juszczak/20 Minutes

« 20 MINUTES » AVEC…

VIDEO. « La division est ce qu’il y a de plus dangereux dans la crédibilité d’une politique », estime François Hollande

L’ancien président a répondu aux questions de « 20 Minutes » à propos de son ouvrage, de ses cinq années à l’Elysée et de l’actualité politique

  • François Hollande publie son troisième livre depuis sa sortie de l’Elysée. Leur République* est un ouvrage sur le fonctionnement des institutions françaises, destiné aux jeunes citoyens et illustré par Laure Monboulou.
  • « Avec ce livre, je ne cherche pas à convaincre des jeunes d’adhérer à ma personne, je cherche à transmettre », explique l’ancien président à 20 Minutes.
  • Interrogé sur la politique menée par son successeur à l’Elysée, François Hollande a dénoncé une réforme des retraites « mal préparée, mal conçue, mal conduite ».

C’est son troisième livre depuis qu’il a quitté l’Elysée. Dans Leur République, paru mercredi*, François Hollande​ détaille les rouages des institutions françaises aux plus jeunes. L’ancien président a reçu 20 Minutes jeudi dans ses bureaux parisiens pour expliquer  sa démarche d'auteur, revenir sur son quinquennat et évoquer l’actualité politique, et l’avenir. Il a aussi répondu à trois questions de nos jeunes lecteurs**, sélectionnées par la rédaction.

Votre livre s’adresse aux jeunes citoyens. Louise, une de nos jeunes lectrices, vous demande : comment réconcilier les jeunes et la politique ?

Les jeunes sont parfois indifférents à la politique. Ils pensent qu’elle ne peut pas modifier leurs conditions d’existence ni le sort de la planète. La politique doit montrer qu’elle est utile, qu’elle peut changer l’ordre des choses et le destin des gens. C’est important que je leur explique ce qu’est « leur » République, car ce sont eux qui vont la faire vivre.

Que signifie « être de gauche » aujourd’hui, questionne Théo ?

C’est permettre à chacun de s’émanciper, de devenir autonome tout en assurant la solidarité entre tous. Cette double aspiration, se réaliser soi-même et partager un destin collectif, car il n’y a pas de bonheur simplement individuel. La gauche, c’est la justice, c’est la répartition des richesses, c’est la protection contre les aléas de la vie.

Autre question, de Lise : si vous pouviez revenir en arrière, quel conseil donnerait le François Hollande de 2020 à celui qui arrive à l’Elysée en 2012 ?

Etre à la fois plus rapide dans certaines décisions et plus attentif à ce que les Français ressentent. Je donnerais davantage de place au respect, à la considération, à la reconnaissance, c’est ce qui nous manque aujourd’hui.

Plus rapide, pourquoi ?

Parce que j’ai pu souffrir parfois comme président de la lenteur du changement. Par exemple, j’ai permis que les personnes qui ont travaillé quarante-deux ans puissent partir à la retraite à 60 ans. Mais le délai avant que cela soit ressenti par les intéressés a été long. Le mariage pour tous a été débattu pendant plus de huit mois, c’est long, même si c’est le temps nécessaire pour le débat parlementaire. Mais les citoyens veulent que les décisions s’appliquent plus rapidement, même s’ils veulent aussi que le dialogue social soit respecté.

Est-ce pour cela que vous plaidez pour l’allongement du mandat présidentiel ?

Oui. Je pense qu’en six ans, on a le temps de faire des choses et de les mettre en œuvre. Sur le chômage, les décisions que j’ai prises n’ont eu d’effet qu’à la fin de mon mandat et se poursuivent encore aujourd’hui.

Donc la Ve République, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, ne garantit pas selon vous un bon fonctionnement démocratique ?

Il y a une concentration des pouvoirs trop forte au niveau de l’exécutif, une insuffisance de place pour le Parlement, un manque de participation des citoyens et une décentralisation qui n’est pas aboutie.

Pourquoi ne pas avoir fait des réformes pour y remédier lorsque vous étiez président ?

J’ai été élu pour cinq ans, je n’allais pas dire : « maintenant, c’est six ». Sur la décentralisation, j’ai créé les grandes régions et j’ai renforcé les intercommunalités. Quant au Parlement, j’ai veillé à ce qu’il soit au cœur des délibérations, notamment sur le mariage pour tous. Je me fais souvent la remarque qu’il y a peut-être trop de lois. Il faudrait en avoir moins, et qu’elles soient plus rapides, plus simples et plus efficaces.

Est-ce que ce travail d’écriture vous a amené à remettre en cause certains épisodes de votre quinquennat ?

Oui, par exemple sur le 49-3 [utilisé pour faire passer les lois dites Macron puis El Khomri]. La loi doit être plus rapide, mais les procédures contraignantes ne sont pas forcément bien comprises. Or on a besoin d’agir vite. En matière de lutte contre le chômage, toute journée perdue est un risque de précarité.

Vous déconseillez donc à Emmanuel Macron d’utiliser le 49-3 pour sa réforme des retraites ?

Sur le fond, l’idée d’une retraite par points m’avait déjà été proposée par certains partenaires sociaux, je ne l’avais pas retenue. Aujourd’hui, s’il y a une inquiétude, c’est parce qu’il y a une incertitude. Le principe d’universalité comme la création d’un régime unique suscite des craintes car il y a des différences entre les métiers, notamment sur la pénibilité. J’avais introduit des critères de pénibilité qui ont, pour partie, été supprimés [en 2017]. Je crois que cette réforme a été mal préparée, mal conçue, mal conduite. ‬Et par expérience, je sais qu’utiliser le 49-3 quand on a une majorité, ça n’est pas forcément bien compris.

Qu’avez-vous pensé du dialogue social pendant cette séquence ?

Il y a eu une concertation pendant deux ans, mais personne ne l’a vue. Or le dialogue doit être public, se faire sur la base d’un texte et de propositions concrètes. Le dialogue social est la condition pour qu’une réforme soit comprise, à défaut d’être pleinement acceptée. Lorsque j’ai présenté la loi dite « El Khomri » dans sa première formule, les syndicats m’ont dit qu’il n’y avait pas eu suffisamment d’écoute, sur les prud’hommes notamment. On a revu notre copie et, même si à la fin elle ne plaisait pas forcément à tous, il y avait eu une vraie négociation, un vrai compromis.

Votre quinquennat s’est « disloqué sur des aventures personnelles », a déclaré votre successeur Emmanuel Macron mardi…

Il est bien placé pour le dire.

C’est comme cela que vous comprenez sa phrase ?

Il parlait de lui j’imagine.

Le 13 février 2020, à Paris, l'ancien président de la République, François Hollande, répond aux questions des journalistes de 20 Minutes dans son bureau rue de Rivoli.
Le 13 février 2020, à Paris, l'ancien président de la République, François Hollande, répond aux questions des journalistes de 20 Minutes dans son bureau rue de Rivoli. - Olivier Juszczak/20 Minutes

Dans votre livre, vous écrivez que « le Premier ministre n’est pas nécessairement le meilleur ami du président »…

J’explique aux enfants que ce n’est pas le choix d’un « copain », pour être dans leur registre. C’est un choix qui répond à des critères politiques : le Premier ministre aura-t-il la confiance de l’Assemblée ? Sera-t-il un bon chef d’équipe ? Sera-t-il loyal ? C’est pour cela qu’il faut toujours dissocier les rapports personnels de ce qu’est l’exigence de l’intérêt de l’Etat.

Jean-Marc Ayrault était-il le bon choix en début de quinquennat ?

C’était un homme que je connaissais bien, qui n’était pas un ami personnel, mais c’était un homme loyal, fidèle. Il a assumé une part du travail qui était difficile. Après, ça a été une autre méthode avec Manuel Valls, pas forcément plus admise par ceux qui avaient demandé plus d’autorité.

Votre parti, le PS, vit une traversée du désert depuis la fin de votre quinquennat. Assumez-vous une part de responsabilité dans son état ?

Ma fierté, c’est d’avoir conduit après François Mitterrand, le Parti socialiste à gagner l’élection présidentielle. Mon regret c'est de ne pas avoir préservé l'unité du PS. Je n’en porte pas la responsabilité, car il y a eu les frondeurs [des députés socialistes opposés à la politique du gouvernement sous Hollande]. Et la division est ce qu’il y a de plus dangereux dans la crédibilité d’une politique.

Aujourd’hui, l’idéal socialiste doit s’affirmer. Il ne doit pas s’effacer, mais être revendiqué avec fierté comme ce qui a pu être fait par des gouvernements qui ont porté son nom dans l’histoire récente. Le mouvement socialiste a de l’avenir. Il doit élaborer de nouvelles propositions face aux défis d’aujourd’hui : les inégalités, le réchauffement climatique, la solidarité entre territoires, l’émancipation par l’école… Des sujets sur lesquels les socialistes sont les mieux placés, à eux d’en être convaincus.

Vous évoquez dans votre ouvrage le « petit plus » qui donne envie de voter pour un candidat à la présidentielle. Quel était le vôtre ?

De m’affirmer comme un candidat normal, dans une période exceptionnelle. Car c’est quand même mieux de choisir quelqu’un de normal que le contraire. Je pense que mon « plus », c’était mon humanité, le fait que j’avais du respect pour les citoyens.

Et quel était le « plus » d’Emmanuel Macron ?

D’être jeune.

Emmanuel Macron a annoncé qu’il renoncera à sa pension de président après son mandat. Approuvez-vous cette décision, et vous, seriez-vous prêt à le faire ?

Je ne suis plus président et je suis déjà à la retraite. J’ai une pension d’ancien député et d’ancien président.

Dans votre livre, vous définissez la droite, la gauche et le centre, mais pas La République en marche, qui s’est construite en opposition à ce clivage. Est-ce une manière de remettre en cause sa légitimité ?

Je ne cite aucun parti dans mon livre. Quand on se dit ni de droite, ni de gauche, il y a un moment où les actes et les choix finissent par indiquer une préférence et une inclinaison.

Vous consacrez une page sur la laïcité dans votre livre. En pleine affaire Mila, le rapport à la laïcité de la jeunesse aujourd’hui est-il un sujet d’inquiétude pour vous ?

Oui, c’est un sujet largement débattu, mais pas forcément de manière éclairée dans beaucoup établissements. Je fais de nombreux déplacements dans des collèges et lycées, je m’en aperçois. La laïcité, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire, de choisir une religion et de pouvoir le faire sans crainte. Cette liberté vaut aussi pour le droit de critiquer les religions. De ce point de vue, la jeune Mila pouvait s’exprimer sur l’islam, même si ses propos ont pu choquer certains. Ce qui n’est pas admis, c’est d’appeler à la haine à l’encontre des fidèles d’un culte.

Vous vous adressez aux plus jeunes, qui n’auront pas le droit de vote avant quelques années. Cela veut-il dire que vous ne serez pas candidat en 2022, mais plutôt en 2027 ?

Et pourquoi pas en 2032 ! Je peux attendre mon centenaire. Soyons sérieux, même si je rappelle qu’il n’y a pas de limite d’âge pour se porter candidat. Avec ce livre, je ne cherche aucun intérêt. Les droits d’auteur seront versés à une association, Bibliothèques sans frontières. Je ne cherche pas à convaincre des jeunes d’adhérer à ma personne ou à mes idées, je veux transmettre. Si je commençais à en tirer un avantage pécuniaire ou politique, ce serait contraire à l’idée de ce livre.

* Leur République expliquée aux jeunes et aux moins jeunes, François Hollande, illustré par Laure Monloubou, collection « Quand ça va, quand ça va pas », aux éditions Glénat Jeunesse (2020), 15 euros.

** Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.